Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Anges (les) (suite)

L’effondrement

Alexis III Ange (1195-1203), ambitieux frivole et poltron, abandonne la campagne en cours et rentre dans la capitale. En politique intérieure, son règne est une succession de désordres, d’émeutes et de conspirations. L’armée, composée entièrement de mercenaires étrangers, n’a plus que des effectifs réduits et mal payés ; la flotte de guerre disparaît, et les pirates italiens écument les côtes en toute impunité.

Cette faiblesse, tout en facilitant le démembrement du territoire, empêche l’empire d’intervenir efficacement à l’extérieur. En Asie Mineure, les Turcs s’installent en Paphlagonie et ravagent la vallée du Méandre. En Serbie, le gendre du basileus, Étienne Ier Nemanjić, à qui son frère aîné disputait le trône, désespérant d’être aidé par Byzance, se tourne vers la papauté et renvoie son épouse byzantine. En Bulgarie, Alexis s’avère incapable de soutenir son allié Ivanko, qui avait usurpé le pouvoir. Les chefs bulgares Ivanko et Dobromir Khriz, réfugiés dans l’empire, se révoltent et se taillent des fiefs dans la péninsule balkanique (1199-1200). Alexis parvient à s’emparer du premier par la ruse, mais il échoue contre le second, dont la principauté du Vardar tombe aux mains du tsar Kalojan. Le nouveau souverain bulgare, ennemi farouche des Grecs, ne ménage pas ses attaques : non content d’occuper une partie importante de la Macédoine, il enlève Varna (1201) et force Byzance à reconnaître ses conquêtes. Les Occidentaux assaillent à leur tour l’empire à la dérive : l’empereur d’Allemagne Henri VI, qui avait hérité de la couronne de Sicile, exige la cession de la région comprise entre Durazzo et Thessalonique, et la participation des Byzantins à la croisade qu’il organise (1195), cependant que son frère Philippe de Souabe, l’époux d’une fille d’Isaac II Ange, affiche des prétentions au trône des basileis. Alexis III, intimidé, consent un énorme tribut annuel, qu’il n’arrive pas à réunir. La mort inopinée d’Henri VI (1197) diffère le départ de la croisade, mais le projet est repris par le pape Innocent III, obsédé par la reconquête des Lieux saints, qu’il se propose de réaliser avec l’appui d’un Empire byzantin préalablement soumis à la papauté (1198).

Un concours de circonstances fait de Venise le maître d’œuvre de l’entreprise. Furieuse de voir ses privilèges commerciaux en territoire byzantin remis en cause à chaque avènement et toujours péniblement renégociés, ses colonies locales victimes de brimades et parfois de massacres, et inquiète de la concurrence de Gênes et de Pise, la République maritime décide d’asseoir sur le trône un basileus à sa dévotion, voire de détruire l’empire. Le vieux doge Enrico Dandolo s’y emploie, en transformant l’expédition vers la Terre sainte en instrument de conquête. Les croisés rassemblés à Venise s’engagent, pour acquitter leur passage, à conquérir Zara (Zadar) au profit de la République (1202). Sur ces entrefaites, Alexis Ange, fils d’Isaac II, qui s’était évadé des geôles de Constantinople et cherchait vainement en Occident des alliés pour restaurer son père, intéresse les chefs de la croisade à son projet, et promet de les rémunérer largement pour leurs bons offices. On signe l’arrangement final à Corfou, et, dès le 24 juin 1203, la flotte des croisés défile sous les murailles maritimes de Constantinople. La ville tombe entre leurs mains le 17 juillet : Alexis III s’enfuit en emportant le trésor et est remplacé par Isaac II et son fils Alexis IV.

Ce dernier, incapable d’honorer les promesses faites à Corfou, tente de lanterner les croisés, cependant que ses sujets l’accusent d’avoir vendu son royaume aux Latins. Le coup d’État de la fin de janvier 1204 lui coûte la couronne et la vie, et son parent, Alexis V Doukas, surnommé Murzuphle, un antilatin farouche, monte sur le trône. Cette révolution de palais précipite le dénouement de la tragédie. Les croisés prétextent le meurtre de leur ancien protégé pour assaillir de nouveau Constantinople : leur plan n’est plus d’asseoir sur le trône un prétendant byzantin, mais de conquérir à leur profit un empire dont ils ont déjà fait le partage. La ville tombe en leur pouvoir le 13 avril 1204, et Baudouin, comte de Flandre, est proclamé empereur du nouvel État latin de Constantinople.

P. G.

➙ byzantin (Empire).

 A. Frolow, Recherches sur la déviation de la IVe croisade vers Constantinople (P. U. F., 1955). / C. M. Brand, Byzantium Confronts the West 1180-1204 (Cambridge, Mass., 1968).

angine

Inflammation du pharynx et des amygdales.


Les angines sont les témoins de la lutte de l’organisme contre une infection bactérienne ou virale. Cette défense se fait grâce aux formations lymphatiques de la région du cou. Le diagnostic des angines est important, car elles sont parfois l’indice d’une maladie grave.

Le plus souvent, l’attention est attirée par des douleurs spontanées ou survenant lors de la déglutition (« mal pour avaler »). Dans certains cas existent des céphalées, des nausées, un malaise général plus ou moins marqué. On retrouve souvent des ganglions douloureux. Ces signes peuvent manquer ; par contre, la fièvre est en règle présente. L’examen de la gorge, diversement motivé, montre des aspects qui évoquent parfois un diagnostic. Systématique chez un malade fébrile, il est complété par un examen général.


Variétés d’angines


Les angines érythémateuses

Il s’agit d’angines rouges, ou pultacées (avec des « points blancs »), ou érythémato-pultacées (rouges avec « points blancs ») ; ces angines peuvent être microbiennes ou virales.

• Elles sont dominées par les angines streptococciques, que l’on soupçonne si le début est brutal, avec nausées, fièvre élevée, et surtout si gorge et amygdales sont très rouges et parsemées d’enduits blanchâtres. La preuve de l’origine streptococcique ne peut être faite que par le prélèvement de gorge. Celui-ci est fait en touchant avec un écouvillon stérile la paroi pharyngée et les amygdales. Un milieu de culture est ensemencé. Le résultat du laboratoire revenant rapidement (24 h), il est possible de poursuivre ou de commencer un traitement antibiotique. Celui-ci préviendra la survenue de complications fréquentes, mais non constantes, de certains streptocoques, tels le rhumatisme articulaire aigu et la glomérulonéphrite aiguë. Dans la scarlatine, l’angine, très intense, s’accompagne de lésions linguales d’aspect et d’évolution caractéristiques. (V. streptocoque.)

• D’autres germes peuvent être à l’origine d’angines rouges, mais plus rarement, tels le staphylocoque, le pneumocoque, parfois le méningocoque (responsable de méningites purulentes aiguës), que l’on peut retrouver dans la gorge de personnes vivant au contact d’un malade atteint de cette maladie. Sa recherche permet un traitement préventif qui empêche l’épidémie.

• Certaines angines rouges sont dues à des virus. Elles s’observent au cours de la grippe, du zona, de la rougeole, des oreillons, mais aussi dans la poliomyélite, les affections à virus cocsackie, etc.

Le traitement des angines rouges est fondé sur les gargarismes et collutoires, qui diminuent la douleur, et les antibiotiques, qui évitent les complications. Le traitement systématique peut développer des allergies et empêcher la survenue de l’immunité.

La répétition de ces angines, ou de leurs complications, fait proposer l’ablation des amygdales. Mais il importe de savoir, pour décider l’opération, si les amygdales constituent un foyer infectieux chronique au lieu d’être un moyen de défense.