Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Japon (suite)

• 743. Contrairement aux principes du ritsuryō, le gouvernement permet la possession en titre des terres nouvellement ouvertes à la culture. Seuls les monastères et chefs de clans disposant d’assez de main-d’œuvre pour exploiter ces terres accèdent donc à la propriété ; c’est l’origine des grands domaines féodaux (shōen) qui se formeront par la suite. Cette même année, dans l’espoir d’atténuer une épidémie de variole, l’empereur Shōmu ordonne la construction d’une immense statue du Bouddha en bronze, qui ne sera terminée qu’en 752. Cette statue, dans le temple du Tōdai-ji à Nara, existe encore de nos jours.

• 751. Réalisation de la première anthologie de poèmes japonais, le Kaifūsō, composée de 120 poèmes écrits en chinois.

• 754. Le religieux bouddhiste Ganjin arrive de Chine avec 24 élèves et techniciens.

• 756. L’impératrice douairière Kōmyō fonde en mémoire de l’empereur Shōmu un musée des collections personnelles de celui-ci, dans le Shōsō-in, à Nara. Ce musée, qui contient plus de 9 000 objets provenant du Japon, de Chine et d’Asie centrale, est demeuré intact. Il est un des plus précieux témoignages de la civilisation de l’Asie au viiie s.

• V. 759. Composition du Manyō-shū, anthologie poétique japonaise de quelque quatre mille cinq cents poèmes, sur ordre impérial. Elle comprend des poèmes anciens écrits soit par des poètes nobles, soit par des hommes et femmes du peuple.

• 764. Un moine bouddhiste, Dōkyō, protégé par l’impératrice Shōtoku, réussit à devenir Premier ministre et impose sa règle à tout le pays, menaçant l’existence même du pouvoir impérial.

• 770. À la mort de l’impératrice Shōtoku, une révolution de palais chasse le moine Dōkyō, et un empereur légitime monte sur le trône. Ce Kōnin-tennō étant mort en 781, les ministres refusent désormais le trône aux femmes, trop sujettes aux emprises de la religion bouddhique, et intronisent un nouvel empereur, Kammu.

• 784. L’empereur Kammu, afin de tenter de se libérer de la pression des religieux, quitte Nara et se fait édifier une nouvelle capitale à Nagaoka, plus au nord-ouest. Cependant, le site se révèle peu favorable, et l’empereur Kammu l’abandonne pour un autre, à quelque distance, où il fait édifier, sur les plans de celle des Tang, Chang’an (Tch’ang-ngan) [auj. Xi’an], une nouvelle capitale, qu’il nomme Heian-kyō, la « Capitale pacifique » (sur le site de l’actuelle Kyōto). Il y fait installer son palais et y transfère quelques temples. Les nobles sont obligés de venir habiter dans la nouvelle cité qui demeurera, jusqu’en 1868, la véritable capitale impériale du Japon.

• 794. Inauguration de la capitale.


La période de Heian (794-1185/1192)

• 800-803. Sakanoue no Tamuramaro († 811), général en chef contre les barbares, réussit à refouler dans l’extrême nord de l’île de Honshū les Ebisus et les Aïnous qui, plusieurs fois déjà, notamment en 783 et en 789, avaient vaincu les troupes impériales envoyées contre eux. Ces « barbares » menaçaient en effet sans cesse l’installation des colons récemment arrivés sur les terres fertiles du Nord et de l’Est. Sur ces nouvelles terres, des milliers de personnes viennent s’établir, attirées par la promesse de n’avoir pas d’impôts à payer, à condition de défendre le pays contre les Aïnous. Ainsi commencent de se constituer des familles de paysans-guerriers, vivant de façon autonome et qui tendent de plus en plus à s’affranchir de la capitale. En elles, ces familles portaient le germe de la féodalité qui s’instaurera par la suite au Japon.

• 805-806. Deux religieux japonais, Saichō (de son nom posthume Dengyō Daishi) [767-822] et Kūkai (de son nom posthume Kōbō Daishi) [774-835], envoyés en Chine afin d’y rechercher de nouvelles doctrines bouddhiques, en reviennent, rapportant les doctrines ésotériques du shingon et du tendai, des modèles (peintures et sculptures) d’art bouddhique chinois, et ramènent avec eux des lettrés et même quelques prêtres nestoriens... Saichō fonde un monastère au nord-est de la capitale, sur le mont Hiei (Hieizan), tandis que, quelques années plus tard, Kūkai s’installera sur le mont Kōya, au sud de Nara. Les doctrines religieuses rapportées par ces deux moines vont profondément modifier le bouddhisme au Japon et concourir à le répandre plus largement. Jusqu’alors, le bouddhisme n’était guère qu’une religion de moines, ceux-là seuls pouvant, suivant leurs doctrines, être « sauvés ». Kūkai et Saichō, au contraire, prétendent que tout être peut obtenir la libération à condition de le désirer et de suivre les études nécessaires. À cet effet, Kūkai institue les premières écoles à l’usage des gens du peuple, et il « invente » (du moins la tradition le prétend) un mode d’écriture proprement japonais, comportant seulement 51 caractères syllabiques, ce qui permet à tous ceux qui n’ont pas accès à la culture chinoise (c’est-à-dire tout le monde sauf quelques grands seigneurs ayant le droit de suivre les cours de l’Académie impériale ou ceux des écoles de clan) de se cultiver, de lire et d’écrire la langue ordinaire dans laquelle ils s’expriment. De plus, les nouvelles doctrines bouddhiques tentent de réconcilier le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme et d’intégrer dans le panthéon bouddhique les divinités du terroir japonais, les kami du shintō. Kūkai entre autres donne ainsi au Japon des bases qui lui permettront de se libérer progressivement de l’envahissement culturel chinois. Les femmes de l’aristocratie surtout profitent de ces nouveaux instruments de culture et commencent à écrire textes et poèmes en hiragana.

• 838. La dernière ambassade japonaise en Chine a lieu. Les intellectuels japonais, soucieux de préserver leur culture nationale, jugent inutile d’avoir désormais recours aux leçons de la Chine. Les contacts avec ce pays ne sont cependant pas coupés, car de nombreux voyages privés continuent de s’organiser. La paix règne pendant tout le ixe s. au Japon. Mais cela n’empêche pas de profondes réformes de transformer la société.