Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

anesthésie (suite)

L’intubation trachéale

La mise en place, dans les voies aériennes supérieures, d’un tube semi-rigide communiquant à son extrémité avec l’air ambiant ou une réserve d’oxygène sous la forme d’un ballon incorporé au « circuit » de l’appareil d’anesthésie est un appoint extrêmement précieux, qui permet des interventions très importantes, et qui peut sauver l’existence d’un grand nombre de malades ou de blessés. C’est le premier temps de toute intervention importante et de tout « secourisme » majeur.

Les anesthésistes utilisent deux méthodes. La première consiste à passer un tube de caoutchouc ou de plastique dans le nez, jusque dans la trachée. Le geste est aveugle, mais la respiration guide le médecin entraîné. La seconde consiste à placer un tube en passant par la bouche, sous le contrôle de la vue, grâce à un laryngoscope à vision directe. Le calibre du tube peut être plus important que dans la première méthode, et un ballonnet gonflé autour du tube assure une étanchéité parfaite du circuit.

Autres méthodes d’anesthésie

L’anesthésie rectale

Elle remonte à Gwathmey, qui, en 1913, utilisa le pouvoir d’absorption de la muqueuse rectale à l’égard de certaines substances pour produire l’anesthésie, en introduisant un mélange bien dosé d’huile et d’éther. Beaucoup plus tard, la même technique fut employée en mettant à profit les propriétés du tribromoéthanol, puis du penthiobarbital sodique. L’établissement de l’anesthésie demandant un temps assez long, et la qualité de l’insensibilité n’étant pas toujours suffisante, l’anesthésie était souvent complétée par de petites doses d’un autre agent (inhalatoire le plus souvent), ou par une curarisation prudente. Il en est résulté une nouvelle conception du rôle de l’anesthésie rectale, qui a été pendant longtemps qualifiée d’anesthésie de base.

L’anesthésie par réfrigération

Connue empiriquement depuis au moins cent cinquante ans (Dominique Larrey, 1812), elle a été étudiée et prônée par Frederick M. Allen en 1942.

Sa forme moderne consiste à entourer le membre (car seuls les membres peuvent être ainsi traités) de glace concassée — sans adjonction de sel — dans une toile imperméable disposée de façon à permettre l’évacuation de l’eau de fusion. Un garrot, lui-même placé sur une partie réfrigérée, limite l’extension (par voie sanguine) et du froid et de l’infection, s’il en existe une.

Les avantages de cette méthode, par ailleurs difficile à mettre en pratique, sont indéniables : l’infection éventuelle est mise en sommeil, son extension est ralentie, le traitement chirurgical peut donc être retardé de plusieurs jours. Si une amputation ou un acte chirurgical de même importance est pratiqué, le seul élément sensible et par conséquent justiciable de l’anesthésie locale sera le nerf grand sciatique. Aucune intoxication ne viendra s’ajouter à l’agression première.

L’anesthésie électrique

Proposée par Arsène d’Arsonval en 1890 après ses travaux sur les courants de haute fréquence, elle a été développée par L. Rabinovitch et S. Leduc.

Le premier employait un courant continu interrompu (cent fois par minute) pour produire une anesthésie locale, ou une rachianesthésie si les électrodes étaient placées sur le cou et la région lombaire.

Le second arrivait à produire l’anesthésie rachidienne ou l’anesthésie générale en faisant passer un courant interrompu entre la tête et les lombes. Mais les succès paraissent plus fréquents avec les techniques dérivées des électrochocs, où le courant est établi entre différents points du crâne. L’anesthésie électrique n’est pas employée actuellement en chirurgie humaine, mais de nombreux travaux de physiologie laissent penser qu’un avenir intéressant lui est ouvert.


L’anesthésie locale

L’anesthésie locale comporte plusieurs modalités. La plus simple est l’anesthésie de contact, ou topique. Une goutte de cocaïne, ou d’un succédané, déposée dans le cul-de-sac conjonctival détermine en quelques minutes une insensibilisation parfaite de la conjonctive, et même de la cornée. Cette anesthésie de surface est également employée pour les muqueuses (bouche par exemple) avec des produits similaires, ou pour la peau, mais alors par le procédé de la vaporisation d’un jet de chlorure d’éthyle ou de méthyle, qui abaisse la température locale au point que les terminaisons nerveuses deviennent temporairement incapables d’enregistrer des stimuli douloureux tels qu’une piqûre ou un coup de lancette. L’anesthésie par réfrigération, décrite plus loin, est une extension de cette méthode, mais d’une portée beaucoup plus considérable.

L’anesthésie locale la plus courante est l’infiltration procaïnique de la région à inciser ou à disséquer. La profondeur de l’infiltration est variable suivant l’intervention projetée. Les possibilités sont presque illimitées, et, si dans certains pays l’infiltration anesthésique est réservée à la petite chirurgie, dans les pays de l’Est des opérations majeures (jusques et y compris la grande chirurgie intrathoracique) sont totalement conduites sous anesthésie par infiltration progressive des plans.


L’anesthésie régionale

Le degré suivant est représenté par l’injection de l’anesthésique local au plus près d’un nerf déterminé (et non plus au niveau des terminaisons sensitives). Suivant que le nerf est purement sensitif, ou purement moteur (le facial par exemple), ou mixte, les effets seront l’insensibilité à la douleur (analgésie) ou la paralysie temporaire des muscles, ou les deux à la fois, sur le territoire correspondant.

Si l’anesthésique local est introduit par injection au contact d’un tronc nerveux, l’anesthésie est dite « tronculaire », et elle intéresse tous les nerfs nés du tronc nerveux.

Enfin, l’anesthésie rachidienne permet de rendre insensible une partie encore plus importante du corps ; elle est encore choisie de préférence à toute autre méthode par nombre de praticiens, notamment en obstétrique et en urologie. Elle comporte la rachianesthésie proprement dite et les anesthésies péri, épi- ou extradurales.

La rachianesthésie consiste à injecter l’anesthésique dans le liquide céphalo-rachidien, par ponction lombaire, lui permettant d’agir directement sur la moelle épinière.

Les anesthésies para-, épi- ou extradurales consistent à injecter l’anesthésique dans l’espace situé en dehors de la dure-mère (la plus externe des méninges) et dans le canal rachidien osseux.

Ces anesthésies extradurales agissent sur l’origine des nerfs rachidiens sans toucher la moelle.

Les anesthésies rachidiennes rendent insensible toute la partie inférieure du corps. Leur intérêt est rehaussé par le fait qu’elles déterminent un blocage de la chaîne sympathique, qui se traduit par une vasodilatation périphérique et une accentuation du péristaltisme intestinal.