Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Andorre (suite)

La forêt couvre la surface restante. L’arbre le plus répandu est le pin : pin sylvestre jusqu’à 1 600-1 700 m, pin noir au-delà et jusqu’à 2 200 ou 2 400 m suivant l’exposition. Cette forêt fournissait autrefois du charbon de bois aux forges qui traitaient le fer extrait de petits gisements locaux. Mais cette industrie, comme le travail de la laine, a périclité avec la concurrence de la grande industrie. Jusqu’à une date récente, les seules activités non agricoles étaient l’extraction de lauses dans des carrières, le sciage du bois et surtout la contrebande. L’émigration saisonnière vers l’Ampurdán et le vignoble languedocien permettait d’accroître les revenus, et l’émigration définitive vers Barcelone, Béziers, Perpignan et Narbonne maintenait la population au-dessous de 6 000 habitants.

Vers 1930, la construction d’une usine électrique aux Escaldes et l’ouverture de routes carrossables qui la desservent ont réveillé la vie andorrane avec l’apparition du tourisme et le développement du commerce. Puis, au milieu des difficultés nées des guerres dans les États voisins, les Andorrans ont su exploiter leur statut politique et juridique pour accumuler des capitaux, qu’ils ont investis après guerre dans l’aménagement des pistes de ski et la construction d’hôtels. Il en est résulté un grand essor du tourisme ; en même temps, la vente de marchandises à bas prix attirait les visiteurs et les touristes européens se rendant en Espagne. De ce fait, les passages frontaliers au Pas de la Casa ont atteint les chiffres records de 1 600 000 en 1962 et en 1964.

La population s’élève aujourd’hui à 25 000 habitants, dont plus de la moitié groupée dans l’agglomération d’Andorre-les-Escaldes, dont le luxe témoigne du niveau de vie élevé. Mais cette expansion rapide reste fragile : une moins grande tolérance des douanes françaises et la montée des prix en Andorre ont déjà diminué, ces dernières années, le nombre des visiteurs.

R. L.


L’histoire

Les vallées qui constituent aujourd’hui la principauté d’Andorre font partie, au temps des incursions sarrasines, de la « marche d’Espagne ». Au ixe s., les paroisses de ces vallées appartiennent aux comtes d’Urgel, mais ceux-ci les cèdent, par la suite, à l’évêque d’Urgel.

Au xie s., l’évêque en cède les droits (contre serment de fidélité) aux Caboet ; ces droits échoient, par succession, aux comtes de Foix (xiiie s.). Les Andorrans, grâce à une sentence arbitrale (les paréages), se donnent alors une organisation politique, administrative et judiciaire d’inspiration féodale, qu’ils ont conservée en substance (1278).

Dès lors, le pays est définitivement placé sous la double suzeraineté de l’évêque d’Urgel et du comte de Foix, dont les droits passent, par l’intermédiaire de la maison d’Albret, à la couronne de France (1607). Depuis Napoléon Ier, le gouvernement français a à Andorre un délégué permanent, qui est actuellement le préfet des Pyrénées-Orientales. Cependant, les droits des deux puissances n’ayant guère été définis depuis 1278, des difficultés sont nées. Ainsi, en 1953, un conflit fut provoqué par l’existence de Radio-Andorre.

La Constitution andorrane

Le président de la République française et l’évêque d’Urgel sont cosuzerains — coprinces — de la principauté d’Andorre ; chacun d’eux nomme un viguier, qui exerce la justice et sert d’intermédiaire entre le suzerain et le syndic, et un baile, qui juge en premier ressort en matière civile. Deux fois par an se réunissent les corts, qui forment une espèce de cour d’assises.

Chacune des six paroisses possède un conseil composé de deux consuls et de quatre conseillers élus par les chefs de famille. Un conseil général de vingt-quatre membres élit le procureur général, ou syndic général des vallées : celui-ci exerce le pouvoir exécutif.

Chaque année, les délégués de l’Andorre paient solennellement un tribut au délégué permanent du gouvernement français et à l’évêque d’Urgel. La langue de l’Andorre est le catalan.

P. P.

 D. Astraudo, les Petits États d’Europe (Impr. de l’Éclaireur, Nice, 1932 ; 3e éd., 1937). / J. M. Guilera, Una historia d’Andorra (Barcelone, 1960). / B. Bélinguier, la Condition juridique des vallées d’Andorre (Pedone, 1970). / Les Problèmes actuels des vallées d’Andorre (Pedone, 1970).

Andrea del Castagno

Peintre italien (Castagno, dans le Mugello, v. 1419 - Florence 1457), connu principalement comme fresquiste.


Enfant prodige descendu de la montagne, où il gardait des troupeaux, Andrea del Castagno passait pour le peintre de la rudesse et de l’âpreté. C’était l’image un peu sommaire répandue par la biographie fantaisiste de Giorgio Vasari*, qui l’opposait ainsi à une autre tendance de la peinture florentine du xve s., celle de l’Angelico* et de Domenico* Veneziano. De nombreuses recherches menées à bien depuis une trentaine d’années permettent de cerner plus précisément la personnalité d’Andrea del Castagno.

Fils de paysans, très tôt victime des guerres seigneuriales qui déchiraient la Toscane d’alors, Andrea di Bartolo, dit Andrea del Castagno, commença jeune sans doute, sinon dès l’enfance, sa carrière de peintre. Sur sa formation on sait peu de chose : il a probablement travaillé à Florence — où il passera la plus grande partie de sa vie — avec Paolo Schiavo (1397-1478), puis avec Filippo Lippi* et Paolo Uccello*. Sa première œuvre notoire était de nature à accréditer la légende du « peintre de la rudesse » : c’était une fresque ornant le palais du Podestat, représentant dix rebelles pendus par un pied sur l’ordre de Cosme de Médicis. En 1442, Andrea del Castagno était à Venise, où il peignait Dieu le Père, des saints et des prophètes sur les voûtes de l’abside de l’église San Zaccaria. Il aurait également travaillé aux mosaïques de San Marco, comme l’avait fait avant lui Paolo Uccello ; l’attribution qu’on lui a faite du carton de la Dormition de la Vierge est aujourd’hui très discutée, mais l’importance de sa présence à Venise ne l’est pas, car on pense qu’elle a influencé l’art de Mantegna*. En 1444, Andrea del Castagno travailla au monastère de Santa Maria degli Angeli à Florence ; de la même année datent le portrait (perdu) de l’humaniste Leonardo Bruni, qui fut chancelier de la république de Florence, et la commande d’un carton de vitrail pour la coupole de Santa Maria del Fiore, représentant la Déposition. Andrea del Castagno prenait ainsi place parmi les artistes les plus en vue de la cité, Donatello*, Ghiberti* et Uccello étant chargés des autres vitraux. Cette première période de l’œuvre se ressent fortement, par son luminisme, de l’influence de Domenico Veneziano, à tel point que l’on a cru reconnaître la main de ce peintre dans les fresques de San Zaccaria. À cette influence est attribuable la présence des ombres portées dans la Crucifixion du monastère florentin de Sant’Apollonia.