Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Italie (suite)

La sculpture, qui occupe une place importante dans cette architecture, reflète plus visiblement l’esprit maniériste. Elle se définit généralement par le goût des formes étirées et flexibles, un modelé lisse et le dédain de l’expression. Florence en est le foyer principal. L’ascendant de Michel-Ange se fait sentir par exemple sur Baccio Bandinelli (1488-1560), mais l’élégance précieuse de Benvenuto Cellini*, orfèvre et bronzier, est plus typique du maniérisme, de même que la grâce ondoyante qu’Ammannati, déjà cité comme architecte, donne aux figures de bronze qui ornent sa fontaine de Neptune. Venu de Flandre, Giambologna* se fait le grand spécialiste de la sculpture de plein air, destinée à être vue sous tous les angles.

En règle générale, la peinture maniériste a recherché l’effet décoratif aux dépens de la profondeur et du relief. Un jeu complexe de lignes entrelacées tend à remplir les vides. À l’élégance des figures aux proportions allongées se mêle souvent un sentiment d’inquiétude. Florence, là encore, peut revendiquer le premier rôle, avec son goût pour la netteté du contour, la facture lisse, la tonalité claire et froide, parfois agressive. Une première vague, qui procède en partie d’Andrea del Sarto et de Michel-Ange, mais qui a subi l’influence des graveurs allemands et néerlandais, comprend des peintres au tempérament inquiet : le Pontormo*, d’une sensibilité fiévreuse et raffinée, le Rosso, plus vigoureux dans son modelé à facettes. Le mécénat de Cosme Ier amène une deuxième vague, à l’art moins tendu. Le Bronzino donne à ses prestigieux portraits de cour une impassibilité marmoréenne. Dans le Palazzo Vecchio, Francesco Salviati (1510-1563) et Vasari* peignent de grandes fresques historiques qui font l’effet de tapisseries, et l’atelier du second donne le précieux décor allégorique du studiolo de François de Médicis. La troisième vague réunit d’habiles décorateurs : Alessandro Allori (1535-1607), Bernardino Barbatelli, dit il Poccetti (1548-1612) ; elle se prolonge, à la limite du baroque, avec des éclectiques tels que Santi di Tito (1536-1603), Lodovico Cardi, dit le Cigoli (1559-1613), Jacopo Chimenti, dit l’Empoli (v. 1554-1640).

Florence n’a cependant pas le privilège du maniérisme pictural. À Sienne, l’art étrange de Domenico Beccafumi (v. 1486-1551) fait intervenir le clair-obscur et une palette précieuse. À Rome, Daniele da Volterra (1509-1566) s’inspire de Michel-Ange, alors que Polidoro da Caravaggio (1500-1546), Perin del Vaga, les frères Taddeo (1529-1566) et Federico (v. 1540-1609) Zuccari, décorateurs particulièrement féconds, adoptent un genre élégant et parfois facile. Les thèmes de la Contre-Réforme trouveront un illustrateur clair et un peu monotone en Giuseppe Cesari, dit il Cavalier d’Arpino (1568-1640). À Mantoue, le palais ducal et surtout le palais du Te font ressortir la personnalité plus puissante de Jules Romain, dont le style décoratif associe le stuc à la fresque. Ferrare offre la poésie romanesque de Dosso Dossi (v. 1480-1542), l’éclectisme de Benvenuto Tisi, dit il Garofalo (1481-1559). Niccolo dell’Abbate (v. 1509-1571), de Modène, a peint d’une manière fluide et précieuse les compositions de la rocca di Scandiano (aujourd’hui à la Galleria Estense de Modène), avant de rejoindre le Primatice à Fontainebleau*. À Parme, Francesco Mazzola, dit le Parmesan*, séduit par son élégance aristocratique et sa sensibilité, que montrent notamment les fresques décorant l’église de la Steccata et le château de Fontanellato. L’éclectisme règne à Crémone avec la dynastie des Campi ; il apparaît avec Giulio Cesare Procaccini (v. 1570-1625) à Milan où il faut signaler le bizarre Giuseppe Arcimboldi (1527-1593), auteur de figures allégoriques faites de fruits, de légumes, de coquillages, etc., et peintre de cour des Habsbourg.


L’Italie baroque

Phénomène européen, le baroque* a régné sur l’Italie du début du xviie s. à 1750 environ. Il y a pris naissance en réaction contre les subtilités d’un maniérisme devenu parfois exsangue et aussi contre l’austérité incolore de la Contre-Réforme. Il apporte la vie. Dans son allégresse féconde, il est soutenu par l’Église, qui exalte le rôle de l’image. L’influence du théâtre se fait sentir ; c’est un art de persuasion, voire d’illusion, qui entraîne le spectateur dans un monde libéré des servitudes de la matière. Cela dit, le baroque italien a beaucoup de visages différents et parfois contradictoires, au point que l’on est tenté de le définir comme un cadre chronologique et non comme un style.

Contrairement au maniérisme, il a trouvé sa vocation dans l’architecture (et dans la décoration, sculptée ou peinte, qui lui est le plus souvent liée). Même en ce domaine, il est vrai, on discerne des tendances opposées. C’est ce que montre Rome, qui a été le grand foyer baroque du seicento, grâce au mécénat des papes et des cardinaux. La tradition classique et le goût romain de la puissance ne font qu’un chez le sage Carlo Maderno (1556-1629), qui achève Saint-Pierre, ou chez Carlo Rainaldi (1611-1691), auteur du chevet de Santa Maria Maggiore, mais plus original à Santa Maria in Campitelli (de 1663 à 1667 env.). Cette tendance est magnifiquement illustrée par le Bernin*, épris d’effets larges au dynamisme contenu. En sculpture, au contraire, il est typiquement baroque par le mouvement, le modelé frémissant, alors qu’Algardi* obéit à une inspiration plus classique. À l’opposé du Bernin architecte, Borromini* élabore des plans mouvementés et complexes, fait onduler les formes, fragmente les reliefs. Avec plus de calme, Pierre de Cortone* cherche aussi l’effet pittoresque dans le contraste des volumes courbes.

L’architecture baroque du seicento occupe une place modeste à Florence et en Italie centrale, mais elle est bien représentée à Naples. Elle prend un aspect théâtral, opulent et quelque peu hispanique en Sicile ainsi qu’à Lecce, où Francesco Zimbalo et Giuseppe Cino, entre 1650 et 1730, ont recours à une profusion de motifs sculptés. Gênes continue avec éclat la tradition d’Alessi. Turin* et le Piémont offrent une version particulièrement mouvementée du baroque avec Guarino Guarini* et ses continuateurs, avant que Juvara* n’y introduise une élégante majesté. Venise*, avec sa tradition de faste, ne peut que faire bon accueil à l’architecture baroque, dont le maître est ici Longhena*.