Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Japon (suite)

• La Fossa Magna. C’est la dislocation essentielle de l’archipel ; elle se poursuit depuis le Pacifique (presqu’île d’Izu) jusqu’à la mer du Japon, et sa lèvre méridionale est jalonnée de grands volcans (Fuji, Asama). Aux deux extrémités se trouvent les deux plus vastes plaines du pays : celle du Kantō (Tōkyō) sur le Pacifique et celle de Niigata sur la mer du Japon.

• Le Nord-Est. Les directions longitudinales s’y affirment avec une grande netteté : trois chaînes parallèles méridiennes y sont séparées de cordons de plaines, larges et bien évidées (l’ensemble correspondant ici à l’arc du Nord-Est). Une grande dislocation méridienne y sépare notamment à l’est les monts de Kitakami, que flanque à l’ouest la plaine de ce nom, ouverte elle-même au sud sur la plaine de Sendai. Elle se poursuit au sud par un étroit couloir qui ouvre une voie naturelle vers la plaine du Kantō. Localement (Uetsu), des blocs de matériel tertiaire (tufs, grès) soulevés donnent des reliefs énergiques. De grands édifices volcaniques dominent tous ces horizons au centre (Bandai, Zaō) et sur la mer du Japon (Chōkai). Hokkaidō, enfin, est formée essentiellement de trois axes de hauteurs dont le croisement au centre est masqué par la vaste calotte volcanique du Daisetsu. Des plaines effondrées entourent celui-ci au nord (Kitami), au sud-ouest (Tokachi, Konsen, qui est une plaine d’abrasion) et surtout à l’est, où s’ouvre la grande dépression d’Ishikari (Sapporo).

Les trois grandes familles de paysages morphologiques dérivent de cette structure, sans cesse modifiée par un système d’érosion vorace et le rejeu lent, mais continu, de mainte fracture.


Les montagnes

Couvrant les trois quarts du Japon, elles donnent trois sortes de paysages. En toutes régions, des hauteurs moyennes, assez lourdes, d’altitude de 800 à 2 000 m, forment de longues échines séparées par de profondes vallées en V. Le manteau de débris qui les recouvre demeure mince, car les pluies dénudent constamment les pentes, là où une épaisse forêt ne les recouvre pas. Dans le Daisetsu et surtout au long des monts Hida, des reliefs alpestres apparaissent : arêtes, abrupts, crêtes aiguës recoupées en pics dessinant de hauts sommets, dont une trentaine dépassent 3 000 m. Le plus haut sommet du pays est un volcan, toutefois, le Fuji (3 776 m), et ce sont les formes éruptives qui donnent au relief japonais ses aspects les plus originaux. Des 265 volcans recensés dans l’archipel, une trentaine environ sont actifs. Ces volcans se localisent surtout aux deux extrémités du pays : Hokkaidō et Tōhoku (Daisetsu, Bandai, Chōkai) et Kyūshū (Kirishima, Aso), ainsi que sur la Fossa Magna (Fuji, Asama, Myōkō). Cônes de toutes tailles et de toutes formes, lacs, vastes champs de laves stériles forment ici et là des paysages grandioses et désolés.


Les plaines

Ne couvrant que 16 p. 100 du pays, elles concentrent la quasi-totalité de la population. Ce sont des zones d’accumulations alluviales logées dans des creux d’origine tectonique. La plaine classique forme ainsi une dépression aux bords nets ouvrant soit sur la mer (par une longue plage entre deux promontoires), soit au cœur des montagnes ; un torrent la parcourt, en pente forte ; le calibre des alluvions diminue depuis son lit vers la périphérie pour croître de nouveau dans les cônes de débris qui garnissent le pied du versant.

Ces torrents, larges et aux bras nombreux, ont une charge énorme, et leurs excès ont de tout temps forcé les hommes à les corseter étroitement de hautes levées, sous lesquelles routes et villages se sont établis. Un lent affaissement affecte certaines de ces plaines situées en bordure de la mer, qui tend ainsi à les envahir (Wajū au sud de Nagoya). Le fond de ces plaines est formé généralement de terrasses d’alluvions plus ou moins anciennes où le soulèvement a parfois encaissé légèrement les cours d’eau. Les plus élevées, ainsi celle de Tama dans le Kantō, ont été disséquées en une série de collines, tandis que les niveaux inférieurs forment des surfaces régulières que les nappes aquatiques n’atteignent pas ; il faut y creuser des puits parfois très profonds (Musashino, à l’ouest de Tōkyō). Localement, des dépôts d’origine volcanique remaniés par le vent recouvrent ces niveaux d’un placage épais de plusieurs mètres (le « loam » du Kantō).

Ces paysages de plaines varient surtout en raison de la dimension de celles-ci. Les plus vastes — Kantō, Ishikari (Hokkaidō), Kitakami (Tōhoku), Niigata ou Toyama (Hokuriku) — offrent de grands horizons où routes et voies ferrées courent en ligne droite sur des dizaines de kilomètres. Ailleurs, il s’agit de bassins en amande (Nagano, Tsuyama) qui évoquent assez les limagnes auvergnates ; ailleurs enfin, au cœur des zones les plus massives, une confluence de vallées comblées par des cônes alluviaux coalescents a pu donner de petites plaines au relief plus mouvementé, mais que la patience humaine a entièrement découpées en terrasses. Ainsi qu’il a été écrit, l’essentiel de ces plaines s’ouvre toutefois sur la mer, où se terminent aussi les hauteurs, de façon généralement abrupte.


Les types de rivages

Les côtes constituent la troisième famille des grands paysages morphologiques japonais. L’archipel en déroule environ 28 000 km, soit 1 km pour 13 km2. Leur tracé découle, pour l’essentiel, de la tectonique. Sur le Pacifique, elles se déploient obliquement par rapport aux grandes directions structurales (angle de 55° environ), ce qui entraîne une série d’indentations majeures : baies de Sendai, de Tōkyō, de Suruga, d’Ise, de Kōchi, presqu’îles de Matsushima, de Bōsō et de Miura (encadrant la baie de Tōkyō), d’Izu, de Kii, caps Muroto et Sada à Shikoku. Sur la mer du Japon, au contraire, l’orientation de la côte est parallèle aux directions structurales et demeure à peu près rectiligne, mis à part la presqu’île de Noto. Subsidence et soulèvement ont enfin affecté (et affectent encore) mainte section de ce littoral. Le soulèvement l’emporte dans le nord du pays (Hokkaidō, Tōhoku), apparent dans les plaines d’abrasion, les terrasses soulevées, les morsures récentes de l’érosion. L’affaissement domine au sud et à l’ouest, où abondent rias et marais littoraux.