Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Italie (suite)

L’Italie romane

Cet art vigoureux et complexe, dont l’origine peut être trouvée au début du xie s., s’est maintenu en Italie plus tard que dans les autres pays d’Europe, couvrant une grande partie du xiiie s. À l’espace continu des basiliques paléochrétiennes, l’architecture romane de l’Italie oppose une articulation plus franche des volumes, ce qui ne l’empêche pas de rechercher souvent l’effet décoratif. Retrouvant le sens du relief et de l’expression, la sculpture tend à substituer à la pratique de l’ornement la primauté de la figure humaine. La peinture murale, que remplace parfois la mosaïque, commence à échapper à l’emprise byzantine.

C’est en Italie du Nord que l’art roman s’est montré le plus précoce et qu’il a donné toute sa mesure, dans un esprit nettement occidental. Vues de l’extérieur, les églises font apparaître une puissante composition de masses, allégée cependant par un jeu typique de bandes verticales et d’arcatures ou par des galeries à arcades qui épousent le mouvement des pignons et la courbe des absides. Le portail est souvent précédé d’un porche dont les colonnes reposent sur des lions. À l’intérieur, le rythme alterné des supports anime l’ordonnance, et des tribunes peuvent s’ouvrir sur le vaisseau central, dont la couverture d’origine est un plafond ou une charpente plutôt qu’une voûte. Les principaux exemples sont : en Lombardie, Sant’Ambrogio de Milan, Sant’Abbondio de Côme, San Michele et San Pietro in Ciel d’Oro de Pavie, la cathédrale de Crémone, sans oublier San Pietro del Monte de Civate, dont les fresques (fin du xie s.) témoignent de relations avec l’Allemagne ottonienne ; en Émilie, la cathédrale de Modène, dont la façade est incrustée de reliefs à l’accent dramatique, dus au maître Wiligelmo (début du xiie s.), celle de Parme, avec son baptistère octogonal que décorent des figures vigoureusement sculptées — comme à la cathédrale de Fidenza — par Benedetto Antelami ainsi que des fresques dont le style traduit la recherche de la vie (1re moitié du xiiie s), celle de Plaisance, celle de Ferrare, où sont sculptées les allégories des Mois ; en Piémont, Sant’Evasio de Casale Monferrato, les abbayes de Santa Maria di Vezzolano et de la Sacra di San Michele ; en Vénétie — où le « Santo » de Padoue relève plutôt de la tradition byzantine, qui triomphe à San Marco de Venise —, San Zeno de Vérone, avec ses portes de bronze aux scènes très animées (début du xiie s.), ses reliefs sculptés par les maîtres Niccolo et Guglielmo.

La Toscane fait prévaloir la beauté des matériaux et le décor. À Florence*, la polychromie des marbres assemblés habille des structures de tradition antique (San Miniato al Monte, baptistère de la cathédrale). À Pise, un effet triomphal est obtenu par la superposition d’arcatures et de colonnades sur toute la hauteur des façades et des murailles, comme le montre l’ensemble formé à partir de 1063 par la cathédrale, son campanile (la « tour penchée »), son énorme baptistère circulaire et complété à partir du xiiie s. par le Campo Santo. Avec des variantes, ce style se retrouve à Lucques, à Pistoia, à la cathédrale de Massa Marittima et à Santa Maria della Pieve d’Arezzo. Rome, en revanche, reste fidèle au type basilical de l’époque constantinienne ainsi qu’aux mosaïques absidiales ; des assemblages de marbres polychromes revêtent les sols. Les nombreux clochers carrés sont la plus franche concession de Rome au style de l’Occident roman.

La diversité règne dans le domaine normand de l’Italie méridionale et de Sicile. En Campanie c’est la tradition basilicale qui l’emporte, comme à Sant’Angelo in Formis, église élevée sur le modèle de l’ancienne abbatiale du mont Cassin et décorée de fresques à l’accent énergique. Outre les pavements polychromes, on voit souvent des autels à baldaquin, des chaires, des ambons en marbre sculpté et parfois incrusté de mosaïques. En Apulie, l’influence normande apparaît, mêlée à des apports divers, dans de vastes églises qui ont pour trait distinctif un transept très élevé, incorporant le chevet : San Nicola de Bari (commencée en 1087), les cathédrales de Bari, de Bitonto, de Trani, etc., alors que celle de Troia fait prévaloir l’influence pisane. Le croisement des styles normand, arabe et byzantin a donné d’autre part cet art étrange et fastueux que l’on rencontre parfois en Campanie (Salerne, Amalfi, Ravello, Caserta Vecchia), mais surtout en Sicile, avec des édifices à mosaïques du xiie s. (cathédrales de Cefalu et de Monreale, chapelle Palatine et église de la Martorana à Palerme*). Enfin, l’Italie méridionale conserve un bon nombre de vantaux de bronze à ornements et à figures en relief (Salerne, Amalfi, Ravello, Troia, Canosa di Puglia, Trani, Monreale).


L’Italie gothique

Du xiiie au xve s., le phénomène gothique a profondément marqué l’Italie, mais d’une manière originale. Le nouveau style y est apparu plus tardivement qu’ailleurs, sous l’impulsion des Cisterciens, puis des ordres mendiants, et a fait place plus tôt, parfois dès le début du xve s., à d’autres expériences.

Au gothique européen, l’architecture italienne a emprunté la croisée d’ogives — encore que maintes églises soient dépourvues de voûtes — et un certain répertoire décoratif, mais elle ne l’a généralement pas suivi dans sa tendance à la verticalité, à l’évidement et à la fragmentation. L’espace intérieur des édifices fait prévaloir l’effet de largeur ; plus écartés, les supports appellent d’amples arcades ; les ouvertures sont sacrifiées à la muraille, ce qui favorise le déploiement des fresques aux dépens des vitraux.

Ces traits sont particulièrement sensibles en Toscane et en Ombrie. À Assise, à Florence, à Sienne*, à Pérouse et ailleurs, les ordres mendiants ont construit de vastes églises d’une structure très simple. Une austérité grandiose marque aussi la cathédrale de Florence, entreprise en 1296, alors que celles de Sienne et d’Orvieto se distinguent par leur polychromie systématique et par l’exubérance décorative de leurs façades. Non moins remarquable est l’essor de l’architecture civile, favorisé par l’apogée du mouvement communal.