Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Italie (suite)

Le 2 juin 1946, le peuple est appelé aussi à choisir entre monarchie et république. Communistes, socialistes et « actionnistes » soutiennent franchement la république. Le sort de la monarchie dépend donc des démocrates-chrétiens, qui, au cours de leur congrès, en avril 1946, choisissent en grande majorité la république. Le 9 mai, Victor-Emmanuel III abdique en faveur d’Humbert II.

Les électeurs votent pour la république avec plus de 12 700 000 voix, contre 10 700 000 pour la monarchie : la maison de Savoie est définitivement écartée. Enrico De Nicola (1877-1959) est élu président de la République (28 juin 1946) ; Luigi Einaudi (1874-1961) lui succédera (11 mai 1948) après l’élection des parlementaires de la première législature républicaine.

De la consultation du 2 juin naît un gouvernement (juill. 1946) auquel participent pour la première fois les républicains, aux côtés des trois partis de masses et des libéraux. De Gasperi en est le président ; le socialiste Nenni, le vice-président ; le communiste Togliatti est ministre de la Justice. Le mécontentement des classes moyennes s’exprime par une augmentation des suffrages à l’« Uomo Qualunque », aux élections communales d’automne, au cours desquelles la démocratie chrétienne perd 100 000 voix à Rome, et 40 000 à Naples. Dans ces deux villes, communistes et socialistes présentent une liste unique appelée « Bloc du peuple ». C’est un premier pas vers le Front populaire. Craignant d’être dès lors subordonnés aux communistes, un certain nombre de socialistes, sous la conduite de Giuseppe Saragat, abandonnent leur parti, en janvier 1947, et fondent le parti socialiste des travailleurs italiens (PSLI), qui deviendra bientôt le parti social-démocrate italien (PSDI).

Après la scission socialiste, un nouveau gouvernement est formé (févr. 1947) avec le concours, une fois encore, des trois partis de masses.

De Gasperi vient d’effectuer un voyage aux États-Unis, afin de faire sortir l’Italie de l’isolement et d’obtenir une aide économique. Il se heurte à l’opposition communiste, et le gouvernement tripartite tombe en mai 1947.

De Gasperi forme alors un gouvernement constitué uniquement de démocrates-chrétiens et de techniciens. Républicains et sociaux-démocrates ne lui accordant pas leur appui, ce nouveau gouvernement ne se maintient que grâce aux voix des libéraux et des « qualunquisti ». En décembre 1947, toutefois, le gouvernement s’élargit grâce à la participation des sociaux-démocrates et des républicains. C’est un premiers pas vers une alliance systématique, qui sera à la base du nouvel État.


La Constitution

L’Assemblée, élue le 2 juin 1946, élabore en un an et demi une Constitution qui entre en vigueur le 1er janvier 1948. La démocratie chrétienne y a introduit sa vision spécifique du pluralisme social, de l’autonomie locale, et de la décentralisation du pouvoir.

Au cours du débat le plus long de la Constituante — celui qui concerne l’insertion du principe du rapport concordataire entre l’État et l’Église, et surtout du concordat stipulé en 1929 avec l’Église par l’État fasciste (art. 7) —, l’engagement des communistes aux côtés des démocrates-chrétiens face aux socialistes et aux autres laïques est déterminant.

Togliatti affirme en effet que les communistes veulent contribuer à la paix religieuse, et que la classe ouvrière ne souhaite pas des hostilités créées par des motifs religieux.


Aides internationales et élections de 1948

Les moyens pour pourvoir à la survie du pays et pour en garantir l’intégrité territoriale ne sont pas tous entre les mains des Italiens : le pays a été durement touché par la guerre, et 20 p. 100 du patrimoine national ont été détruits. L’aide étrangère est indispensable. De Gasperi demande du secours à tous, indistinctement, y compris aux Russes. Mais l’Union soviétique appuie alors les revendications yougoslaves sur Trieste. Le gouvernement militaire allié fournit les premières aides, l’UNRRA finance l’acquisition de machines et de matières premières.

En même temps, à Londres et à Paris, on élabore un traité de paix, que l’Italie signe le 10 février 1947. Les clauses économiques et militaires sont particulièrement dures : la Vénétie Julienne passe à la Yougoslavie, sauf la ville et le territoire de Trieste, confiés à l’O. N. U. et divisés en deux zones, dont la première, qui englobe la ville de Trieste, est placée sous un gouvernement anglo-américain, tandis que la seconde, comprenant l’Istrie, est confiée à l’administration yougoslave (cet arrangement provisoire durera jusqu’au mois d’octobre 1954).

Le Haut-Adige devient région autonome, tandis que quelques cessions territoriales interviennent aux frontières avec la France (La Brigue et Tende). L’Italie renonce également à tous ses territoires d’outre-mer (Dodécanèse grec, Éthiopie, Érythrée, Somalie, Libye).

La sévérité du traité donne aux Italiens la mesure réelle de la défaite et des erreurs du passé. Malgré les réactions de l’opinion publique, le gouvernement doit accepter ces conditions pour sortir de l’isolement et pour obtenir de l’aide. L’Italie, en juillet 1947, participe à la conférence préparatoire pour le plan Marshall, programme de l’aide systématique des Américains.

Aux élections du 18 avril 1948, le parti socialiste se présente avec le parti communiste dans un Front démocratique populaire auquel font face les autres partis, et en premier lieu la démocratie chrétienne. Le Front est battu par la démocratie chrétienne.


De 1948 à 1953


Solidarité démocratique, réformisme, Alliance atlantique, européisme

Après la consultation du 18 avril 1948, De Gasperi pratique une politique de collaboration (« centrisme » ou « quadripartisme ») avec les sociaux-démocrates, les républicains et les libéraux. Il recherche ainsi, dans la fragile démocratie italienne, la plus grande convergence de forces sociales et tente de constituer l’instrument politique d’un objectif plus vaste, qu’il définira, en 1954, dans une lettre à Fanfani, comme « le dépassement de la palissade historique guelfe-gibeline », c’est-à-dire de la querelle entre catholiques et laïques.

En mai 1948, les quatre partis participent au gouvernement. En janvier 1950, les libéraux en sont absents, en raison de leur hostilité à la réforme agraire. En juillet 1951, les sociaux-démocrates, occupés ailleurs par l’unification avec un groupe sorti du parti socialiste, démissionnent du septième ministère présidé par De Gasperi.

La politique de ces gouvernements est affrontée aux maux séculaires de l’économie et de la société italiennes : isolement politique, manque de compétitivité économique dû à la faiblesse de l’industrie de base, échec de l’unification économique nationale (problème du Mezzogiorno), chômage, etc.