Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Israël (suite)

Les relations de l’Union soviétique avec Israël — qui devaient être dominées par le problème de l’émigration des Juifs soviétiques en Israël — se firent alors plus distantes et devinrent tendues après la conclusion (sept. 1955) d’un accord de fournitures d’armes à l’Égypte entre ce dernier pays et la Tchécoslovaquie. La France, considérant qu’une partie des fournitures tchèques serait livrée par Le Caire au F. L. N. algérien, accepta de vendre à Israël des équipements militaires et notamment des avions de combat. La politique de la « déclaration tripartite » était mise en échec. La concentration de forces blindées dans la presqu’île du Sinaï conduisit Israël à lancer le 29 octobre 1956 une opération militaire, et, au début de novembre, les troupes franco-britanniques intervenaient en Égypte en riposte à la nationalisation du canal de Suez. En une campagne éclair (29 oct. - 3 nov.), l’armée israélienne bouscula les blindés égyptiens et occupa la bande de Gaza ainsi que toute la presqu’île du Sinaï, exception faite de la rive du canal de Suez, que les Franco-Britanniques se réservaient pour leurs propres opérations. Une action du Conseil de sécurité, appuyée par une vive pression de l’U. R. S. S. et des États-Unis sur Paris, Londres et Tel-Aviv, mit fin à la phase militaire de la « campagne du Sinaï » et obtint ensuite le retrait total des forces israéliennes ainsi que du corps expéditionnaire franco-britannique. En échange, les puissances maritimes s’engagèrent à garantir la liberté de navigation à travers les détroits de Tiran et dans le golfe d’‘Aqaba, tandis que l’O. N. U. mettait en place une « force d’urgence » (les « casques bleus ») chargée d’assurer la sécurité et d’empêcher les infiltrations de « fedayins » (volontaires palestiniens) le long des lignes égyptiennes ainsi qu’à Charm al-Chaykh, position contrôlant les détroits de Tiran.

Le prestige et l’influence politique du président Nasser sortirent grandis de cette campagne, en dépit de la défaite militaire, et la situation diplomatique d’Israël se détériora lentement.

En effet, l’admission de nouveaux membres à l’O. N. U. contribua généralement à grossir le nombre des votes potentiellement acquis aux nations arabes, tandis que la reconnaissance d’Israël par les pays islamiques, le Vatican et la Chine ne pouvait être obtenue. De plus, si les raids de « fedayins » ne se renouvelèrent pas après la campagne du Sinaï, en revanche l’Égypte vit son potentiel militaire reconstitué et renforcé par l’U. R. S. S. Dans cette course aux armements désormais engagée, la France resta le principal fournisseur d’armes d’Israël jusqu’en 1967.

En mai 1967, alors que les incidents de frontières sur le front syrien s’étaient multipliés, marqués notamment par de sévères combats aériens, le président Nasser demanda et obtint le retrait des « casques bleus » ; puis il ferma les détroits de Tiran (22 mai) et conclut un accord militaire avec la Jordanie (30 mai). Tandis qu’Israël mobilisait ses réservistes et faisait appel en vain aux puissances maritimes ayant garanti la liberté de navigation à Tiran, la France décidait de mettre l’embargo sur les expéditions d’armes vers le Moyen-Orient (3 juin). Deux jours plus tard éclatait la campagne dite « guerre des six jours ».

Après cette campagne, le canal de Suez devait rester fermé à la navigation. Tandis que s’organisait l’administration militaire israélienne dans les territoires égyptien, syrien et jordanien occupés, la Knesset décidait la réunification de Jérusalem par l’annexion de son secteur oriental (28 juin 1967), mesure condamnée à plusieurs reprises par l’O. N. U. ; de nouveaux quartiers résidentiels s’édifièrent à un rythme rapide à l’est de la ville.

Une résolution votée le 22 novembre 1967 par le Conseil de sécurité rejeta le principe de l’acquisition de territoires par la force et se prononça pour la définition de « frontières sûres et reconnues » par le moyen de négociations entre les parties ainsi que pour une « solution juste » du problème des réfugiés et pour la liberté de navigation. Cette résolution ne bénéficia pas même d’un début d’application : les parties n’engagèrent pas de pourparlers, et plusieurs tentatives de médiation échouèrent.

À partir d’avril 1969, le président Nasser annonça qu’il livrerait une guerre d’usure. Ce fut alors une coûteuse et sanglante succession de duels d’artillerie, de raids de commandos et de combats aériens jusqu’au 6 août 1970, où fut conclu un nouvel accord de cessez-le-feu de durée limitée, mais tacitement reconduit depuis. La mort subite de Nasser (sept. 1970) n’apporte pas de modification à la situation. Au contraire, des pressions diverses — dont certaines sont liées à la politique interne — incitent le nouveau président égyptien, Sadate, à durcir ses positions ; le 6 octobre 1973 (en pleine fête du Kippour) Égyptiens et Syriens attaquent Israël qui, pour la quatrième fois, mais dans des conditions plus difficiles, doit affronter ses voisins arabes.

Tout au long de cette période, le problème des réfugiés palestiniens est resté entier, provoquant un terrorisme endémique (v. Palestine). Néanmoins, 250 000 réfugiés sont passés sous administration israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza en 1967, et certaines expériences de reclassement ont été entreprises depuis 1971. En plusieurs points des territoires occupés, habités par plus d’un million d’Arabes (camps de réfugiés inclus), les Israéliens ont édifié des agglomérations rurales (hauteurs du Golan, vallée du Jourdain, bande de Gaza et nord-ouest du Sinaï) et urbaines (région de Hébron).

Depuis l’année 1958, Israël a mis l’accent sur des programmes d’assistance technique aux pays en voie de développement en Asie méridionale, en Afrique noire et en Amérique du Sud. Soit dans le cadre des institutions de l’O. N. U., soit sur la base d’accords bilatéraux, ces programmes portent essentiellement sur le développement agricole, les travaux publics, l’éducation, la santé et l’organisation des forces armées.