Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

islām

Qu’est-ce que l’islām ? Une religion, bien évidemment. Mais beaucoup ajoutent aussitôt que c’est en même temps une culture, une civilisation, un mode de vie. D’autres insistent sur le caractère fondamentalement politique propre à cette religion. Tout cela est vrai, en grande partie. Cette complexité cause souvent une grande confusion sur tous les plans. On essaiera d’analyser ici ces liaisons, tout en donnant les informations essentielles.



La religion

L’islām est, selon la terminologie de J. Wach, une religion fondée. Cela signifie qu’il ne s’agit pas, comme dans la religion des anciens Grecs ou des Gaulois par exemple (cas général avant le Ier millénaire av. J.-C.), de conceptions et de pratiques adoptées pour l’essentiel par un peuple entier depuis des temps immémoriaux avec une organisation culturelle qui ne se distingue guère de l’organisation sociale, aucun acte d’adhésion n’étant nécessaire, puisque l’appartenance au groupe social « naturel » entraîne automatiquement la participation aux idées et aux pratiques de celui-ci. Telle était aussi la religion des anciens Arabes. Mais un personnage historique, Mahomet* (Muḥammad), fils d’‘Abd Allāh, du clan de Hāchim, de la tribu de Quraych, né vers 570-580 à La Mecque, mort en 632, a appelé, à partir de 610 environ, qui le voulait à rejoindre un nouveau groupe défini par l’adhésion aux idées qu’il proclamait, par la pratique de rites qu’il définissait et par la reconnaissance de son autorité.


Les dogmes

Les idées ou dogmes qu’il proclamait se rattachaient expressément au courant des religions monothéistes révélées représentées avant lui par le judaïsme et le christianisme. Dieu (en arabe Allāh), créateur unique de l’univers, a fait connaître son essence et sa volonté à une série de « prophètes », d’envoyés (nabī, rasūl), dont le premier ne fut autre que l’ancêtre commun de l’humanité, Adam. Il a « fait descendre » (tanzīl) sur eux des révélations exprimées dans des livres sacrés, la Tōra et l’Indjīl (Évangile). Ces prophètes, essentiellement Mūsā (Moïse) et ‘Īsā (Jésus) — ce dernier pourvu de caractéristiques surnaturelles (naissance virginale) —, ont constitué des communautés religieuses, les juifs et les chrétiens. D’autres prophètes ont été envoyés aux Arabes, mais n’ont pas été écoutés. Mahomet a été choisi pour adresser aux Arabes essentiellement le même message dans leur propre langue et constituer une nouvelle communauté, qui, d’ailleurs, a vite reçu vocation d’englober non seulement ce peuple, mais tous les hommes.

Le message divin a été dicté donc en arabe à Mahomet par morceaux tout au long de sa vie. Il constitue le Coran (Qur’ān), dont l’original existe au ciel. Son autorité est donc suprême, puisqu’il s’agit de la parole de Dieu. Il dépasse et englobe les révélations antérieures, auxquelles on ne peut plus se référer avec assurance, car elles ont été tronquées et déformées par les juifs et les chrétiens. De même, Mahomet est le dernier et le plus parfait des prophètes, leur « sceau », celui qui énonce la révélation définitive.

Cette source de l’islām doit être complétée par les paroles et les actes du Prophète recueillis dans des milliers de traditions (ḥadīth) que garantit une chaîne (isnād) de transmetteurs pieux remontant à l’époque de celui-ci. Ils forment la tradition (sunna) du Prophète, la voie que celui-ci a suivie, modèle impératif pour les générations ultérieures de musulmans, puisqu’il a été guidé par Dieu. Ainsi sont comblées les lacunes du Coran. D’ailleurs, certaines traditions rapportent, comme le Coran, des paroles de Dieu même adressées à Mahomet.

L’essentiel du message est dans la définition de Dieu. Etre suprême unique, un en lui-même, Allāh a créé toute chose. Souverain tout-puissant, être vivant et doté de volonté, omniscient et omniprésent, infiniment parfait, il juge souverainement les êtres, les punit et les récompense suivant des critères impénétrables et indiscutables. Terrible, il est néanmoins infiniment juste et aussi miséricordieux. Son essence n’a rien de commun avec les imperfections et les limitations des créatures.

Allāh a créé, par son verbe impératif (amr), aussi bien la nature inanimée tout entière que le monde végétal et animal, que les êtres dotés d’une personnalité anthropomorphique : anges, démons et hommes. Le monde a eu un commencement dans le temps. Il aura de même une fin.

L’homme est un être infime au regard de Dieu. Il doit lui être soumis inconditionnellement. Le mot islām signifie d’ailleurs l’abandon total de tout son être à Dieu. Les âmes humaines, créées avant les corps et avant le monde lui-même, lui ont d’ailleurs promis obéissance dans un pacte prééternel. L’homme est capable de mal faire néanmoins. Dieu, qui sait tout et peut tout, peut aussi l’aveugler. Un certain libre arbitre est pourtant admis et, en tout cas, une responsabilité personnelle. C’est justement qu’après sa mort chacun, suivant ses mérites et ses fautes, sera condamné au paradis ou à l’enfer. Certains théologiens ont admis un passage temporaire par l’enfer, qui tient lieu de purgatoire ainsi que des limbes pour les justes non musulmans. Un premier jugement, administré par deux anges dès la mise au tombeau, sera suivi à la fin des temps de la résurrection des morts et du jugement dernier et définitif.

Les jugements de Dieu sont personnels, mais l’appartenance à la communauté musulmane détermine un statut spécial, privilégié. Le Prophète intercédera pour les siens au moment du jugement. Certains seront délivrés de l’enfer. Les pécheurs qui gardent la foi en Dieu unique et en son Prophète ont de grandes chances de finir par être sauvés.

Les prophètes et surtout Mahomet sont dotés de charismes spéciaux. De même, à l’intérieur de la communauté musulmane, le chef légitime de celle-ci est l’imām. Les partis politico-religieux musulmans se sont divisés sur la question de la légitimité des imāms historiques et sur le degré de leur peccabilité. La majorité admet qu’un imām est toujours nécessaire, que certains seulement ont été impeccables et que, néanmoins, on doit leur obéir, sauf s’ils ordonnent de violer la loi religieuse.