Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Israël (suite)

Les difficultés internes

Si la conduite de la politique étrangère n’a soulevé que des débats théoriques entre partisans et adversaires du « grand Israël », sans compromettre le large appui dont a bénéficié le gouvernement dans l’opinion publique, celle-ci est en revanche profondément divisée sur la conduite des affaires intérieures. Crises politiques et convulsions sociales ont éclaté à propos du problème religieux et de celui des disparités sociales.

Les intérêts religieux sont représentés par des partis politiques, dont le plus influent est le parti national religieux, et par le rabbinat, qui bénéficie d’un statut officiel régi par une loi fondamentale. Lors de la création de l’État, un accord de compromis fut conclu entre dirigeants des partis religieux et laïques, garantissant le maintien du statu quo atteint au terme du régime mandataire en ce qui concerne le fonctionnement des services publics, au regard des lois rituelles juives : chômage total le samedi (y compris transports routiers, ferroviaires et aériens, spectacles, cafés et restaurants, mais à l’exclusion de la radiodiffusion), compétence exclusive des tribunaux rabbiniques pour les affaires traitant du statut personnel et de l’état civil, respect strict des règles alimentaires juives dans les buffets et cantines des services et entreprises gérés par l’État, prohibition de l’élevage du porc dans les exploitations agricoles juives.

Par la suite, le P. N. R., associé à presque toutes les combinaisons gouvernementales, obtint l’entretien d’écoles communales religieuses dans toutes les agglomérations, ainsi que des sursis ou des dispenses totales en faveur de certaines catégories de jeunes astreints au service militaire. Recueillant 16 p. 100 des voix de l’ensemble du corps électoral, les partis religieux constituent pour les travaillistes un allié parlementaire qui leur a permis de se maintenir au pouvoir sans interruption depuis 1948, moyennant diverses concessions. L’opinion laïque réagit à celles-ci avec impatience et irritation. Au surplus, les partis religieux ne bénéficient du soutien que d’une fraction de la population qui accepte les disciplines rituelles, puisque les écoles communales laïques regroupent près de 65 p. 100 de la population scolaire. D’âpres querelles continuent à secouer la vie politique autour de questions telles que la définition des bénéficiaires de la « loi du retour » de 1950, qui dispose qu’« un visa d’entrée est accordé à tout Juif ayant exprimé le désir de s’installer en Israël » et dont sont exclus les Juifs convertis ainsi que les prosélytes dont la conversion n’est pas reconnue par le rabbinat orthodoxe, certaines incapacités concernant les mariages en vertu de la loi rabbinique ainsi que la limitation de la pratique des autopsies.

Le problème des disparités sociales se reflète dans l’analyse du fossé grandissant existant entre originaires d’Europe, qui généralement connaissent une promotion rapide, et originaires d’Afrique et d’Asie, dont le rythme de progression est relativement beaucoup plus lent. Bien qu’un traitement identique ait été appliqué à tous les immigrants, sans distinction d’origine, lors des années de l’afflux massif des rescapés de la tragédie nazie et des réfugiés des pays islamiques, les conditions régnant dans le pays favorisaient d’emblée l’intégration des premiers. En effet, les éléments placés aux postes de commande se recrutaient parmi les pionniers des années 1900 à 1925, venus pour la plupart de Russie et de Pologne ; ceux-ci avaient édifié une société dont les institutions politiques, les services publics, les entreprises agricoles, industrielles et commerciales, et enfin les modes de pensée étaient calqués sur des modèles européens. Il en était de même du niveau technologique, des établissements scolaires de tous ordres, des doctrines et méthodes pédagogiques. Les immigrants orientaux, issus pour la plupart de milieux à structure patriarcale et dotés de traditions professionnelles primitives au regard des normes technologiques occidentales, n’étaient généralement pas de taille à relever le défi que constituait pour eux l’adaptation à la société israélienne. Souvent réduits à la condition de manœuvres non qualifiés, le niveau de leurs ressources condamnait à la pauvreté leur famille très nombreuse (le taux moyen de fertilité des immigrants orientaux est de 50 p. 1 000, celui des immigrants d’Europe de 23 p. 1 000, celui des Juifs nés en Israël de 27 p. 1 000). Ces conditions ont provoqué très souvent la désintégration de la cellule familiale, aggravée par un pourcentage élevé d’échecs scolaires, qui ont surpris les éducateurs israéliens spéculant sur le rôle de l’école en tant que creuset d’intégration.

C’est ainsi qu’au niveau de la seconde génération des immigrants orientaux la fréquentation des établissements secondaires et supérieurs reste le fait d’un petit nombre : alors que ces immigrants orientaux constituent 60 p. 100 de la population scolaire du cycle primaire, ils ne sont que 21 p. 100 des élèves des classes terminales du cycle secondaire. De même, ces milieux se révèlent plus vulnérables à la propagation de la délinquance juvénile et constituent en fin de compte des îlots populeux de stagnation sociale. Il en résulte que les communautés orientales ne sont encore que faiblement représentées dans les cercles dirigeants du pays, situation qui engendre des sentiments de frustration et alimente des revendications contre la « discrimination à base communautaire ». La tension sociale ainsi créée a pris un caractère encore plus aigu depuis l’afflux d’immigrants venus d’Union soviétique, dont l’intégration rapide a été facilitée par la proportion élevée parmi eux de techniciens et d’éléments issus des universités. L’effort des autorités pour atténuer les disparités sociales a porté sur des mesures destinées à améliorer les conditions de logement des couches défavorisées et sur des réformes du système éducatif propres à généraliser la fréquentation des classes du cycle secondaire.

L. L.