Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Iraq (suite)

La période ‘abbāsside

C’est en Iraq que le premier calife ‘abbāsside, al-Saffāḥ (750-754), établit sa capitale, d’abord dans la petite ville de Hāchimiyya — bâtie sur la rive orientale de l’Euphrate — puis à Anbār. Le deuxième calife, al-Manṣūr (754-775), transfère le siège de l’empire sur la rive occidentale du Tigre, non loin des ruines de Ctésiphon, dont les pierres servent à la construction de la nouvelle cité qu’est Madīnat al-Salām, ou « ville de la paix » : Bagdad. C’est à partir de cette ville que les ‘Abbāssides vont présider à la destinée de l’Empire musulman.

L’Iraq connaît un essor économique qui favorise le développement du commerce avec l’Europe et l’Extrême-Orient. Bagdad est alors non seulement le centre politique et économique du monde, mais aussi un haut lieu d’art, de culture et de pensée.

Cependant, l’Iraq reste une terre de révoltes. Les transformations économiques se traduisent par l’enrichissement de la bourgeoisie, mais aussi par l’appauvrissement des paysans et le développement d’un prolétariat qui constitue pour le régime ‘abbāsside une source de troubles et de difficultés. Les problèmes sociaux hérités de l’époque omeyyade s’aggravent, des mouvements naissent qui, sous un aspect religieux, cachent des rivalités économiques et sociales. Le plus célèbre de ces mouvements est celui des esclaves noirs connus sous le nom de zandj. Employés dans les salines dans le bas Iraq, ces derniers travaillent dans des conditions extrêmement difficiles. Un Persan, ‘Alī ibn Muḥammad, les soulève contre les ‘Abbāssides après les avoir convertis au khāridjisme, doctrine égalitaire qui affirme que le califat doit revenir au meilleur des musulmans, fût-il esclave. Cette révolte sociale, déclenchée en 869, n’est définitivement écrasée qu’en 883.

Plus radical encore est le mouvement des ismaéliens*, une ramification du chī‘isme qui traduit le mécontentement et l’amertume des opprimés. Au début du xe s., cette secte exerce un puissant attrait sur le prolétariat urbain et les artisans. L’une de ses branches, les qarmates, s’empare en 894 du pouvoir à Bahreïn, d’où elle organise des raids périodiques dans la région de Bassora et parfois même jusqu’à Bagdad.

Tous ces mouvements affaiblissent le pouvoir central et réduisent l’importance de l’Iraq. Au début du xe s., les califes ‘abbāssides abandonnent la réalité du pouvoir au maire du palais, auquel on donne le titre de « grand émir » ou amīr al-umarā’. Ce titre reviendra à une famille d’origine persane, arrivée à Bagdad en 945, qui constituera la dynastie des Buwayhides. Protecteurs des ‘Abbāssides, ces derniers président à la destinée de l’Iraq jusqu’en 1055. De conviction chī‘ite, ils mènent une politique favorable à leur secte, ce qui leur aliène le courant sunnite (orthodoxe) et le calife lui-même. Garant de l’orthodoxie, celui-ci fait appel, pour se libérer de la tutelle des Buwayhides, aux Turcs Seldjoukides. Ces derniers occupent Bagdad en 1055 et restaurent le sunnisme en Iraq. Devenus les véritables maîtres du pays, ils laissent, pour légitimer leur pouvoir, une apparence de souveraineté aux califes ‘abbāssides. En 1067, ils fondent l’école al-Niẓāmiyya, qui favorise dans le cadre du sunnisme la tendance chāfi‘īte contre celle des ḥanbalites. Cependant, à la fin du xiie s., l’autorité des Seldjoukides commence à décliner au profit des califes ‘abbāssides, qui tentent de restaurer leur pouvoir. Cette entreprise commence à donner ses fruits notamment sous le règne du calife al-Nāṣir (1180-1225). Mais en 1258, les ‘Abbāssides sont chassés par les Mongols, qui occupent Bagdad et établissent leur domination sur les rives du Tigre et de l’Euphrate.


La période mongole

Les invasions mongoles provoquent l’écroulement du gouvernement civil et l’anéantissement des travaux d’irrigation. L’Iraq entre alors dans une phase de décadence. Le pays ne joue plus le rôle d’entrepôt, et ses relations commerciales avec l’Europe et l’Extrême-Orient se relâchent considérablement. Sur le plan politique, l’Iraq connaît une période d’instabilité marquée par la succession rapide de dynasties mongoles (Ilkhanīdes, Djalāyirides, Tīmūrides) et turkmènes (Karakoyunlu, Akkoyunlu, Séfévides).

Sous les Ilkhānides, le pays est divisé en deux entités administratives : la basse Mésopotamie, dépendant de Bagdad, et la haute Mésopotamie, dépendant de Mossoul. Chacune de ces circonscriptions est dirigée par un gouverneur mongol assisté d’un haut fonctionnaire non mongol. Cette division administrative se maintiendra jusqu’aux Ottomans. En 1335, les Ilkhānides sont remplacés à la tête de l’Iraq par les Djalāyirides, dynastie également mongole. Celle-ci succombe à son tour sous le coup des Tīmūrides, qui domineront le pays pendant de courtes périodes (1393-94 et 1401-02, puis 1403-1405). C’est le chef de cette dynastie, Tīmūr Lang (Tamerlan), qui donnera le coup de grâce à l’Iraq en mettant à sac en 1401 sa vieille capitale, Bagdad.

Le pays reste alors à la merci des hordes turkmènes qui accélèrent sa décadence en désorganisant davantage son économie. Les Karakoyunlu aggravent, par leurs querelles internes, notamment entre les princes de Bagdad et ceux de Mossoul, une situation déjà fort critique. En 1468-69, ils sont supplantés par les Akkoyunlu, sous la domination desquels l’Iraq est moins agité. En 1508, ceux-ci cèdent la place à d’autres Turkmènes, les Kizil Bach séfévides, qui président à la destinée de ce pays jusqu’à l’avènement des Ottomans en 1534. Cette dernière période reste encore marquée par les difficultés économiques et la faiblesse du pouvoir central. Au demeurant, la découverte en 1498 de la route de l’Inde par le cap de Bonne-Espérance ouvre de nouvelles voies commerciales au détriment du golfe arabo-persique. L’Iraq ne bénéficie plus d’une position de transit entre l’Europe et l’Extrême-Orient, et son économie perd définitivement son caractère commercial monétaire pour devenir une économie féodale fondée essentiellement sur l’agriculture.