Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

Java (suite)

Il y a deux itinéraires : l’un utilise le couloir de plaines au nord de Java, longe le littoral en passant par Cirebon, Semarang, Cepu et Surabaya ; le second, au sud, permet de se faufiler entre les volcans et emprunte la plaine de Jogjakarta dans toute sa longueur : c’est la ligne Jakarta-Bandung-Jogjakarta-Surakarta-Madiun-Mojokerto-Surabaya. Enfin, ces deux branches du réseau sont reliées à des dessertes locales, construites également par les Hollandais afin d’évacuer les produits agricoles des plantations commerciales de l’île.

B. D.

➙ Djakarta / Indonésie.


L’histoire de Java

Si, pour nous, Java désigne à présent la totalité de l’île, il ne désignait à l’origine que le pays javanais, ou javanophone, proprement dit, c’est-à-dire le Centre et l’Est. L’ouest de l’île, ou pays sunda, est occupé par un groupe ethno-linguistique assez différent, celui des Soundanais ; la langue soundanaise, quoique apparentée au javanais, possède un vocabulaire largement original. De nos jours encore, il arrive que les Javanais résidant à Jakarta (à l’ouest) disent qu’ils « rentrent à Java » lorsqu’ils retournent dans leur village, au centre ou à l’est.


Des origines à l’introduction de l’islām

C’est à Java central (plus exactement à Trinil, non loin de Surakarta) qu’ont été retrouvés pour la première fois les restes du fameux pithécanthrope et sur la côte sud (à Pacitan) qu’a été découvert l’un des plus anciens outillages lithiques. Peuplée à date très ancienne, l’île a également connu un développement important à l’époque néolithique, et de nombreux sites récemment fouillés sur la côte nord ont livré des poteries et des objets d’or. Java a, d’autre part, connu la civilisation dite « de Dông* Son », et des tambours de bronze y ont été retrouvés (de même que dans l’île voisine de Bali).

Les vestiges « historiques » les plus anciens ne remontent guère avant le ve s. apr. J.-C. C’est de ce siècle, en effet, que l’on date quelques inscriptions sur pierre trouvées dans la région de Jakarta et rédigées en sanskrit, dans une écriture dérivée d’un modèle indien (proche de l’écriture pallava). Il y est fait notamment mention d’un roi Pūrṇavarman, souverain du royaume de Taruma, qui s’occupe de faire creuser un canal. Après cette première lumière, le pays sunda retombe dans l’obscurité, et c’est à Java central, puis à Java oriental que nous trouvons les vestiges les plus grandioses et les plus caractéristiques de l’« époque indianisée ».

Du viie au xe s., le centre de gravité de la culture indo-javanaise se trouve au centre de l’île (grands temples de Bārābudur* et de Prambanan) ; au xe s., après un « cataclysme » dont l’épigraphie nous a conservé la date exacte (928), mais dont nous ignorons la nature, il se déplace brusquement à l’est. C’est là, à proximité du fleuve Brantas, que le roi Airlanga (ou Erlangga, xie s.) reconstitue un royaume et que se succèdent trois grandes dynasties (dont les deux dernières ont laissé d’amples vestiges archéologiques) : celle de Kediri au xiie s., celle de Singasari de 1222 à 1292, celle de Majapahit de 1923 au xve s.

Au cours de ces quelque 1 000 ans d’indianisation (ve-xve s.), tout se passe comme si l’influence de l’Inde, forte au début, s’atténuait peu à peu. Si les bas-reliefs du Bārābudur (viiie s.) peuvent rappeler les sculptures indiennes, ceux de Panataran (xive s.) sont plus originaux et annoncent par leurs formes anguleuses les figurines du théâtre d’ombres. Parallèlement, si l’iconographie des premiers temples peut s’expliquer par référence aux textes indiens (śivaites ou mahāyāniques), celle des temples ultérieurs s’inspire souvent de thèmes proprement javanais. On a pu parler d’un « substrat » ou d’un « vieux fonds » javanais, qui, surtout à partir du xive s., se serait affirmé de plus en plus nettement.

Toutefois, d’un bout à l’autre de cette longue période, la société javanaise présente en gros des caractéristiques constantes ; nous avons affaire à la même société agraire, encore très peu nombreuse, dispersée dans quelques clairières au sein de la grande forêt et fortement hiérarchisée : au sommet, le roi divinisé avec, autour de lui, les nobles (kṣatrya) et le clergé ; en dessous, les paysans, qui défrichent et cultivent les rizières irriguées.


L’ère moderne

Au xve s., les conditions changent radicalement. Le centre de gravité se déplace une fois de plus et se reporte sur la côte septentrionale. De tout temps, c’est par cette côte (en javanais Pasisir) que les influences et les produits extérieurs avaient transité, mais jusqu’alors son rôle était resté comme subordonné à celui des royaumes de l’intérieur.

Cette fois, les marchands amènent avec eux l’islām, et cette nouvelle idéologie gagnera peu à peu l’île entière. Les ports de la côte, animés par la fougue de prédicateurs convaincus (la tradition nous parle des « neuf envoyés » d’Allāh, ou wali songo), deviennent les centres de nouvelles entités politiques, sortes de cités marchandes dirigées par des chefs religieux ou des sultans et dont la force réside non plus dans la riziculture, mais dans le grand commerce. Ainsi naissent Gresik, Tuban, Demak, Japara, Cirebon, Banten, toutes villes situées sur la côte et comportant d’importantes communautés étrangères : Indiens, mais aussi Persans, Arabes, Chinois et bientôt Portugais.

Avec le commerce, l’usage de la monnaie et l’islām se répandent une nouvelle langue, le malais, et une nouvelle vision du monde, qui privilégie l’individu et tient compte du devenir historique. Majapahit décline et disparaît (date traditionnelle : 1478) ; la vieille culture « indianisée », faite de traditions locales, d’hindouisme et de bouddhisme, ne se maintient qu’à Bali et dans quelques montagnes retirées de Java (massif du Tengger, à Java est, et pays Baduy, à Java ouest, où, de nos jours encore, l’islām n’a pu pénétrer).