Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Italie (suite)

Le mouvement néo-classique

L’épuisement de la veine baroque a favorisé dès le milieu du xviiie s., en Italie comme dans le reste de l’Europe (v. classicisme), une révolution du goût. Les fouilles d’Herculanum, commencées en 1738, la découverte des monuments grecs, les travaux des archéologues, tout cela a révélé de l’Antiquité un visage que la Renaissance n’avait fait qu’entrevoir. Une nouvelle orientation est donnée à l’art, sous le signe du retour à l’antique. À Rome, en 1761, le peintre Anton Raphaël Mengs (1728-1779), d’origine allemande et ami de l’archéologue J. J. Winckelmann, croit livrer le manifeste du mouvement avec le Parnasse de la villa Albani ; mais cette composition se relie surtout à l’académisme bolonais. Le goût nouveau marque peut-être davantage Pompeo Batoni (1708-1787), portraitiste de grand talent. Le néo-classicisme a cependant des racines plus profondes dans l’art de l’illustre graveur Piranèse*, grâce à ses vues de Rome et à ses recueils d’ornements. Le romantisme visionnaire de ses carceri fait saisir l’ambiguïté d’un mouvement qui exalte la poésie des ruines.

Giuseppe Piermarini (1734-1808) représente à Milan le meilleur de l’architecture néo-classique, avec le palais royal et le théâtre « alla Scala ». Son style s’accorde avec celui du peintre Andrea Appiani (1754-1817), habile décorateur des édifices milanais. C’est avec un sens très sûr de la scénographie que Giuseppe Valadier (1762-1839) aménage à Rome la piazza del Popolo et le rebord du Pincio. Le petit palais de la Favorite, à Palerme, est un curieux témoignage d’exotisme chinois (v. 1800) vu par le goût néo-classique. Celui-ci inspire, avec une note d’apparat, la décoration intérieure de la villa Pisani de Stra, en Vénétie, des palais royaux de Naples et de Caserte, d’une partie du palazzo Pitti, à Florence. Parmi les représentants les plus convaincus du retour à l’antique, on trouve enfin le sculpteur Canova*, dont les statues et les monuments funéraires allient la pureté à la froideur.


L’éclipse du xixe siècle

Après tant de siècles d’activité prodigieuse, l’art italien a vu tarir les sources de son inspiration. Il est impossible de déterminer à quel moment exact le néo-classicisme a commencé lui-même à dépérir, car la tradition s’en prolonge, quelque peu dégénérée, jusqu’à la fin de l’ottocento. Après les premières années du siècle, en tout cas, la gloire du passé a, semble-t-il, pesé trop lourd sur la vie artistique, et il faut bien constater que la réalisation de l’unité italienne a précipité la décadence au lieu de la conjurer. L’architecture du xixe s. est caractérisée par l’éclectisme. Les façades de la cathédrale et de Santa Croce, à Florence, s’inspirent de modèles gothiques, alors que les styles parfois mêlés de la Rome antique, de la Renaissance et du baroque sont illustrés par beaucoup d’édifices publics, au nombre desquels le monument de Victor-Emmanuel II et le palais de Justice de Rome retiennent assez fâcheusement l’attention. Il y a plus d’originalité dans les galeries couvertes de Milan et de Naples, et davantage encore dans le verticalisme audacieux des créations d’Alessandro Antonelli (1798-1888) à Turin et à Novare. En peinture, on remarque une survivance assez tardive du genre vénitien de la veduta. Eclectisme et romantisme marquent le portrait avec Francesco Hayez (1791-1882), le paysage avec Antonio Fontanesi (1818-1882) et Giovanni Segantini (1858-1899). À partir de 1860, l’impressionnisme français a trouvé un écho en Italie avec le mouvement des tachistes, ou macchiaioli, dont les représentants les plus notoires sont Giovanni Fattori (1825-1908) et Silvestro Lega (1826-1895). Telemaco Signorini (1835-1901) s’est tourné vers le réalisme*, Giuseppe De Nittis (1846-1884), chroniqueur spirituel, a été attiré par Paris, où les portraits brillants de Giovanni Boldini (1842-1931) ont rencontré un grand succès mondain.

B. de M.


Le xxe siècle


Architecture

L’architecture de l’Italie indépendante ne s’est dégagée que tardivement du néo-classicisme, comme le prouve l’étonnant monument de Victor-Emmanuel II à Rome. L’introduction d’une esthétique nouvelle a été lente et timide, ne concernant en définitive que quelques artistes : Guiseppe Sommaruga (1867-1917), Raimondo D’Aronco (1857-1932), Ernesto Basile (1857-1932).

À la veille de la Première Guerre mondiale devaient apparaître de nouvelles tendances, liées au futurisme* : Antonio Sant’Elia présente en 1914 un projet utopique pour la Città Nuova — une ville faite de gratte-ciel en terrasses, d’autoroutes, de ponts et d’ascenseurs de verre.

Après la guerre, le marasme se prolongera jusqu’en 1926 — l’année où se fonde le « Gruppo 7 », dont les membres, à l’instar de F. T. Marinetti, acceptent l’idéologie nationaliste du fascisme tout en proclamant leur attachement à l’art moderne. Cette tendance sera courageusement combattue par Edoardo Persico (1900-1936), le rédacteur en chef de la revue Casabella. De cette période, on ne peut retenir que les œuvres de Guiseppe Terragni (1904-1943) (Casa del Fascio à Côme, 1932-1936], celles des amis de Persico — Franco Albini (né en 1905), Giuseppe Pagano Pogatschnig (1896-1945) — et encore celles de Giovanni Michelucci (né en 1891) [gare de Florence, 1933-1936], de Luigi Figini (né en 1903) et Gino Pollini (né en 1903).

Les monuments mussoliniens sont tout d’abord des exemples attardés de l’architecture d’avant 1914, agrandie à échelle démesurée (gare de Milan), puis le style se précise à travers des œuvres telles que l’université de Rome (dont l’auteur, Marcello Piacentini, a publié en 1930 une anthologie de l’architecture fascisante) ou le Foro Mussolini (auj. Foro italico [E. Del Debbio, 1933]).

Aujourd’hui, ne possédant ni la puissance du grand capital américain ni les moyens libérés par la politique du logement social dans d’autres pays, l’architecture italienne a quelque peine à se situer. Elle a pourtant choisi un domaine original : celui de l’aménagement intérieur et du « design ». La richesse du patrimoine culturel avait imposé tout de suite après la guerre des aménagements de musées, où la confrontation d’un style contemporain avec les monuments du passé était délibérément acceptée (ex. : Palazzo Bianco et musée du Trésor de San Lorenzo, par Franco Albini [né en 1905], à Gênes). Dans le domaine du design*, la double impulsion du mécénat de la firme Olivetti et de la revue Domus de Milan — sous la direction de Gio Ponti (né en 1891), auteur, avec Pier Luigi Nervi*, de la tour Pirelli de Milan (1958) — a rendu célèbres dans le monde entier les créateurs italiens. Enfin, l’Italie continue d’apparaître comme le pays de la grande critique architecturale grâce à ses revues (Domus, Casabella, L’Architettura, Urbanistica...).