Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Jagellons (suite)

En 1400, Hedwige et Ladislas avaient rénové l’université de Cracovie* sur le modèle de la Sorbonne, en la dotant d’une faculté de théologie, afin de donner à leurs États un foyer de civilisation et de foi. Grand amateur d’art et mécène actif, Ladislas contribua à développer la communauté de culture de ses États. La fresque russe arriva jusqu’à Cracovie, tandis que l’art gothique pénétrait à l’est, jusqu’à Vilnious et Lwów (auj. Lvov).

Hedwige étant morte sans héritiers, Ladislas ne fut plus légitimé que par ses succès et la volonté de la Pologne de rester unie à la Lituanie.

Ses espoirs de fonder une dynastie furent longtemps déçus : il attendit jusqu’en 1424 la venue d’un fils, né enfin d’un quatrième mariage avec une princesse lituano-russe. Pour lui assurer sa succession en Pologne, il dut s’incliner devant les conditions de la noblesse, achetant son accord, en 1430, par l’octroi de nouveaux privilèges (dont la garantie de ne jamais subir la prison préventive). Mais ces longs marchandages avaient entamé l’union des deux États. À la mort de Witold, Ladislas refusa d’incorporer la Lituanie à la Pologne (1430). La fin de son règne fut troublée par la révolte de son frère Świdrygiełło, qui se fit le champion de l’indépendance totale de la Lituanie.


Ladislas III le Varnénien

(Cracovie 1424 - Varna 1444), roi de Pologne de 1434 et de Hongrie de 1440 à 1444.

Il succéda à son père, Ladislas Jagellon, sous la tutelle du Conseil royal, dominé par l’évêque Zbigniew d’Oleśnicki (1389-1455) et les magnats de Petite Pologne. Hostile au mouvement hussite, ce parti obligea la Cour à renoncer au trône de Bohême, offert à Casimir, frère cadet de Ladislas (1438), et poussa le jeune roi à accepter en 1440, avec la couronne de Hongrie (roi sous le nom de Vladislas Ier), le poids de la nouvelle croisade organisée par la papauté contre les Turcs.

Ladislas dut soutenir une véritable guerre contre le parti des Habsbourg, avant de mener, avec Jean Hunyadi*, une brillante campagne jusqu’en Bulgarie (1443). Sous la pression du légat pontifical, il rompit une trêve avantageuse « pour expulser les Turcs d’Europe » et périt dans le désastre de Varna (1444), qui scella le sort de Byzance et des Balkans.


Casimir IV Jagellon

(Cracovie 1427 - Grodno 1492), grand-duc de Lituanie de 1440 à 1492 et roi de Pologne de 1445 à 1492.

Ce second fils de Ladislas II est considéré comme le plus sage et le plus grand des Jagellons.

En 1440, les boyards lituaniens exigèrent son envoi à Vilnious et le proclamèrent grand-duc de Lituanie pour maintenir la séparation des deux Couronnes. Après Varna, Casimir fut appelé sur le trône de Pologne, mais l’hostilité de la Lituanie au rétablissement de l’Union ajourna son avènement. Couronné à Cracovie le 25 juin 1447, il préserva avec fermeté l’autonomie du grand-duché et garantit aux Lituaniens, inquiets des prétentions polonaises sur la Volhynie, les frontières du temps de Witold. Il refusa de confirmer les privilèges qui limitaient le pouvoir royal.

Énergique, persévérant et habile, il entreprit de restaurer l’autorité royale et revendiqua les terres perdues par la Couronne. Écartant le puissant cardinal Zbigniew Oleśnicki, il triompha de l’opposition des magnats en s’appuyant sur la noblesse de Grande-Pologne, dans laquelle il recruta les « jeunes barons » de son Conseil et les officiers de l’État (Jan Ostroróg, Jan Dlugosz). Malgré l’opposition romaine, il fit de la nomination des évêques une prérogative royale. Il rattacha à la Couronne une partie de la Mazovie et les deux duchés silésiens d’Oświęcim (Auschwitz) et de Zator. À l’appel de l’Union prussienne, révoltée contre l’ordre Teutonique, il décréta en 1454 l’incorporation de la Prusse au royaume. Afin de mobiliser la masse de la szlachta pour la guerre qui s’ensuivit, il promulga, la même année, le privilège de Nieszawa, qui limitait les droits des magnats et préparait la voie au parlementarisme nobiliaire.

Après une guerre de Treize Ans, la paix de Toruń (1466) rendit enfin à la Pologne la Poméranie de Gdańsk avec la Warmie, Elbląg et Malbork (Marienburg). L’ordre Teutonique, limité à la « Prusse teutonique », devenait vassal du roi de Pologne. Ce grand dessein réalisé, Casimir se consacra aux intérêts de sa dynastie. Pour établir ses fils, il reprit les projets tchèques et hongrois, qu’il pouvait étayer des droits légitimes de leur mère, Élisabeth d’Autriche, sœur de Ladislas V le Posthume. L’aîné, Ladislas, devint roi de Bohême (1471). À la mort de Mathias* Corvin, il ceignit aussi la couronne de Hongrie (1490). La dynastie était à son apogée. Mais, absorbé par ses intérêts, Casimir négligea le danger qui grandissait aux frontières orientales avec les annexions d’Ivan III (république de Novgorod) et la conquête par les Turcs des côtes de la mer Noire, entre le Dniepr et le Danube (1475-1485). Les Tatars de Crimée, désormais leurs vassaux, devinrent un fléau perpétuel pour les terres ruthènes.

Le gouvernement de Casimir porta néanmoins la Pologne médiévale au faîte de sa puissance et de son rayonnement culturel. Maîtresse de routes essentielles, elle jouissait d’une incomparable prospérité, propice à la diffusion d’une culture raffinée, qui alliait l’éclat de l’art gothique tardif aux prémisses de la Renaissance. Les jeunes princes avaient eu pour maîtres l’historien du royaume Jan Dlugosz (1415-1480) et l’humaniste italien Callimaque (Filippo Buonaccorsi, 1437-1496). Copernic* étudiait à l’université de Cracovie (1492-1496). Wit Stwosz* (ou Veit Stoss) donnait un nouvel essor à la sculpture de Cracovie, où il vécut entre 1477 et 1496. Il devait exécuter le tombeau du roi à la cathédrale du Wawel.

À la mort de Casimir, Jean-Albert devait lui succéder en Pologne, Alexandre en Lituanie, Sigismond gouvernant au nom de Ladislas la Silésie et la Lusace, Frédéric devenant le chef de l’Église de Pologne.