Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

jeux (théorie des) (suite)

• essayer de diminuer la concurrence (de façon à pouvoir par la suite augmenter les prix, et pour cela procéder dans une première étape à une baisse de prix de façon à faire disparaître un ou deux concurrents ou à les amener à composition ; si l’investissement est de 100 (ici en manque à gagner), les profits escomptés cumulés seront par exemple de 200, avec une probabilité de réussite de 50 p. 100 ; seulement, si le principal concurrent en fait autant, le profit va tomber à 150, avec une probabilité de réussite de 30 p. 100 et, si les deux principaux concurrents en font autant, une perte de 50 va s’ensuivre avec une probabilité de 20 p. 100.

Voici donc une série de choix qui ne sont pas immédiatement comparables entre eux. La première constatation que l’on peut faire est que la variable la plus importante dans la décision est la quantité d’informations dont on dispose. Pour éclairer le choix, on va élaborer ce que l’on appelle un arbre de décision. Le problème qui va se poser au chef d’entreprise va être de choisir entre un gain élevé avec une faible probabilité de réussite ou au contraire un gain relativement faible avec une forte probabilité de réussite. De nombreux critères existent, et il ne faut jamais oublier que ces critères ne sont que le reflet de la psychologie de l’entrepreneur : l’expression populaire « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » prend ici tout son sens.

Il est évident que le coefficient de probabilité affecté est l’expression de la quantité d’informations dont on dispose. L’avenir est aléatoire, mais il l’est encore plus quand l’information est faible ; dans ce domaine, il est toujours intéressant de se demander si la recherche d’informations supplémentaires n’est pas payante : en effet, celle-ci réduit la marge d’incertitude, mais il ne faut pas oublier alors que cette recherche a un coût.

A. B.

E. S.

➙ Aléatoire (variable) / Probabilités.

 J. von Neumann et O. Morgenstern, Theory of Games and Economic Behavior (Princeton, 1944 ; 3e éd., 1953). / H. W. Kuhn et A. W. Tucker, Contributions to the Theory of Games (Princeton, 1950-1953 ; 2 vol.). / G. Guilbaud, Leçons sur les éléments principaux de la théorie mathématique des jeux (C. N. R. S., 1954) ; Éléments de la théorie mathématique des jeux (Dunod, 1968). / R. D. Luce et H. Raiffa, Games and Decisions (New York, 1957). / C. Berge, Théorie générale des jeux àpersonnes (Gauthier-Villars, 1958). / M. Shubik, Strategy and Market Structure (New York, 1959 ; trad. fr. Stratégie et structure des marchés, Dunod, 1964). / A. Kaufmann, R. Faure et A. Le Garff, les Jeux d’entreprise (P. U. F., 1960). / A. Rapoport, Fights, Games and Debates (Ann Arbor, Mich., 1960 ; trad. fr. Combats, débats et jeux, Dunod, 1967) ; Two-Person Game Theory (Ann Arbor, Mich., 1966 ; trad. fr. Théorie des jeux à deux personnes, Dunod, 1969). / J.-P. Séris, la Théorie des jeux (P. U. F., 1974).

Jiménez (Juan Ramón)

Poète espagnol (Moguer 1881 - San Juan, Porto Rico, 1958).


Certains le tiennent pour le plus grand poète de langue espagnole de la première moitié du xxe s. On le proclame aussi l’« Andalou universel ». Il se disait lui-même témoin en Espagne de la poésie européenne depuis Verlaine et Samain jusqu’à Yeats et Valéry. Et c’est pour une œuvre « hautement spirituelle » qu’il reçut le prix Nobel en 1956.

Son œuvre est mouvante, insaisissable. Il rature non seulement le manuscrit, mais le texte une fois, deux fois, trois fois imprimé, il renie ses créations de la veille ou bien leur impose une forme tout à fait nouvelle : il recueille les pièces qui ont encore son agrément dans trois anthologies successives où elles prennent des sens différents dans un contexte altéré. Toutefois, si la critique se fonde, en dépit de lui-même, sur les premières éditions, elle parvient à fixer sept époques dans la carrière poétique de Jiménez. Seule la septième trouva grâce auprès de ce poète exigeant : celle qui va de 1936, l’année de la guerre civile et de son départ pour l’Amérique, à 1949, quand il s’installe dans l’exil.

Dans sa jeunesse, Juan Ramón Jiménez pratiquait la peinture. C’est, à partir de 1900, le temps de Ninfeas et de Almas de violeta. On y décèle le goût et même, mutatis mutandis, les procédés de Claude Monet et des impressionnistes. Il y a là un champ nouveau dans le domaine lyrique espagnol. Juan Ramón le défriche et le cultive auprès de ses anciens et de ses maîtres, Gustavo Adolfo Bécquer, Andalou comme lui, Jacint Verdaguer, le Catalan, Rosalía de Castro, la Galicienne, et auprès de ses aînés admirés, José Asunción Silva et Rubén Darío*, Hispano-Américains.

Les Arias tristes marquent en 1903 l’entrée de la poésie symboliste française dans cet univers poétique. Dans les Elegías, de 1908-1910, Juan Ramón se tourne vers Samain et cultive le nouvel alexandrin des poètes dits « modernistes ».

Cette même année de 1910, les Baladas de Primavera retrouvent la veine de la poésie populaire vivante. La technique en est parfaite ; mais l’habileté et la profusion décorative en font des exercices de style où l’inspiration est parfois sacrifiée.

Les Sonetos espirituales (1917) sont plus denses, ils attestent la fréquentation de la meilleure poésie anglaise (Yeats) et française (Baudelaire). C’est en 1914 que paraît le chef-d’œuvre de la prose poétique en castillan : Platero y yo. La poésie elle-même se dépouille de plus en plus, comme en témoigne le vers blanc de Estío en 1915. Juan Ramón épouse en 1916 Zenobia Camprubí (1887-1956), sa muse désormais. Il lui dédie Diario de un poeta recién casado (1917).

Eternidades (1918), Piedra y cielo (1919), Poesía (1913) et Belleza (1923) sont autant de sommets poétiques. Le verbe s’y définit comme le code chiffré où le monde recouvre son ordre et son rythme originels. Là se manifestent les affinités spirituelles qui lient Juan Ramón Jiménez à Mallarmé et même à Valéry.

Unidad (1925), Sucesión (1932) et Presente (1933) marquent une exigence nouvelle : pour sauver la poésie, il faut la soustraire à la littérature, la dégager des ornières creusées par les gens de lettres et par leurs écoles à la mode.