Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Jamaïque (suite)

Il se constitua à la fin du xixe s. et au xxe s. de grandes exploitations agro-industrielles de type capitaliste, qui se concentrèrent progressivement. Le sucre se vendant à bas prix, on lui substitua la banane dans de nombreuses régions. Les cocoteraies, les plantations d’agrumes, de café, de cacao, de tabac, de coton, de gingembre se développèrent également. L’agriculture se diversifia aux dépens de la canne à sucre.

Les terribles épidémies qui éclatèrent au xixe s. et au début du xxe n’empêchèrent pas la population d’augmenter. Il y avait 450 000 habitants en 1860, 580 000 en 1880, 858 000 en 1921, la croissance démographique s’accélérant avec l’amélioration des conditions sanitaires après 1900. La densité de la population commençait à être trop élevée compte tenu de la capacité de production du pays, et un courant d’émigration qui ne devait plus s’arrêter se mit en place.

Pendant la crise des années 30, la production sucrière s’effondra. La croissance naturelle de la population augmentant, la pression démographique et, avec elle, la dégradation des conditions d’existence s’accentuèrent encore. En 1943, on dénombrait 1 237 391 habitants. La misère d’une partie considérable de la population, le développement des sentiments nationalistes, du syndicalisme, l’implantation des bases américaines pendant la guerre nécessitèrent un vigoureux effort de redressement de la part de la puissance coloniale. Cet effort fut entrepris dans le cadre du West Indian Welfare Fund à partir de 1940, jetant les bases d’une nouvelle organisation économique, fondée sur les industries, le tourisme et le commerce. Ces transformations s’accompagnèrent d’une évolution politique qui aboutit à l’indépendance en 1962.


Les problèmes démographiques

Avec l’amélioration des conditions générales d’existence, de l’hygiène, de la médecine, la croissance naturelle a atteint après 1945 des taux alarmants. La mortalité n’a cessé de diminuer, pour s’abaisser à moins de 7 p. 1 000 actuellement ; quant à la natalité, elle a atteint 40 p. 1 000 en 1958. Elle diminue depuis 1964-1966, mais reste encore élevée (30 p. 1 000 en 1970). L’excédent naturel dépassa 3 p. 100 par an vers 1960 ; actuellement, il dépasse encore 2 p. 100. De 1943 à 1970, la population totale s’est accrue de moitié, atteignant 1,4 million en 1950, 1,609 million en 1960 et 1,865 million en 1970. Cependant, entre les deux recensements de 1960 et de 1970, la croissance de la population a été moins forte que prévu. Ce résultat, encourageant quant à l’avenir démographique du pays, est la conséquence de la très forte émigration vers la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Canada. L’émigration peut permettre à la Jamaïque de retrouver un équilibre entre sa population et ses ressources. La chute de la natalité enregistrée actuellement en est la conséquence, et elle laisse prévoir, sans optimisme exagéré, une évolution dans ce sens au cours des années 70. Dans l’immédiat, le nombre de jeunes qui arrivent sur le marché du travail reste trop élevé par rapport aux créations d’emplois, et les classes d’âge jeunes sont particulièrement touchées par le chômage. Des mouvements internes importants affectent aussi la population. L’exode rural frappe les campagnes surpeuplées au profit des agglomérations urbaines. Il se fait essentiellement au profit de l’aire métropolitaine de Kingston. Les quatorze centres à caractère urbain recensés en Jamaïque ne regroupent encore que 40 p. 100 de la population totale, mais ils s’accroissent rapidement. L’agglomération de Kingston concentre 27,2 p. 100 de la population totale de l’île et 73,3 p. 100 de la population des quatorze centres urbains. La ville de Montego Bay, située à l’autre extrémité, au nord-ouest, n’a que 42 800 habitants, bien qu’elle se développe très rapidement. Spanish Town, à 20 km à l’ouest de Kingston, en compte 41 600 et se trouve en fait dans l’orbite de la capitale. Parmi les autres centres urbains en croissance, on peut citer : May Pen (26 000 hab.), dans la riche plaine de Clarendon, à 43 km à l’ouest de Spanish Town ; Mandeville (13 100 hab.), au centre des gisements de bauxite du plateau karstique ; Port Antonio (10 400 hab.), Saint Ann’s Bay (7 300 hab.) et Ocho Rios (6 900 hab.), tous les trois situés sur la côte nord et bénéficiant de l’essor du tourisme.

Kingston

L’agglomération de Kingston (Kingston Metropolitan Area) regroupe 506 200 habitants (plus du quart de la population de l’île). Elle occupe une place encore plus considérable dans la vie économique, sociale et politique du pays. L’agglomération s’étale sur environ 150 km2, dans la plaine de Liguanea, entre les Montagnes Bleues et le plateau calcaire et en bordure de la baie qui porte son nom. L’agglomération actuelle comprend la paroisse de Kingston, qui s’étend le long de la mer sur 1,5 km de large et dont la population plafonne au-dessous de 120 000 habitants, et une très vaste zone urbanisée ou semi-urbanisée qui occupe une partie de la paroisse de Saint Andrew jusqu’aux contreforts montagneux et qui rassemble les trois quarts de la population de l’agglomération.

Kingston s’est développée après la destruction en 1692 de Port Royal. Elle devint très rapidement le plus important centre commercial de l’île au xviiie s., assurant la majeure partie du commerce extérieur. Cependant, il lui fallut attendre 1872 pour accéder au rang de capitale politique, le siège du gouvernement se trouvant jusqu’alors à Spanish Town, l’ancienne capitale des Espagnols. Les catastrophes n’ont pas manqué dans l’histoire de Kingston — incendie en 1703, terrible tremblement de terre en 1907 qui détruisit la ville —, mais n’ont entravé que momentanément sa croissance. Relativement bien placée, compte tenu de la configuration géographique de l’île, dotée d’un port moderne en eaux profondes, tête de ligne de la voie ferrée et du réseau routier qui desservent les différentes régions de l’île, pourvue d’un aéroport international accessible aux plus gros « jets », elle concentre la majeure partie des activités administratives, commerciales, bancaires, industrielles, culturelles ; elle devient un centre touristique important. De 1960 à 1970, sa population s’est accrue de 46,2 p. 100 (par rapport à l’ensemble de l’île, elle a un taux de croissance de plus du double). La ville proprement dite régresse, car sa population migre vers des banlieues de plus en plus éloignées où se construisent de nouveaux lotissements de maisons individuelles. Le centre historique, au plan en damier, situé en bordure de l’ancien port, fonctionne comme la City de Londres. Vide la nuit, il déborde d’activité entre 7 et 17 heures ; là se groupent les services. La congestion du centre, la dégénérescence des constructions ont entraîné la mise en route d’un plan de rénovation urbaine. Le centre est entouré d’une zone d’habitat pauvre où les densités sont fortes, les quartiers situés à l’ouest étant les plus misérables (Trench Town, Jones Town, Greenwich Town). Au-delà s’étendent les quartiers résidentiels des classes moyennes et supérieures formés de maisons individuelles entourées de jardins et de parcs, les couches les plus riches de la société ayant tendance à s’éloigner du centre chaud et inconfortable pour s’établir à la périphérie de la plaine de Liguanea, sur les premières pentes plus fraîches. Des centres commerciaux se développent au carrefour des grandes artères nord-sud et est-ouest qui découpent l’agglomération. Une très vaste zone industrielle s’étend au sud-ouest entre le rivage où s’est installé le nouveau port et la route de Spanish Town ; là se rassemblent environ les trois quarts des industries légères du pays, la raffinerie de pétrole, deux centrales thermiques, etc. L’université des Indes occidentales s’est implantée à l’opposé dans le quartier de Mona. Bien que le site de Kingston soit sans doute l’un des plus beaux de la Caraïbe, la ville et son agglomération restent sans grâce et laissent une impression d’inachevé. Cependant, au centre de l’agglomération, le nouveau quartier touristique et d’affaires de New Kingston préfigure avec optimisme ce qu’elles seront vers la fin du siècle.