Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

islām (suite)

Assez tardivement s’est développée en islām la notion de « saint ». La croissance des tendances mystiques et leur reconnaissance par l’orthodoxie ont fait admettre que certains hommes sont devenus « proches », amis (wālī, plur. awliyā’) de Dieu, dotés de charismes, notamment thaumaturgiques, intercesseurs eux aussi et objets légitimes d’un certain culte. Ils ont été supposés en nombre constant et classés selon une hiérarchie qui culmine en un seul « pôle » (quṭb). L’école majoritaire (sunnite) insiste pour qu’ils soient toujours regardés comme inférieurs aux prophètes. Pour le chī‘isme, la qualité de wālī est supérieure au don de prophétie.


Les rites

On doit non seulement adhérer extérieurement à la communauté — ce qu’on appelle en un sens l’islām — mais y prêter foi (imān) plus profondément. La foi consiste (avec des accentuations différentes selon les écoles) à adhérer intérieurement — « par le cœur » — aux dogmes, à les professer par la parole, à accomplir les œuvres que le Coran et la tradition prescrivent. On a mis en relief, en théorie, cinq actes essentiels ou « piliers » de l’islām.

Trois d’entre eux, tout en étant des devoirs de piété individuelle, marquent aussi l’adhésion à la communauté. D’abord la profession de foi, ou « témoignage » (chahāda), c’est-à-dire la récitation de la formule consacrée : « Je témoigne qu’il n’y a d’autre divinité qu’Allāh et que Mahomet est l’envoyé d’Allāh. » C’est l’acte essentiel d’allégeance qui, à la limite, suffit à faire musulman. On le fait prononcer aux mourants. Mais, comme tous les rites, il doit être sincère, légitimé par une « intention » (niyya).

En théorie, une marque essentielle d’adhésion est le paiement de la zakāt, « aumône légale », sorte d’impôt religieux participant de la cotisation à une association, de l’impôt étatique et de l’acte de bienfaisance. Prélevée sur différentes catégories de biens selon des règles précises, la zakāt devait voir son produit affecté au secours des indigents, des voyageurs démunis, des combattants pour la cause de l’islām ainsi qu’aux frais généraux de la communauté. En fait, l’État musulman ayant toujours réclamé d’autres impôts (en principe illégaux), dont la perception se confondait avec celle de la zakāt, celle-ci comme institution particulière a eu tendance à se perdre. On essaie de la ressusciter au Pākistān.

Le pèlerinage à La Mecque (ḥadjdj) est aussi une obligation nettement communautaire. Tout fidèle valide doit l’accomplir en principe une fois dans sa vie. Mais les motifs de dispense sont nombreux. Tous les ans au mois de dhū al-ḥidjdja, de nombreux pèlerins venus de toutes les régions du monde musulman se rassemblent autour des sanctuaires de La Mecque. Les rites principaux en sont les tournées autour de la Ka‘ba, sanctuaire préislamique bâti par Abraham et par Ismaël, ancêtres des Arabes suivant l’islām, la station debout devant Allāh (avec prières) à la colline d’‘Arafa (‘Arafāt), enfin le sacrifice d’un animal dans la vallée de Minā.

Les deux autres « piliers », tout en soulignant, eux aussi, l’adhésion, insistent peut-être plus directement et dans un contexte plus personnel, sur la soumission de l’individu à Dieu. Il s’agit d’abord de la prière légale (ṣalāt), ensemble strictement réglementé de prosternations, d’invocations et de stations devant Allāh. Elle est due cinq fois par jour à des moments déterminés. On peut la faire dans l’isolement, quoique la prière en assemblée, dans une mosquée, sous la direction d’un imām, soit recommandée. Mais, le vendredi vers midi, il faut participer à la prière commune accompagnée d’un prêche. La ṣalāt peut être accompagnée de l’invocation personnelle (du‘ā’), demande à Dieu pour soi ou pour les autres, mais ne s’y identifie pas.

Enfin, chaque année, au mois de ramadān, le fidèle doit jeûner chaque jour du lever au coucher du soleil.

Certains de ces devoirs, notamment la ṣalāt, ainsi que le contact du Coran ne peuvent se faire qu’en état de « pureté » rituelle. Celle-ci se perd par le contact d’êtres et de substances impures, par l’excrétion, les rapports sexuels, etc. Une ablution la restaure. La circoncision est considérée partout comme un signe d’adhésion à l’islām, mais c’est là une coutume obligatoire et sacralisée dès l’origine, et non une obligation religieuse.

D’autres pratiques se sont ajoutées au cours des temps à celles qui viennent d’être énumérées, mais elles n’ont pas leur caractère d’obligation théorique : ainsi les fêtes du 10 muḥarram (‘āchūrā’) et du mawlid (nativité du Prophète), le pèlerinage au tombeau du Prophète à Médine, le culte des saints et tout le rituel des confréries mystiques. Il est de coutume d’accompagner le sacrifice de Minā par le sacrifice d’un animal le jour du 10 dhū al-ḥidjdja, et c’est l’occasion de la « grande fête ». Une autre fête accompagne la rupture du jeûne de ramadān et la reprise de la vie normale.


La communauté

Les dogmes de l’islām requièrent l’acquiescement de chaque individu, et les pratiques sont aussi des actes personnels qui mettent en rapport directement avec Dieu. Nul clergé intermédiaire n’est indispensable pour établir une relation valide avec le divin. Pourtant, dès le début, les musulmans formaient un groupe particulier, une communauté, un ensemble organisé, structuré, uni autour de cette foi que matérialisent les rites. L’islām n’est pas qu’une synthèse d’idées, de foi et de pratiques personnelles, c’est un « mouvement ».

C’est bien aussi une communauté (umma) et non une Église (si l’on définit ce dernier terme par la présence d’un « clergé » sacral). Dès les origines, par suite des conditions sociales de l’Arabie d’alors, les adeptes durent former un groupe spécial, nullement limité à des fonctions religieuses, une sorte de super-tribu d’un type nouveau, qui prit rapidement, en pratique, les caractères d’un État. Le chef théorique de la communauté était et est resté Dieu, et c’est pourquoi on parle souvent de théocratie à son propos. Mais Dieu faisait entendre sa volonté par l’intermédiaire exclusif du Prophète. Il dictait non seulement des dogmes illustrés et défendus, des exhortations morales et des règles rituelles, mais aussi des ordonnances d’organisation sociale, sur les successions par exemple.