Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Jérusalem (suite)

Jérusalem sous les Hérodiens

Le vassal des empereurs fut un grand constructeur. La majesté de la Jérusalem d’Hérode, rehaussée par Hérode Agrippa Ier (37-44 apr. J.-C.), n’était que la façade de changements plus importants. Jérusalem devint le centre de l’importante diaspora impériale qui s’étendit de la Perse à l’Espagne en passant par l’Égypte, la Syrie, l’Asie Mineure et la Proconsulaire. Dans la diaspora, un prosélytisme actif accrut fortement le nombre des communautés juives. À l’occasion de la Pentecôte, des fidèles des synagogues de toutes les parties du monde se rassemblaient à Jérusalem. La tradition pharisienne, soucieuse de garder le contact avec les communautés de tout l’Empire, fut formulée au cours de cette période dans les écoles de Shammaï et de Hillel ; elle se maintiendra après 70 à Yabne grâce aux efforts des rabbis Johanan ben Zakkaï et Akiba. Tout au long du ier s. apr. J.-C., l’occupation romaine suscita cependant la protestation ascétique des esséniens et l’opposition politique des zélotes.

C’est dans ce contexte que se fit entendre, vers 28, la voix de Jean-Baptiste*, invitant les juifs pieux à revenir aux préceptes de la loi et à recevoir un baptême de pénitence. Accueilli par certains comme le « nouvel Élie », il ouvrit la voie à la prédication de Jésus* de Nazareth (29-30). La naissance du christianisme, la condamnation de Jésus par Ponce Pilate, sa crucifixion, l’annonce de sa résurrection, bien qu’à peine remarquées à l’époque sans doute, allaient modifier non seulement le caractère de la ville de Jérusalem, mais le destin de l’humanité tout entière.

La révolte qui couvait depuis le début du siècle éclata sous Néron. En 66, Menahem, troisième fils de Judas le Galiléen, chassa les Romains de la ville, mit le feu aux archives du Temple afin de rendre impossible l’acquittement des impôts, et, en 68, le nouveau chef zélote, Simon Bar-Giora, proclama la libération générale des esclaves juifs. Tandis que le parti zélote se scindait en factions rivales, la réaction romaine se fit plus violente. Selon Flavius Josèphe, son chroniqueur, 25 000 soldats tinrent tête dans la ville pendant trois ans à une armée romaine quatre fois plus forte. Après la chute de la ville en 70, la résistance se poursuivit dans la ville haute, puis dans la forteresse de Massada, dont les défenseurs, autour du zélote Eléazar, tinrent en échec pendant plusieurs mois les troupes du général L. Flavius Silva et finalement se suicidèrent plutôt que de se rendre (Pâques 73).


Jérusalem, cité romaine (135-636)

Après un second soulèvement sous Trajan (117), qui fut maté, l’empereur Hadrien (117-138), décida de faire de Jérusalem une ville romaine. La création de cette colonie, sous le nom d’Aelia Capitolina, provoqua un nouveau sursaut de la conscience nationale autour du prince et général juif Bar-Kokheba (ou Bar-Kochba, « fils de l’étoile »). Les Romains durent évacuer la ville, et pendant deux ans (132-134) la souveraineté juive fut restaurée. Mais la réaction impériale fut impitoyable. Elle procéda à un échange de populations et implanta des colons païens venus de tout l’Empire. La communauté juive ne retrouvera un statut légal dans le pays qu’à la fin du iie s. Aelia ne fut plus qu’une ville secondaire, soumise à Césarée, et où l’on parlait grec.

Avec l’instauration de l’empire chrétien (325), Jérusalem, ville sainte du christianisme, devint un centre de pèlerinages. Sur l’emplacement où sera bâti ensuite le Saint-Sépulcre, l’église de l’Anastasis (Résurrection) fut construite à l’instigation de l’impératrice Hélène, qui se rendit sur place pour la mise au jour du bois de la « vraie Croix ». Origène*, en érudit, procéda à la localisation des données topographiques indiquées dans les Évangiles. L’Illyrien saint Jérôme* vint s’y établir et y procéda avec l’aide de juifs lettrés à la traduction de la Bible en latin. L’impératrice Eudoxie, au ve s., fit bâtir Saint-Étienne et permit de nouveau aux juifs d’acquérir des propriétés dans la ville. Justinien, enfin, édifia Sainte-Marie-la-Neuve, en contrebas de l’actuelle mosquée al-Aqṣā.

Au début du viie s., la suprématie byzantine commençant à décliner, le sort de Jérusalem se joua à trois reprises. En 614, le roi Khosrô II, auquel les populations chrétiennes de Syrie, persécutées par les Byzantins, faisaient bon accueil, enleva Antioche et Damas. En Galilée, 26 000 juifs se joignirent à son armée, et Jérusalem tomba sans grande résistance. L’Anastasis, les églises du mont des Oliviers, la basilique de Justinien furent en grande partie détruites, et la relique de la Croix emportée en Perse avec une longue file de captifs. Les juifs retrouvèrent alors pour un temps un plein droit de cité dans la ville.

Mais en 629 l’empereur Heraclius* vainquit Khosrô, reprit possession des territoires perdus et poussa jusqu’en Perse. Il y retrouva la relique de la vraie Croix, qu’il rapporta lui-même solennellement à Jérusalem. L’entrée de la ville fut de nouveau interdite aux juifs, et les églises furent reconstruites. Mais Byzance et la Perse s’étaient épuisées, matériellement et spirituellement, dans ce conflit. En 632 apparurent sur la scène des conquérants aux forces neuves, les Arabes*, récemment unifiés par le message de Mahomet, qui se réclamait à la fois d’Abraham et de Jésus. En 638, le calife ‘Umar Ier se présenta devant Jérusalem : le patriarche Sophronius opta pour une reddition sans combat, garantie par la présence du pacificateur. ‘Umar Ier promulgua alors un édit de tolérance à l’égard des « gens du Livre ». Les chrétiens demeurèrent dans la ville, et des juifs purent commencer à venir s’y installer.


La Jérusalem musulmane (638-1099)

Jérusalem fit alors partie du « djund Filasṭīn », dont Lod puis Ramla furent la capitale. La ville, restée en majorité chrétienne, garda le nom de Iliyā (Aelia), remplacé plus tard par celui de Bait al-Maqdis (« le Sanctuaire »), simplifié en Al-Quds (« la Sainte »), quatrième cité sainte de l’islām après La Mecque, Médine et Damas.