Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
J

Jacobins (suite)

Que certains aient été pris de vertige dans la lutte sans merci qui les opposa aux « liberticides » et aient versé dans le sadisme, nul ne songe à le nier : Robespierre fut le premier à les condamner. Mais vouloir se servir des traits de quelques-uns pour représenter le groupe en son entier ressort plus de la mentalité partisane des réactionnaires de Thermidor ou de 1815 que de la vérité historique. La réalité que donne la vie du plus grand nombre, c’est, sous la rudesse des apparences, la générosité et la tendresse à l’égard des faibles.

« Puritains » intransigeants sur leur dogme, « inquisiteurs » toujours vigilants à débusquer et à écarter par l’épuration, la prison et parfois la mort l’« hérétique aristocrate », les Jacobins furent des « prêtres » unis dans la foi civique, dont la Déclaration des droits de l’homme, renouvelée en 1793, a été les Tables de la Loi, et la Marseillaise le chant liturgique. Égalité des chances et égalité des jouissances dans une société idéale de petits propriétaires, liberté du peuple, souverain maître de ses destinées, fraternité des hommes pour la paix et le bonheur universel : c’est un programme en partie utopique, mais le message court, et pour longtemps encore, sur les lèvres des hommes. La tradition jacobine accompagnera, tout au long du xixe s., la marche de la société issue de la Révolution.

J.-P. B.

➙ Babeuf / Convention nationale / Directoire / Girondins / Révolution française / Robespierre.

 L. de Cardenal, la Province pendant la Révolution. Histoire des clubs jacobins (Payot, 1929). / C. Brinton, The Jacobins, an Essay on the New History (New York, 1930 ; nouv. éd., 1960). / G. Martin, les Jacobins (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1945). / I. Woloch, Jacobin Legacy. The Democratic Movement during the Directory (Princeton, 1970). / M. Bouloiseau, la République jacobine (Éd. du Seuil, 1972). / M. Vovelle, la Chute de la monarchie (Éd. du Seuil, 1972).

Jacques Ier

(Édimbourg 1566 - Theobalds Park 1625), roi d’Angleterre et d’Irlande de 1601 à 1625 et roi d’Écosse (Jacques VI) de 1567 à 1625.



Une jeunesse difficile (1566-1583)

Jacques était le fils de Marie Stuart et de son second mari, lord Henry Darnley, lui aussi un Stuart, d’ailleurs. Peu de temps après sa naissance (19 juin 1566), son père fut assassiné, et sa mère épousa peu après l’assassin présumé, James Hepburn, comte de Bothwell. C’en était trop pour les seigneurs écossais, qui obligèrent Marie à abdiquer en faveur de son fils Jacques. Celle-ci s’étant enfuie en Angleterre (1568), il faut bien considérer Jacques VI comme un orphelin, même si sa mère ne fut exécutée qu’en 1587. En tout cas, les événements dramatiques qui marquèrent sa première année manifestaient clairement deux choses : tout d’abord l’abaissement, que l’on pouvait croire définitif, de la Couronne écossaise et l’essor parallèle du presbytérianisme, puisque la Confessio scotica de John Knox (v. 1514-1572) fut adoptée par le Parlement écossais en 1567. Officiellement, c’est en 1578 que commença le règne personnel de Jacques VI : en réalité, c’est en 1583 seulement qu’il prit réellement les choses en main. Jusque-là, il ne fut qu’un jouet entre les mains des leaders de l’aristocratie écossaise, Jacques Stuart, comte de Moray (v. 1531-1570), régent de 1567 à 1570, et James Douglas (v. 1516-1581), comte de Morton, régent de 1572 à 1578. Lorsque Morton perdit le pouvoir, ce fut Esmé Stuart (v. 1542-1583), duc de Lennox, représentant du parti catholique, qui, à son tour, domina : mais, en 1582, les grands seigneurs protestants s’emparèrent du jeune roi par la force (Ruthven raid). Sachant profiter des divisions de l’aristocratie, Jacques VI pouvait conquérir son autonomie dès l’année suivante.


Les succès du règne écossais (1583-1603)

Toute la politique de Jacques VI s’ordonna autour de trois principes apparemment contradictoires. Il lui fallait tout d’abord lutter contre les catholiques, partisans de sa mère Marie. Il lui fallait ensuite limiter l’essor de l’Église presbytérienne, qui, sous l’impulsion du successeur de Knox, Andrew Melville (1545-1622), se posait en véritable tutrice de l’État, limitant la prérogative royale. Il lui fallait enfin s’assurer une reconnaissance officielle de sa prétention à succéder à Élisabeth Ire* d’Angleterre, sans pour autant faire montre d’une servilité qui lui aurait aliéné ses sujets.

Jacques VI, pour arriver à ses fins, pratiqua un subtil double jeu, donnant des gages à tous les partis. Reconnu comme chef de l’Église d’Écosse (1584) et nanti des biens de l’ancienne Église catholique (1587), ce souverain protestant ménagea d’abord les catholiques, qui lui fournissaient des alliés éventuels contre la trop puissante Angleterre et faisaient contrepoids aux seigneurs protestants. Ce n’est que lorsque les comtes de Bothwell, de Huntly et d’Erroll se firent trop turbulents (meurtre du comte de Moray [1592], et conspiration avec l’Espagne) qu’il se décida à décapiter le parti catholique écossais (1594).

Il ne risquait plus alors de devenir le jouet du parti protestant. Il tenait les rênes du gouvernement solidement en main et pouvait se dispenser d’avoir recours au Parlement, dirigeant le pays avec l’aide de son Conseil. Après vingt années de règne personnel, c’était à bon droit qu’il pouvait se présenter devant le Parlement d’Angleterre comme un souverain vieux et expérimenté lorsqu’en 1603 il fut appelé à succéder à la défunte reine Élisabeth Ire, puisque, par son arrière-grand-mère Marguerite Tudor, épouse du roi Jacques IV Stuart, il était le dernier descendant d’Henri VII.


Un souverain intellectuel

L’homme qui montait sur le trône d’Angleterre était plein de contrastes. De grande taille, il avait un aspect pour le moins rebutant : vaguement difforme, il bavait sans cesse, et sa malpropreté repoussante n’arrangeait rien. Il sombrait fréquemment dans l’ivrognerie. Pourtant, son intelligence était réelle, encore qu’il fût enclin à la pédanterie. Son éducation avait été remarquable, et le grand humaniste George Buchanan (1506-1582) avait été son précepteur. Jacques n’hésitait pas à prendre la plume pour défendre et illustrer ses théories, et il est sans doute l’un des seuls monarques à avoir laissé une abondante œuvre écrite : le plus important de cette œuvre consiste bien sûr en ouvrages destinés à défendre la monarchie absolue, comme la Vraie Loi des monarchies libres (The True Lawe of Free Monarchies, 1598) et surtout le Basilikon Doron (1598-99). Mais un traité de démonologie (1598) et un pamphlet contre l’usage du tabac témoignent de l’étendue de ses préoccupations... En revanche, ce théoricien, cet intellectuel se montra incapable de comprendre les réalités anglaises : ses pétitions de principe dont il adorait gratifier le Parlement anglais étaient plus choquantes pour celui-ci que la plupart des mesures contre lesquelles s’éleva le même Parlement... Laid alors que les Tudors étaient imposants, étranger tandis que les Tudors avaient fondé une monarchie purement nationale, Jacques aurait dû être habile et prudent : il fut maladroit et obstiné, démentant ainsi la réputation que lui avait acquise son règne écossais.