Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Italie (suite)

Les moyens d’expression

Associées dans la vie artistique des foyers et souvent dans l’œuvre des créateurs, les techniques appellent cependant des remarques sur la manière dont chacune a été cultivée au cours des siècles et dans toute l’Italie.


L’architecture

Deux tendances fondamentales s’affrontent parfois mais ne sont pas forcément contradictoires : celle qui fait prévaloir l’organisation géométrique de l’espace, les rapports de volumes, la structure ; celle qui donne la plus large place au décor, à l’animation des surfaces, aux effets de matière et de polychromie. Ainsi dans le cas de la Renaissance* du quattrocento, la première tendance, plus intellectuelle, l’emporte en Toscane avec Brunelleschi*. Alberti et B. Rossellino, et la seconde, plus sensualiste, en Italie du Nord avec Giovanni Antonio Amadeo et les Lombardo (Pietro [v. 1435-1515] et Tullio [1455-1532]), alors que c’était plutôt l’inverse à l’époque romane ; mais l’on ne peut dire que le baroque, romain ou piémontais, sacrifie nettement à l’une plutôt qu’à l’autre.

La vocation majeure de l’architecture italienne, c’est de créer un décor pour la vie urbaine. La ville doit d’abord sa physionomie à un grand nombre d’églises, d’abord celles des couvents avec des cloîtres et diverses dépendances. La cathédrale, ou duomo, n’a pas toujours l’importance qui devrait correspondre à sa fonction, comme on l’observe à Bologne, où San Petronio la fait presque oublier, pour la même raison que le « Santo » à Padoue ; mais il arrive aussi qu’elle soit l’orgueil de la cité, comme à Pise, à Sienne, à Florence, à Orvieto ou à Milan. Son baptistère forme parfois un édifice indépendant et de dimensions notables, comme à Florence, à Pistoia, à Pise, à Parme, à Crémone ou à Padoue.

Il reste que, dans l’art italien, une part au moins égale revient à l’architecture civile, dont le produit le plus typique est le palais. La plupart des villes italiennes de quelque importance conservent des palais privés, parfois romans, plus souvent gothiques, de la Renaissance, baroques ou néo-classiques ; il y a, bien entendu, des caractéristiques propres aux palais romains, toscans, génois, vénitiens, etc. Il faut souligner l’importance des édifices publics, qui doivent surtout leur origine au mouvement des communes : hôpitaux, tribunaux, résidences des capitaines du peuple, salles de réunion et surtout ces palais communaux, dont chacun, de la Lombardie et de la Vénétie à l’Ombrie, reste l’orgueilleux symbole de la cité. Mais l’évolution presque générale des principautés italiennes vers des régimes de type monarchique est illustrée aussi, en milieu urbain, par des édifices privilégiés : les résidences seigneuriales, royales ou pontificales. Il s’agit souvent de forteresses que leurs possesseurs, au cours des siècles, ont plus ou moins remaniées, agrandies ou embellies, afin d’en faire l’insigne de leur puissance et le théâtre de la vie de cour. Si l’aspect médiéval est particulièrement bien respecté à Palerme dans le palais des rois normands, à Naples dans le Castel Nuovo des monarques angevins et aragonais, à Milan dans le Castello Sforzesco, à Vérone dans le château des Della Scala (Scaliger), à Ferrare dans celui des Este, la part de la Renaissance l’emporte au palais ducal d’Urbino, modèle du genre, au Vatican et, moins nettement, à Mantoue, dans l’immense et complexe « reggia » des Gonzague, le palais ducal, qui incorpore un premier palais gothique et le castello San Giorgio. Il arrive aussi qu’une résidence relève entièrement de l’art des temps modernes et offre de ce fait une structure plus homogène, comme c’est le cas à Florence avec le palais Pitti, à Rome avec les palais pontificaux du Latran et du Quirinal, à Parme avec le palais des Farnèse, dit la Pilotta, à Modène avec celui des Este ou encore avec les palais royaux de Turin et de Naples.

Ce qui fait cependant le visage de la ville italienne, ce n’est pas seulement le nombre et la beauté de ses monuments, mais leur association en ensembles organisés par un urbanisme qui peut être spontané et empirique, comme celui de la période médiévale, ou volontaire et calculé, comme celui de la Renaissance et de l’âge baroque. La rue se définit par son tracé, mais aussi par l’enchaînement des façades. Elle peut être capricieuse, comme dans les petites cités médiévales de Toscane et d’Ombrie, plus régulière, comme à Florence, ou ordonnée en perspective monumentale, comme à Gênes ou à Bologne, parfois à l’aide de portiques, comme dans cette dernière ville. Elle peut s’associer à d’autres rues selon un plan régulateur, comme dans le quartier créé par Hercule Ier d’Este à Ferrare, dans la Rome de Sixte Quint, à Turin ou dans les villes baroques de Sicile.

Mais rien n’égale la place italienne, héritière du forum antique et cœur vivant de la cité. Elle est le plus souvent d’origine médiévale et assemble alors les principaux édifices, notamment ceux de la commune, selon un parti souple et harmonieux jusque dans l’irrégularité, qui s’accommode des réfections ou des apports de la Renaissance et de l’art baroque. Tel est le cas à Florence avec la piazza della Signoria, à Sienne avec l’extraordinaire hémicycle du Campo, à Pistoia, Volterra, Pérouse, Todi, Assise et Gubbio, où le décor médiéval est particulièrement intact, à Modène, Parme, Crémone, Côme, etc. Au lieu d’une place unique, la ville peut avoir pour centre communal deux places communicantes : ainsi à Vérone — où celle du marché, la piazza delle Erbe, s’articule en équerre avec l’aristocratique piazza dei Signori —, à Venise (place Saint-Marc et Piazzetta), à Brescia, à Bergame, à Bologne ; il y en a même trois à San Gimignano, à Mantoue, à Padoue, à Vicence. Mais il arrive aussi que la place soit une création homogène de la Renaissance, comme celle de la Santissima Annunziata à Florence et celle de Pienza, que Pie II fit dessiner par B. Rossellino, ou de la scénographie baroque, qui triomphe à Rome avec la place tracée par le Bernin devant Saint-Pierre, la piazza Navona, etc., mais aussi à Turin, à Lecce et dans plusieurs villes siciliennes. Parmi les monuments sculptés qui polarisent souvent le décor des places, il faut citer au moins les fontaines : gothiques à Sienne et à Pérouse, de la Renaissance à Florence, Bologne, Messine et Palerme, baroques enfin, comme le sont les plus célèbres de Rome.