Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

Joseph (saint) (suite)

L’antiquité chrétienne n’a pas rendu à saint Joseph de culte liturgique. Celui-ci s’est développé surtout à partir de la spiritualité franciscaine, qui a donné naissance à la représentation de la crèche. En 1479, un pape franciscain, Sixte IV, autorisa la célébration à Rome d’une fête de saint Joseph le 19 mars. Pie IX, en 1870, créa saint Joseph patron de l’Église universelle. Une fête de « saint Joseph artisan », le 1er mai, fut enfin créée par Pie XII en 1956.

B.-D. D.

 U. Holzmeister, De sancto Joseph quaestiones biblicae (Rome, 1945). / D. Buzy, Saint Joseph (l’École, 1952). / J. Galot, Saint Joseph (Desclée De Brouwer, 1962). / G. M. Bertrand, Saint Joseph dans les écrits des Pères (Fidès, Montréal, 1967).

Joseph II

(Vienne 1741 - id. 1790), empereur germanique et corégent des États des Habsbourg de 1765 à 1790.



Jeunesse et éducation

Fils aîné de François de Lorraine et de Marie-Thérèse, le futur Joseph II prend conscience très tôt de sa dignité d’héritier des Habsbourg. Son précepteur, un militaire hongrois, Karl de Batthyány, assisté d’un moine augustin, Weger, et des recommandations du conseiller aulique Johann von Bartenstein, lui donne un enseignement militaire, religieux, juridique. Joseph n’aime pas les arts d’agrément, prend la religion en aversion, connaît les langues étrangères, notamment le français et l’italien. Il poursuit seul, par la lecture et la méditation, son éducation philosophique (Voltaire, les encyclopédistes). À dix-neuf ans, il épouse Isabelle de Parme, petite-fille de Philippe V d’Espagne. Il l’aime tendrement ; sa mort, en 1763, est pour lui un coup très dur : il se remarie avec Marie-Josèphe de Bavière († 1767) et devient misogyne.


La régence (1765-1780)

L’usage veut que, de son vivant, l’empereur fasse élire son successeur, en qualité de roi des Romains, par les sept Électeurs du Saint Empire romain germanique. La cérémonie, lourde et impressionnante, commentée par Goethe et que Joseph relate à sa mère, a lieu en avril 1764.

Le 18 août 1765, après le mariage de Léopold, son second fils, avec la fille du roi d’Espagne Marie-Louise et la mort de l’empereur François Ier, Marie-Thérèse associe Joseph au gouvernement avec le titre de corégent. Joseph a vingt-quatre ans. Dans un mémoire adressé à sa mère, il définit ses méthodes et son programme : les grandes choses doivent être exécutées d’un seul coup, indice d’un tempérament énergique, impatient et d’une conviction profonde appuyée sur la logique et la réflexion. Le prince s’affirme novateur, partisan de la liberté de pensée, des mesures antiféodales, du nivellement des fortunes, auquel s’oppose W. von Kaunitz, ministre de Marie-Thérèse, opposition de deux tempéraments et de deux méthodes, de deux conceptions de l’ordre social et politique, voire du despotisme éclairé.

Prince d’une grande probité morale et intellectuelle, ennemi des fêtes, peu enclin aux confidences, défiant envers tout le monde, rabrouant ses proches, Joseph II veut tout connaître par lui-même. Il voyage d’abord dans ses États : en Hongrie (1766, 1768 et 1770), en Bohême (1766 et 1768), en Galicie (1773), se rend en France, où il rencontre sa sœur Marie-Antoinette (1777), en Russie (1778).

Réflexion et expérience — rapide — nées des voyages dictent son programme politique : faire le bien de l’État défini par la raison, qui transforme, nivelle, unifie. Joseph prône la tolérance, car l’intolérance est funeste à l’État ; il veut l’unité de commandement ; l’État est maître dans l’Église. Cette volonté de régénération des pays autrichiens, en vue du bonheur de tous, oppose souvent le corégent à ses conseillers, à Kaunitz et à sa mère, pragmatique, religieuse et prudente. À trente-neuf ans, à la mort de Marie-Thérèse (1780), solitaire, Joseph développe son programme.


Le gouvernement des États autrichiens

Bureaucratie, législation, centralisation, tels sont les trois volets de l’œuvre qu’à la suite de sa mère poursuit Joseph II pour essayer d’assurer plus de cohésion à cet État des Habsbourg aux membres dispersés. Bureaucratie et police vont de pair dans la création d’un corps de fonctionnaires instruits et dévoués, exacts et efficaces. L’œuvre législative est importante : 6 000 décrets et 11 000 lois nouvelles sont signés ; des codes juridiques (1786-87) en réel progrès sont publiés ; la centralisation est accentuée grâce à l’instauration de nouvelles unités administratives, les cercles avec les Kreishauptleute, et à la création de chancelleries qui empiètent sur les pouvoirs des anciens États et brisent les anciennes limites ; les États ne sont plus convoqués. On lutte contre les privilèges territoriaux et fiscaux de la noblesse féodale, contre les « magistrats » des villes. Une langue unique et officielle, l’allemand, est imposée aux Magyars, aux Polonais, aux Tchèques. La tentative de création d’une armée nationale s’opère sur le modèle prussien, admiré profondément. Regroupements et simplification, tels sont les principes directeurs.


Économie et société

L’économie est, au premier chef, affaire d’État et repose sur le travail de tous, sujets et dirigeants. Écarter les obstacles, développer tous les facteurs de richesse, assurer la prospérité de l’ensemble, tel est le programme. Les obstacles ? Ce sont les entraves que constituent les corporations ; la liberté du travail est établie en 1782 ; la mainmorte (Leibeigenschaft) est abolie ; sont supprimés également les abus (droit de chasse), les monopoles seigneuriaux ; corvées et redevances sont réglementées (1781-1785).

Joseph II est à la fois physiocrate et mercantiliste. La source de la richesse est la terre, qu’il faut cadastrer (le cadastre sera achevé en 1789), peupler (malgré les famines de 1770 et les épidémies de 1781 en Bohême), imposer équitablement (en frappant les revenus des nobles). Aux impôts directs s’ajoutent les taxes indirectes (accises, douanes, timbre, sel, tabac, loterie). Un budget régulier est établi. Mercantiliste, l’empereur, au sein de cet immense empire rural, veut moins développer l’industrie que protéger ce qui existe : éviter les importations coûteuses (café, chocolat, verreries, velours), qui entraînent une augmentation du coût de la vie. Hostile à l’idée d’une banque d’État, il vient en aide aux banques privées. Le commerce, source de richesses, l’intéresse : l’empereur permet aux nobles de commercer sans déroger, encourage les foires (Lemberg), signe des traités de commerce avec la Turquie et le Maroc, rêve de faire de son empire une puissance maritime. Il s’intéresse à Ostende, sans parler d’Anvers — bloqué depuis 1648 — à Trieste, au bas Danube, d’où s’exportent blé et bovins. Il supprime les monopoles commerciaux et, lors d’une famine, introduit la liberté de commerce à l’intérieur de la monarchie.