Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

Java

Île de l’Indonésie, de loin la plus peuplée du pays.



Le milieu

L’île s’allonge entre 6° et 9° de lat. S., sur un peu plus de 1 000 km d’est en ouest. Sa largeur dépasse à peine 200 km à la hauteur de Surakarta et se réduit à 100 km environ dans l’isthme central, entre Cirebon et Semarang.

La montagne et la plaine se pénètrent et s’entremêlent. Certains volcans dépassent 3 000 m d’altitude (Cereme [ou Ceremai], Slamet, Sumbing, Semeru, etc.), se dressant d’un seul jet au-dessus de la plaine, dans laquelle ils viennent se fondre, par un long profil concave, aux pentes régulièrement décroissantes. Ils ne forment pas une barrière ininterrompue, mais s’égrènent comme les éléments d’un chapelet, séparés par des seuils offrant des passages faciles du nord au sud de l’île.

Cette harmonie des formes est un des charmes de l’île : bassins et fonds de vallée où miroitent les rizières parsemées de villages, collines où grimpent les cultures sèches (tegalan) par-dessus l’étagement des sawah (rizières), pentes raides et ravinées des volcans, souvent drapées de bois noirs, jusqu’aux sommets nus, que panachent parfois les fumées grises des solfatares. L’abondance des volcans (on en compte 120) contribue beaucoup à la fertilité du sol et à la densité du peuplement.

Le climat non plus n’est pas indifférent au destin de Java. L’île apparaît comme une terre de transition entre les terres au climat typiquement équatorial, comme Sumatra et Kalimantan (Bornéo), et les îles orientales, déjà plus sèches. Néanmoins, des pluies nourries s’abattent sur les pentes des massifs et les plaines qu’ils dominent. Le morcellement des montagnes multiplie encore les nuances climatiques, grâce aux variétés d’exposition. Jakarta (Djakarta*), au nord-ouest de l’île, reçoit 1 787 mm de pluies, réparties essentiellement sur sept mois, d’octobre à avril. Surabaya, vers l’est, ne reçoit déjà plus que 1 506 mm de pluies et connaît cinq mois réellement secs (de juin à octobre) ; enfin, tout à fait à l’est, le climat devient semi-aride, avec moins de 1 m de pluies par an.

Les températures sont beaucoup plus homogènes. Les moyennes sont élevées (26-27 °C) ; la constance de la chaleur est remarquable, puisque l’amplitude thermique annuelle ne dépasse pas 1 °C à Jakarta ; les seuls écarts de température que l’on peut observer proviennent des variations d’altitude.


Les divisions régionales

La carte ethnique, plus encore que le climat ou le relief, aboutit à distinguer trois régions. La partie occidentale correspond au pays sunda, dont les limites, à l’est, passent par les villes de Cilacap et de Cirebon. La partie centrale est occupée par les Javanais proprement dits. La partie orientale, ainsi que l’île de Madura, est peuplée par les Madourais.

Cette division tripartite se retrouve aussi bien dans les formes de colonisation que dans les limites administratives actuelles.

• Le pays sunda. Il présente une zonation latitudinale originale par rapport aux deux autres régions. Au sud, on observe les reliefs énergiques dus au volcanisme actuel, qui atteignent la côte de l’océan Indien. Au centre, une couronne de volcans entoure les anciennes plaines lacustres de Bandung et de Garut, elles-mêmes séparées par un seuil topographique. Situées à une altitude moyenne de 700 m, ces plaines jouissent d’un climat relativement frais (moyenne annuelle : 23 °C), qui avait d’ailleurs incité les Hollandais à y installer une partie de leur administration et le quartier général de l’armée des Indes. La ceinture de volcans qui encadre la plaine centrale, tel un amphithéâtre, est composée d’édifices énormes, souvent mal individualisés. Dans l’arc septentrional se succèdent notamment d’ouest en est le Pangrango (3 022 m) et le Gede, puis vers le nord, après un seuil (col de Puncak : 1 500 m), se dressent le massif du Tangkuban Prahu avec son double cratère et enfin le Cereme (3 078 m). La boucle est fermée au sud par une seconde ligne de volcans. Après avoir franchi la ligne des volcans septentrionaux, on descend dans la plaine de Jakarta, qui est la plus grande plaine de l’île : elle s’étend sur 250 km d’est en ouest, face au littoral de la mer de Java, et a une largeur moyenne de 50 à 80 km. Elle est traversée par une série de rivières qui s’échappent de la chaîne de montagnes au nord, après avoir creusé parfois de petites gorges, comme le Citarum.

• Java central. La population est homogène et s’exprime entièrement en langue javanaise. Java central comprend l’« isthme javanais », la partie la plus étroite de l’île, divisée en trois ensembles : la plaine méridionale, les volcans centraux et la plaine septentrionale.

Au sud, la plaine de Banyumas-Kedu est une plaine d’alluvions récentes ; les progrès du colmatage permettent de combler au nord-ouest de Cilacap un vaste golfe, en soudant au rivage, par l’intermédiaire d’un tombolo, l’île calcaire de Kambangan ; autour de la lagune, qui subsiste, l’envasement gagne de 15 à 30 m par an. À l’est de Cilacap, la régularisation est plus avancée ; les lagunes sont déjà asséchées derrière les cordons sableux, qui forment de longs arcs tendus, accrochés par endroits aux îlots de calcaires sédimentaires ou coralliens. Au sud, au-delà du fleuve Opak, l’altitude augmente, et l’on accède à un plateau qui dresse au-dessus de la mer une falaise très raide, de 25 à 100 m de haut, et qui se relève encore vers le nord jusqu’à près de 700 m d’altitude : c’est le pays du Gunung Sewu, ce qui, en langue javanaise, signifie les « Mille Montagnes ». La roche, d’un blanc jaunâtre, a été ciselée en une multitude de buttes serrées en forme de ruches de 50 à 70 m de hauteur. Entre les volcans centraux et ces rugueuses tables de calcaires du Sud s’étale la plaine de Jogjakarta, plus ou moins bosselée de collines.

Au centre se dresse d’un seul jet le cône isolé du Slamet (3 432 m), le plus occidental de la chaîne centrale de volcans ; puis c’est l’empâtement du plateau de Dieng à 2 000 m d’altitude, dominé par quelques appareils un peu plus élevés, qui, vers le sud, avancent autour de la plaine de Magelang comme les deux branches d’un fer à cheval, chaque branche étant constituée par des volcans jumelés : Sundoro-Sumbing à l’ouest, Merbabu-Merapi à l’est. Ce dernier volcan est l’un des plus actifs de l’Indonésie ; ses éruptions sont fréquentes et dévastatrices, car elles donnent lieu à des avalanches incandescentes et à des nuées ardentes énormes ; le dernier réveil du Merapi ne date que de 1970...

Au nord s’étend une étroite plaine alluviale, qui va de Pekalongan à Tegal. Cette plaine est beaucoup moins fertile que les autres plaines de l’île de Java et supporte une saison sèche très accentuée en raison de l’effet de fœhn qui dénature l’alizé du sud-est au moment de son passage au-dessus des reliefs montagneux du centre de l’île.

• Java est. Les deux grands traits géographiques observés dans le centre de Java s’accusent encore à l’est : morcellement du relief et assèchement du climat. C’est ici que les trois bandes longitudinales de l’île sont les plus distinctes.

Au sud, les plateaux et collines, formés de dépôts volcaniques et de calcaires, se prolongent vers l’est en longeant le massif du Tengger et surgissent encore à la pointe extrême-orientale de l’île de Java, dans la presqu’île de Balambagan.

Au centre, les volcans, qui étaient déjà moins agglomérés dans la zone de Java central que dans la province occidentale, s’individualisent parfaitement ou, du moins, forment des groupes bien séparés.