Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Irlande (suite)

L’économie

Sauf au bord de la côte orientale et dans les vallées du plateau d’Antrim, l’agriculture est presque entièrement aux mains des catholiques. Comme dans la République, les lois agraires de la fin du xixe s. ont transféré les terres agricoles des grands propriétaires absentéistes aux tenanciers irlandais, grâce à l’intervention de l’État, qui accorda aux seconds des prêts à long terme et à bas intérêt ; 80 p. 100 des exploitations sont maintenant en faire-valoir direct. Mais leur dimension moyenne est très petite : 60 p. 100 ont moins de 12 ha ; 35 p. 100 ont de 12 à 40 ha ; 5 p. 100 seulement plus de 40 ha.

Les contraintes du climat frais et humide et la petitesse des exploitations poussent les agriculteurs à pratiquer l’élevage : l’élevage des bovins pour la production du lait frais autour des villes, pour celle du beurre et du fromage dans les districts éloignés de l’Ouest, pour l’embouche dans la plaine littorale du comté de Down ; l’élevage du porc à bacon pour le marché britannique ; l’élevage des volailles en batterie dans la vallée du Lagan.

La production végétale est peu importante. Les cultures de céréales, de lin, de pomme de terre occupent des surfaces plus réduites qu’au xixe s. Les cultures maraîchères et fruitières progressent autour du lough Neagh et dans la vallée du Lagan, où l’industrie de la conserverie de Portadown leur fournit un débouché.

L’Irlande du Nord est beaucoup plus industrialisée que la république d’Irlande et même (par le taux d’emploi) un peu plus que la Grande-Bretagne ; l’industrie y fournit 41 p. 100 des emplois (contre 25 p. 100 dans la République et 38 p. 100 en Grande-Bretagne). Mais elle est très inégalement répartie : le tiers de la production industrielle vient de la seule ville de Belfast, et 80 p. 100 proviennent de l’ensemble Belfast — comté de Down — comté d’Antrim, donc des districts à majorité protestante. Dans l’Ouest, seule Londonderry a une activité industrielle notable.

Toute l’Irlande du Nord a, dans la politique d’aménagement britannique, le statut de région de développement. L’État accorde toutes sortes d’avantages aux firmes qui acceptent de s’y installer : subventions pour la consommation d’énergie industrielle (pour compenser le coût de son importation), subventions pour la construction de bâtiments industriels, l’équipement fixe et la formation des travailleurs, construction d’usines louées ensuite à des taux de faveur, etc. Mais l’étroitesse du marché, l’obstacle maritime entre l’Irlande du Nord et le reste du royaume et surtout les conflits socio-religieux ont une forte influence dissuasive sur les entreprises britanniques ou étrangères. Deux cents d’entre elles se sont pourtant installées en Irlande du Nord depuis 1945, mais les emplois qu’elles ont créés n’ont pas suffi à compenser ceux qui ont disparu dans l’agriculture ou les vieilles industries.

Parmi ces dernières, les industries textiles ont longtemps tenu la première place. Le lin importé d’U. R. S. S. est filé et tissé (mouchoirs, nappes, torchons) dans les petits ateliers de Belfast, Lisburn, Lurgan, Portadown, Newry, Londonderry. La chemiserie se rassemble à Londonderry et détermine dans cette ville un taux d’activité féminine élevé. Mais l’emploi diminue rapidement dans ces deux secteurs.

Les chantiers navals de Belfast restent les premiers employeurs d’Irlande du Nord ; l’une de leurs formes de lancement est parmi les plus grandes d’Europe. Ces chantiers se spécialisent en effet dans la construction de très grosses unités (pétroliers, porte-avions). Une firme de constructions aéronautiques, à Belfast également, travaille surtout pour l’armée et dépend donc étroitement des commandes de l’État, qui d’ailleurs détient la moitié du capital. Toutefois, les constructions navales et aéronautiques emploient moins de monde que dans le passé.

Le principal secteur en expansion est celui des textiles artificiels. Plusieurs firmes originaires de Grande-Bretagne, d’Allemagne, des États-Unis ont été attirées dans la région par l’abondance d’une main-d’œuvre déjà formée au travail des textiles et par les subventions de l’État.

Courtaulds, installé à Carrickfergus, dans la banlieue de Belfast, et dans la ville nouvelle de Craigavon, produit de la rayonne, des fibres synthétiques et des articles de bonneterie. Des firmes concurrentes se sont établies à Londonderry, Coleraine et Antrim. L’Irlande du Nord produit à elle seule le quart des fibres artificielles et synthétiques du Royaume-Uni ; malheureusement, une faible partie seulement des fibres sont utilisées sur place par quelques usines de bonneterie, de lingerie ou de tapis ; le reste est expédié en Grande-Bretagne.

Le commerce extérieur dépend plus encore de la Grande-Bretagne que celui de la République : 90 p. 100 des expéditions se dirigent en effet vers la Grande-Bretagne.

L’état de guerre civile larvée qui prévaut depuis 1969, un taux de chômage effroyable, l’arrêt presque total des investissements, la timidité des réformes sociales pourtant nécessaires rendent bien incertain l’avenir politique et économique de l’Irlande du Nord.

C. M.


L’histoire

L’« Irish Government Act » de 1920 prétendait régir l’ensemble de l’Irlande. En réalité, il ne fut appliqué que dans les six comtés de l’Irlande du Nord, Antrim, Armagh, Fermanagh, Londonderry, Down et Tyrone, ainsi que dans les cités de Belfast et Londonderry.

Avec 1’article 12 du traité de Londres (déc. 1921), ce texte a fait fonction de constitution pour l’Irlande du Nord. La note dominante de cette constitution est la stabilité, et l’Irlande du Nord est probablement l’un des rares pays qui ait été gouverné par le même parti pendant cinquante ans sans aucune interruption.

Le fait saillant de l’histoire de l’Irlande du Nord est la juxtaposition au sein de la population de deux communautés religieuses, catholique et protestante. En raison d’un long passé de luttes religieuses, mais aussi des circonstances mêmes de la partition entre l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud, ces deux communautés sont restées profondément séparées.