Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Japon (suite)

Les catégories socio-professionnelles

En 1968, 46 p. 100 de Japonais vivaient dans des agglomérations de plus de 5 000 habitants, et le pourcentage de la population urbaine a crû plus rapidement que la population totale depuis 1868. Parallèlement, celui de la population vivant de l’agriculture passait de 78 en 1872 à 51 en 1920, 34 en 1960 et 15,9 en 1971. Le chiffre réel est encore inférieur, puisqu’un grand nombre de familles rurales équilibrent leur budget en partie grâce à des activités non agricoles (travail en usine, commerce de détail...). Le secteur secondaire, de 6 p. 100 en 1880, avait doublé en 1900, quadruplé en 1940 et s’élève à 35,1 p. 100 en 1971. Déjà élevé au moment de Meiji (12 p. 100 en 1868), le secteur tertiaire occupe 49 p. 100 de la population active en 1971.

Cette composition professionnelle situe le Japon à mi-chemin des pays les moins industrialisés et les plus évolués du globe. Elle se distribue toutefois d’une façon bien inégale à la surface du pays. Les régions riveraines du Pacifique ou de la mer Intérieure possèdent toutes les grandes villes et accroissent leur population plus vite que la moyenne nationale, tandis que la population agricole y forme moins de 20 p. 100 du total. Le reste du pays est moins peuplé, mais 30 p. 100 des habitants y ont moins de quinze ans, tandis que le secteur agricole forme plus de 20 p. 100 du total. De fortes migrations déplacent sans cesse de nombreux contingents de la seconde région vers la première, vidant les secteurs ruraux au profit des secteurs urbains et manufacturiers. Ces mouvements s’inscrivent dans la genèse de la mégalopolis japonaise.


Les conditions historiques


L’occupation de l’archipel

L’origine du peuple japonais pose encore bien des problèmes. C’est de Chine, souvent par la Corée, que vint l’essentiel des techniques de la vie matérielle et intellectuelle : arts, écriture, religion bouddhique. Par des combats ou des alliances, le peuple établi à Kyūshū gagna la région du Kansai, où la cour impériale s’installa ; elle y demeura jusqu’en 1868, à Nara, puis à Heian (Kyōto). La conquête du Nord fut entreprise et les Aïnous, repoussés jusqu’à Hokkaidō. Le centre de gravité de la nation se déplaça ainsi constamment vers l’est, depuis Kyūshū jusqu’au Kansai, puis, de là, en deux étapes, à Edo (1615), devenue Tōkyō (1868). Cette progression, de plaine rizicole en plaine rizicole, a amené jusqu’aux rives gelées de la mer d’Okhotsk les Japonais avec leur stock culturel exotique : maison sur pilotis et riziculture inondée. À la restauration impériale de 1868, une centralisation administrative de type moderne succède aux grands fiefs féodaux, et l’influence occidentale remplace avec vigueur celle de la Chine sans que, pour autant, la structure mentale et sociale héritée du passé soit rejetée par les Japonais. C’est, bien au contraire, grâce à elle qu’ils purent opérer leur spectaculaire reconversion des cent dernières années, accéder au rang de grande puissance.


« Endroit » et « envers ». Nord-Est et Sud-Ouest

Les modalités de cette occupation ont entraîné un double contraste dans la géographie du pays. Le premier s’observe entre le Nord-Est et le Sud-Ouest : les densités de peuplement rural demeurent plus faibles au nord : maint trait de civilisation — dialectes, coutumes, outillage, techniques artisanales —, varie de part et d’autre de la ligne de hauteurs qui sépare les régions anciennement peuplées (Kyūshū, Chūgoku, Sanin, Kansai) de celles qui furent occupées et acquises plus tardivement à la civilisation nationale. Plus net encore est le contraste que les Japonais ressentent entre les rivages de la mer du Japon et ceux du Pacifique ou de la mer Intérieure. Ils désignent les premiers du nom d’envers, et il s’agit bien d’une sorte d’ubac physique et humain, aux hivers neigeux et aux vastes horizons de rizières, uniquement rural. L’endroit, au contraire, outre l’adret physique qu’il constitue naturellement, a reçu les plus fortes densités de peuplement, l’essentiel des villes et de la richesse industrielle et commerciale du pays. Plus que les facteurs physiques, c’est bien l’histoire qui est à l’origine de cette dissymétrie fondamentale, les deux capitales (Kyōto, puis Tōkyō) et la vieille métropole commerciale d’Ōsaka se trouvant ici et ayant favorisé spontanément depuis le siècle dernier la concentration des grands foyers économiques et urbains du pays. Le phénomène est en effet récent : Kanazawa (envers) et Nagoya (endroit) avaient toutes deux 120 000 habitants en 1870 ; elles en ont aujourd’hui respectivement 300 000 et 3 millions.


Villes et campagnes

L’origine des villes est diverse : l’essentiel des grandes cités actuelles a une origine féodale, et le château (ou du moins les douves) y marque encore cette ancienne fonction. D’autres sont de vieilles villes-marchés, d’étape (sur les routes féodales) ou religieuses, nées en avant des grands sanctuaires bouddhiques ou shintoïstes. En 1945, seules Kōbe et Yokohama avaient une origine récente parmi les grandes villes. On trouve, ici comme ailleurs, des cités de toutes tailles, depuis le petit marché local jusqu’à la métropole dépassant le million d’habitants. Actuellement, huit d’entre elles appartiennent à cette catégorie. Il serait plus exact de dire que le pays a quatre conurbations majeures : Tōkyō-Yokohama (12 Mhab.), Nagoya (3 Mhab.), Kyōto-Ōsaka-Kōbe (8 Mhab.) et Kita-kyūshū-Fukuoka (2 Mhab.). D’autres métropoles régionales atteindront bientôt le million : Sendai (Tōhoku), Shizuoka-Shimizu (Tōkai), Okayama-Kurashiki, Hiroshima (Chūgoku).

Les villages groupent l’essentiel de la population rurale, mais les hameaux et les fermes dispersées ne sont pas rares, régnant parfois exclusivement sur de grandes surfaces (plaines de Toyama, de Takamatsu, de Hokkaidō). Il semble qu’on doive écarter, du moins pour le Japon, la riziculture (et l’irrigation qu’elle suppose) comme facteur de groupement des habitations. Celles-ci, en dépit de leur construction uniquement végétale, offrent une certaine variété régionale par leur plan, la forme de leur toit et leur matériau de couverture, leur disposition intérieure aussi. Le parcellaire rural est parfois confus, mais présente souvent un quadrillage régulier, ainsi dans les régions anciennement soumises au système de cadastrage dit « jiri » (vie s.), ou encore dans les plaines de colonisation récente (Hokkaidō, baies asséchées).