Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

Joachim de Flore (suite)

Se fondant sur les rapports ainsi établis entre les deux Testaments. Joachim de Flore annonçait la venue d’une ère nouvelle de l’Église, un « temps du Saint-Esprit », où il n’y aurait plus ni « lettre » ni Écriture, mais seulement une intelligence spirituelle des deux Testaments. On ne tarda pas à calculer selon les principes de cette exégèse la venue de ce troisième âge et à le fixer à 1260, conclusion que Joachim lui-même n’avait pas retenue. De là est né le courant « joachimite », qui véhicula vers 1230-1260 des idées de réforme de l’Église à partir des ordres religieux. L’ouvrage d’un disciple de Joachim, le franciscain Gérard de Borgo San Donnino († 1276), intitulé Liber introductorius in Evangelium aeternum (1254), sera en 1255 l’objet d’une censure sévère visant à freiner le développement du mouvement parmi les ordres mendiants.

B.-D. D.

 E. Renan, « Joachim de Flore et l’affaire de l’Évangile éternel », dans Nouvelles Études d’histoire religieuse (Calmann-Lévy, 1884). / F. Russo, Gioacchino da Fiore (Naples, 1959). / B. Dupuy, « Joachim de Flore », dans Catholicisme, hier, aujourd’hui, demain, t. VI (Letouzey et Ané, 1965).

Jōchō

Sculpteur japonais (? - 1057).


Artiste de génie, Jōchō semble à l’origine des changements profonds qui marquent la sculpture japonaise au cours de la première moitié du xie s. À la technique ichiboku (en un seul bloc), utilisée le plus souvent jusqu’alors, succède le yosegi, procédé par pièces de bois assemblées qui permet la division du travail. Il revient à Jōchō d’avoir su mettre au point cette méthode complexe, en définissant avec précision la tâche de chaque praticien afin d’obtenir un résultat homogène. Pour satisfaire la demande croissante d’images religieuses, de véritables ateliers privés se constituent et se groupent bientôt en corporations (bussho) selon les écoles. Les sculpteurs, patronnés par les familles nobles, sortent de l’anonymat et se voient gratifiés de distinctions honorifiques qui contribuent à élever leur position sociale.

L’œuvre de Jōchō reflète l’élégance aristocratique de l’époque Fujiwara (897-1185) et établit, après les hésitations du xe s., un style purement japonais (wa-yō) dans le domaine de la plastique.

Descendant d’une famille de gouverneurs de province, Jōchō fut l’élève et peut-être même le fils adoptif de Kōshō, sculpteur bouddhique (busshi) bien connu à la fin du xe s. Il collabore avec son maître à l’exécution des statues du Hōjō-ji de Kyōto pour la famille Fujiwara, et, en 1022, lors de l’inauguration du pavillon central du temple, l’empereur lui décerne le titre bouddhique de hokkyō (pont de la loi). Cet honneur, qu’il est le premier sculpteur à recevoir, atteste la précocité de son talent. Jōchō travaille ensuite pour des commandes impériales, et, finalement, le rang supérieur de hogen (œil de la loi) lui est conféré en 1048, en remerciement de ses services au Kōfuku-ji de Nara. Son œuvre la plus célèbre, et la seule attribuée avec certitude, ne date pourtant que de 1053. Il s’agit de l’Amida nyorai (bouddha Amida), commandé par Fujiwara Yorimichi pour le pavillon du Phénix au Byōdō-in d’Uji, près de Kyōto.

Exécuté en bois laqué et doré, selon la technique yosegi, l’Amida représente une synthèse parfaite entre les influences chinoises reçues depuis quatre siècles et le meilleur de la tradition japonaise. Douceur du visage au regard baissé, équilibre admirable des proportions, souplesse du drapé aux plis réguliers, tout contribue à l’harmonie de l’ensemble. Un contraste dynamique s’opère entre la majesté sereine du bouddha assis en méditation et le décor exubérant de la mandorle, derrière la statue. En outre, des sculptures de bodhisattva accrochées sur les murs de la salle, œuvres de l’atelier de Jōchō ou en partie du maître, rappellent par leur grâce les peintures raffinées qui ornent également le pavillon.

Principal courant de la sculpture bouddhique japonaise jusqu’à la fin de l’époque Fujiwara, le style de Jōchō sera repris par son fils Kakujo († 1077), puis par son petit-fils Raijo (1054-1119), qui travailleront plus à Nara qu’à Kyōto. De cette lignée, appelée plus tard l’« école de la septième rue » (Shichijō bussho), sortira à la fin du xiie s. le grand sculpteur Unkei*. En même temps, un élève de Jōchō, Chōsei (1010-1091), fonde avec son fils Ensei († 1134) l’école dissidente « de la troisième rue » (Sanjō bussho), moins importante, toutefois, que la précédente.

F. D.

 J. E. Kidder, Sculptures japonaises, de l’époque archaïque à l’époque Kamakura (Office du livre, Fribourg, 1961).

Joffre (Joseph)

Maréchal de France (Rivesaltes 1852 - Paris 1931).


Issu d’une famille pyrénéenne profondément attachée à son terroir, il fait ses études au collège de Perpignan, où se révèle déjà son tempérament peu communicatif, mais laborieux et réfléchi. C’est au lycée Charlemagne à Paris qu’il prépare Polytechnique, où il est reçu en 1869. Affecté comme sous-lieutenant du génie à la défense de Paris en 1870, il puisera dans le souvenir tragique de la défaite la volonté de se consacrer entièrement au relèvement du pays. Après la guerre, sous la direction du général Séré de Rivières (1815-1895), il travaille durant de longues années au service des fortifications, où, remarqué par Mac-Mahon, il est promu capitaine à vingt-quatre ans. En 1884, rêvant d’horizons neufs, il se porte volontaire pour l’Extrême-Orient, où commande l’amiral Courbet*, et est chargé d’organiser la base de Jilong (Ki-long) [Formose], centre d’opérations de l’escadre française. En 1885, il rejoint le Tonkin, commande le siège de Bac Ninh, puis, parcourant le pays en tous sens, bâtit des postes, des magasins et des hôpitaux. Rentré en France en 1888, il repart en 1892 pour le Soudan, où il dirige l’équipement de la voie ferrée Sénégal-Niger. Deux ans plus tard, c’est la grande aventure guerrière qui fera date dans sa carrière : pour secourir la colonne Bonnier, anéantie à Tacoubao, Joffre, avec une poignée de combattants, parcourt en six semaines 900 km en pays hostile et occupe Tombouctou. Promu colonel en 1897, après son retour en France, il rejoint Gallieni* en 1900 à Madagascar, où il se révèle de nouveau un grand bâtisseur de routes, de ponts et de voies ferrées, et où il organise la base de Diégo-Suarez. Général en 1901, il quitte en 1903 la grande île pour prendre à Vincennes la tête de la 13e brigade, puis à Paris en 1906 celle de la 6e division. Commandant du 2e corps à Amiens en 1908, il entre au Conseil supérieur de la guerre en 1910. Lorsqu’en 1911 le général Michel, en réaction contre la doctrine offensive du colonel de Grandmaison, démissionne de son poste de généralissime, Joffre est préféré, pour lui succéder, au général Pau, jugé trop clérical, et à Gallieni, qui, s’étant récusé, l’a proposé.