Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Italie (suite)

C’est au théâtre que le xviiie s. italien doit ses chefs-d’œuvre, avec Goldoni* pour la comédie et Alfieri* pour la tragédie. Mais c’est au poète lombard Giuseppe Parini (1729-1799) que revient le mérite d’avoir le premier ouvert le formalisme académique de l’« Arcadie » à l’expression d’une nouvelle conscience civile et morale, annonçant ainsi, plus encore que le néo-classicisme et le romantisme du Risorgimento, le « classicisme engagé » de Manzoni* et de Leopardi*, voire de Carducci* ; et ce autant par ses Odi (1758-1795) que par son poème satirique Il Giorno, où la vanité de la noblesse contemporaine est illustrée à travers l’emblématique rituel quotidien, aussi frivole que harassant, d’un giovin signore et de sa dame (Mattino, Mezzogiorno, Vespro, Notte).


Le Risorgimento et la Nouvelle Italie (xixe s.)

Le romantisme en Italie fut un produit d’importation, et relativement tardif. La querelle romantique s’engage en 1816 à propos d’un article de Mme de Staël, paru à Milan, Sulla maniera e l’utilità delle traduzioni, auquel fit écho la Lettera semiseria di Grisostomo de Giovanni Berchet. Au romantisme, la littérature italienne emprunte moins une esthétique ou une poétique que le concept de littérature nationale, interprété dans un sens soit politique (littérature comme instrument de la libération nationale), soit plus proprement linguistique : Manzoni fondant (anticipant) dans son œuvre la langue de la « Nouvelle Italie », fusion de la langue littéraire classique et du toscan parlé. D’autre part, les deux plus grands poètes italiens du xixe s., Foscolo* et Leopardi, expriment les tourments d’une sensibilité romantique à l’intérieur d’une rhétorique rigoureusement classique, à l’école du néo-classicisme, qui coïncida en Italie avec la période de domination napoléonienne et dont la figure capitale fut le poète Vincenzo Monti (1754-1828), versificateur d’une grande fécondité et d’une remarquable habileté technique, auteur d’une traduction de l’Iliade (1810) qui fait date. Au même courant appartiennent Ippolito Pindemonte (1753-1828 ; Poesie campestri), traducteur de l’Odyssée (1822) et dédicataire des Sepolcri de Foscolo, et le puriste Pietro Giordani (1774-1848), célèbre pour avoir deviné le génie de Leopardi.

Les poètes qui s’engagèrent directement dans la bataille romantique furent avant tout des « poètes de la patrie » : Giovanni Berchet (1783-1851 ; I Profughi di Parga, Romanze, Fantasie), Giuseppe Giusti (1809-1850 ; Poesie, Cronaca dei fatti di Toscana), le dramaturge Giovan Battista Niccolini (1782-1861 ; Giovanni da Procida, Arnaldo da Brescia), Gabriele Rossetti (1783-1854), Luigi Mercantini (1821-1872 ; L’Inno di Garibaldi), Arnaldo Fusinato (1817-1888), Goffredo Mameli (1827-1849), auteur de l’hymne national italien : Fratelli d’Italia.

Sans autre ambition que de représenter la société (même si Porta a formellement adhéré au mouvement romantique), deux poètes dialectaux de génie, pour la première fois dans la littérature moderne italienne, donnent la parole au peuple : plus théâtral et plus fabuleux le Romain Giuseppe Gioacchino Belli (1791-1863), auteur de plus de deux mille sonnets, plus réaliste et incisif le Milanais Carlo Porta (1775-1821).

L’histoire et la politique se partagent presque exclusivement la prose de l’époque. L’intérêt romantique pour le Moyen Âge inspire, à la suite de Manzoni, Carlo Troya (1784-1858 ; Storia d’Italia nel medio evo), Gino Capponi (1792-1876 ; Storia della repubblica di Firenze), Cesare Balbo (1789-1853 ; Sommario della storia d’Italia), Cesare Cantu (1804-1895 ; Storia universale), tandis qu’une conception plus scientifique de l’histoire s’élabore à travers les travaux de Vincenzo Cuoco (1770-1823 ; Saggio storico sulla rivoluzione napoletana del 1799) et de Carlo Cattaneo (1801-1869 ; Notizie naturali e civili sulla Lombardia). La réflexion politique, d’autre part, est pour l’essentiel l’œuvre d’hommes politiques, tels Giuseppe Mazzini, Vincenzo Gioberti, Cesare Balbo, Massimo D’Azeglio. Les mêmes préoccupations historico-politiques se retrouvent dans le roman, avec Tommaso Grossi (1790-1853), D’Azeglio, Francesco Domenico Guerrazzi (1804-1873 ; L’Assedio di Firenze, Il Secolo che muore), Giovanni Ruffini (1807-1881 ; Il Dottor Antonio) et surtout Ippolito Nievo (1831-1861), dont Le Confessioni d’un Italiano (publié après sa mort sous le titre Confessioni d’un ottuagenario) est un remarquable témoignage littéraire sur l’évolution de la société italienne contemporaine. Le Mie Prigioni de Silvio Pellico (1789-1854), I Miei Ricordi de Massimo D’Azeglio (1798-1866) et les Ricordanze della mia vita de Luigi Settembrini (1813-1876) apportent une dimension héroïque ou didactique à l’autobiographie.

Vers le milieu du xixe s., la poésie romantique s’essouffle avec Aleardo Aleardi (1812-1878) et Giovanni Prati (1814-1884 ; Psiche, Iside). Entre 1860 et 1880, en Piémont et en Lombardie se constitue la « Scapigliatura », mouvement d’avant-garde ouvert aux influences symbolistes et promoteur d’une expérimentation linguistique parfois fort hardie : Carlo Dossi (1849-1910), Giovanni Faldella (1846-1928), Giuseppe Rovani (1818-1874), Emilio Praga (1839-1875), Arrigo Boito (1842-1918 ; Mefistofele), génial librettiste de Verdi. Le Romain Cesare Pascarella (1858-1940) et le Napolitain Salvatore Di Giacomo (1860-1934) enrichissent avec talent la tradition dialectale.

Le roman est le miroir le plus riche de la nouvelle société italienne. Le vérisme a son théoricien en Luigi Capuana (1839-1915 ; Il Marchese di Roccaverdina) et son maître en Giovanni Verga*. La bourgeoisie éduque ses enfants à la lecture de Pinocchio de Collodi (Carlo Lorenzini, 1826-1890), fait ses délices sentimentales de Cuore et de La Vita militare d’Edmondo De Amicis (1846-1908), est déchirée par les cas de conscience des drames d’Antonio Fogazzaro (1842-1911 ; Piccolo mondo antico, Il Santo) et de Grazia Deledda*. À l’image de celle-ci, la Napolitaine Matilde Serao (1856-1927 ; Fantasia, Il Paese di Cuccagna, Telegrafi dello stato) et le Toscan Renato Fucini (1843-1921 ; All’aria aperta, Le Veglie di Neri) s’exercent avec bonheur dans le roman régional.

Chantres de la Nouvelle Italie, dont De Sanctis* est le père spirituel, Carducci*, Pascoli* et surtout D’Annunzio* représentent le triple seuil au-delà duquel commence la littérature moderne italienne.