Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

Jean Chrysostome (saint) (suite)

L’épiscopat des tribulations

La réputation de Jean d’Antioche va valoir à celui-ci une promotion qui causera son malheur. En 397, Nectaire, évêque de Constantinople, meurt, et Jean se trouve, sans l’avoir désiré, élu au siège épiscopal de la cité impériale.

Mal préparé à sa nouvelle charge, il ne sera pas l’homme de la situation. L’atmosphère de Constantinople, avec ses coteries, ses intrigues de cour, n’est pas celle de la calme et provinciale Antioche. Jean n’est ni diplomate ni mondain ; ses adversaires l’accuseront d’être autoritaire et cassant. Son prédécesseur, qui aimait le faste, était un évêque accommodant ; le clergé et les moines en ont pris à leur aise avec la discipline ecclésiastique. Jean arrive avec un plan de réformes rigoureuses, qu’il va mettre en œuvre avec la raideur de son tempérament. Mais clercs et moines s’insurgent et opposent une résistance active. Dans l’ardeur de son zèle réformateur, Jean intervient dans les affaires religieuses de la province d’Éphèse. Une histoire de moines d’Égypte réfugiés à Constantinople et accusés d’hérésie l’oppose au patriarche d’Alexandrie, l’influent et vindicatif Théophile († 412). Les relations de l’évêque avec le palais impérial commencent aussi à se dégrader. Les sermons où Jean attaque, avec sa fougue habituelle, le luxe de la Cour et des classes dirigeantes finissent par provoquer de l’irritation en haut lieu. Certaines dames de la Cour desservent l’évêque auprès de l’impératrice Eudoxie, qui règne sur l’empire et sur l’esprit de son mari, le falot empereur Arcadius. D’autant que Jean n’épargne rien ni personne : prenant la défense d’une veuve lésée par le pouvoir impérial, il évoque dans une homélie la figure de Jézabel, la reine impie de la Bible (I, Rois, XXI), qui avait fait tuer Nabot pour le dépouiller de son bien ; l’impératrice, non sans raison, se sent visée.

Ce front d’oppositions mondaines, politiques et ecclésiastiques aboutit en 403 à la déposition de l’évêque et à son envoi en exil. Mais, après quelques jours, la situation est renversée. Le mécontentement populaire et un accident survenu au palais (une fausse couche de l’impératrice), interprété comme un signe du ciel, font revenir l’autorité impériale sur sa décision. La trêve, pourtant, ne dure que quelques semaines. Les rancunes accumulées contre Jean sont trop vives, et lui-même n’a pas un tempérament capable de garder des ménagements. L’hostilité renaît plus vive que jamais entre l’évêque et l’impératrice. Parlant sur la décapitation de Jean-Baptiste, Jean commence son sermon en ces termes : « Une fois de plus Hérodiade se déchaîne [...] une fois encore elle réclame la tête de Jean. » Hérodiade, c’est, en l’occurrence, Eudoxie : l’allusion est transparente et comprise de tous.

Le 9 juin 404, un nouvel ordre de bannissement est signé. Après trois ans d’un dur exil, Jean mourra dans un petit village sur les bords de la mer Noire. « Gloire à Dieu pour tout » seront les dernières paroles qui sortiront de la « Bouche-d’Or ».

La gloire de Jean Chrysostome a été incomparable, mais ce n’est pas au théologien qu’elle est allée : ses conceptions théologiques ne sont ni originales ni profondes. Le renom s’est attaché à l’orateur, et, fait assez remarquable, ses sermons sont peut-être les seuls de l’antiquité grecque chrétienne qui puissent encore de nos jour servir à la prédication. Ils sont si directs, si vivants qu’ils paraissent ne pas avoir vieilli.

I. T.

➙ Chrétiennes (littératures) / Patrologie.

 C. Baur, Der heilige Johannes Chrysostomus und seine Zeit (Munich, 1929-30 ; 2 vol.). / A. Moutard, Saint Jean Chrysostome, sa vie, son œuvre (Procure générale, 1949). / A. J. Festugière, Antioche païenne et chrétienne. Libanius, Chrysostome et les moines de Syrie (E. de Boccard, 1959). / S. Verosta, Johannes Chrysostomus (Vienne, 1961). / B. H. Vandenberghe, Saint Jean Chrysostome et la parole de Dieu (Éd. du Cerf, 1962). / H. Tardif, Jean Chrysostome (Éd. ouvrières, 1963). / E. Rome, Actualité de saint Jean Chrysostome (La Colombe, 1964).

Jean de la Croix (saint)

Docteur de l’Église (Fontiveros, prov. d’Ávila, 1542 - Úbeda 1591).


Pour beaucoup, Jean de la Croix est avant tout le poète de la nuit, cette nuit lumineuse et profonde d’Espagne qu’il a chantée dans un poème et dont il a, par la suite, développé le symbolisme si riche.

Par une nuit obscure
Ardente d’un amour plein d’angoisse,
Oh ! l’heureuse fortune !
Je sortis sans être vue,
Ma maison étant désormais en repos.

Jean de la Croix est, en effet, un des meilleurs poètes lyriques de l’Espagne du xvie s. Il n’a pas d’abord songé à être un auteur spirituel dont les œuvres seraient destinées à l’imprimerie. C’est la pression des circonstances et l’appel de ceux et celles qu’il a rencontrés sur sa route qui l’ont décidé à écrire le commentaire de ses poèmes. En dépit de leur rédaction occasionnelle, les quatre grands traités du « docteur mystique » forment un tout : la Montée du mont Carmel et la Nuit obscure montrent l’une le travail personnel de dépouillement de l’être en marche vers Dieu, l’autre l’action directe de Dieu sur celui qui subit passivement cette action. Ce sont deux aspects, parfois simultanés, d’une même phase de la vie spirituelle. Le Cantique spirituel continue à décrire cet itinéraire là où la Nuit obscure l’avait laissé : ce sont les splendeurs de l’union à Dieu dans la joie de l’amour récompensé dès ici-bas. La Vive Flamme d’amour peint le sommet de cette union. Est ainsi décrit le cheminement spirituel du baptisé désireux de parvenir à l’union avec Dieu, que le Christ Jésus a demandée à son Père au soir du jeudi saint pour tous ceux qui croiraient en lui.

L’Espagne du xvie s. connaît un vrai drame spirituel : celui qui se joue autour non pas du protestantisme, mais de l’illuminisme* né de la protestation contre le formalisme régnant et l’absence d’intériorité dans la prière. Les illuminés remettent alors en honneur l’oraison et le recours à l’Esprit-Saint qui « illumine » les cœurs. Les uns demeurent fidèles à l’enseignement de l’Église, tandis que d’autres rejettent toute autorité et toute loi.