Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Iraq (suite)

Jusqu’en 1970, la production demeurait entre les mains étrangères, à l’exception du petit gisement de Naft Khāne, à la frontière iranienne, qui alimentait Bagdad, à 100 km de là. Mais le gisement de Rumayla-Nord, récemment découvert par des capitaux irakiens, est entré en production à ce moment. La capacité de raffinage atteint 5 Mt (raffineries de Kirkūk, de Dawra, près de Bagdad, et d’Alwand, près de Naft Khāne).

Une certaine expansion industrielle a pu être financée par le produit des redevances pétrolières. En dehors de Mossoul (243 000 hab.), qui reste un grand centre cotonnier, cette industrie (égreneuses de coton, industries lainières, savonneries et huileries, industries du cuir, métallurgie légère) est essentiellement concentrée à Bagdad. Des raffineries de sucre ont été installées à Mossoul, à Karbalā’, à Sulaymāniya, dans le Kurdistān (ces deux dernières alimentées par betteraves à sucre).

Le commerce extérieur reste dominé par le pétrole, la seule autre exportation importante étant constituée par les dattes, dont l’Iraq alimente 80 p. 100 du commerce mondial. Le commerce non pétrolier se fait à peu près exclusivement par Bassora (313 000 hab. en 1965), port établi sur le Chaṭṭ al-‘Arab quelques kilomètres en aval de la confluence du Tigre et de l’Euphrate, en un point de passage privilégié situé en aval de la zone des marécages, où s’établit en 638 le camp de l’armée arabe qui s’organisait, sur la rive droite du fleuve, pour la conquête de la Mésopotamie et de l’Iran.

Avec une marge considérable d’expansion agricole et une densité de peuplement encore faible, bénéficiant de revenus pétroliers importants, l’Iraq a des perspectives de développement plus favorables que les autres pays du Croissant fertile.

X. P.

➙ Bagdad / Moyen-Orient.


L’histoire de l’Iraq


l’Iraq avant l’islām

L’Iraq constitue un carrefour de civilisations. Les deux fleuves et la mer favorisent en effet le développement économique du pays et son ouverture sur le monde extérieur. Aussi, depuis la plus haute antiquité, l’Iraq — appelé alors Mésopotamie* — a-t-il connu des civilisations aussi brillantes que celles des Sumériens, des Babyloniens et des Assyriens.

Célèbre par sa fertilité, le pays est tour à tour convoité par les Grecs, les Perses et les Romains. Au début du iiie s. apr. J.-C., il tombe sous la coupe des Sassanides*, dynastie d’origine persane, qui en font le centre de leur empire avec Ctésiphon comme capitale.

À leur tour, les Arabes ne restent pas indifférents aux espaces verts et arrosés du Tigre et de l’Euphrate. Dès le iiie s., des groupements arabes quittent leur territoire désertique pour aller s’installer sur les terres fertiles de la Mésopotamie. Les Lakhmides s’établissent au sud-ouest de l’Euphrate, où ils fondent la ville d’al-Ḥīra. Vassaux des Sassanides, ils sont chargés de défendre le pays contre les incursions byzantines.


La conquête arabe

La Mésopotamie n’est donc pas étrangère aux Arabes, lorsque, au début du viie s., ceux-ci décident de s’en emparer. Dès 633, ils occupent la capitale lakh mide al-Ḥīra, avec la complicité d’une partie des Arabes installés dans le pays. Et, en 637, ils battent les troupes sassanides à Qādisiyya, à 30 km au sud-ouest d’al-Ḥīra. Cette victoire les rend maîtres de l’Iraq, où la population d’origine araméenne, longtemps opprimée par les Persans, les accueille comme des libérateurs. Une fois le pays occupé, les Arabes abandonnent Ctésiphon, la capitale les camps fortifiés de Basra (Bassora) et de Kūfa, qui vont connaître un très grand développement.

Très vite, l’Iraq devient l’une des plus importantes provinces de l’Empire musulman. Son appui est particulièrement convoité par les différentes factions qui se disputent le pouvoir après l’assassinat du calife ‘Uthmān et l’avènement d’‘Alī. C’est en Iraq qu’‘Alī mène la lutte contre ses divers adversaires politiques. En 656, il remporte une victoire aux environs de Bassora et parvient ainsi à neutraliser une partie de ses détracteurs. ‘Alī s’est même installé, durant le conflit qui l’oppose aux Omeyyades et aux Khāridjites, à Kūfa, où il est assassiné en 661.


La période omeyyade

La disparition d’‘Alī marque pour un temps l’éclipsé de l’Iraq au profit de la Syrie, qui devient après le triomphe de son gouverneur — et fondateur de la dynastie omeyyade —, Mu‘āwiyya ; le centre de l’Empire musulman. Relégué au rang d’une province secondaire, l’Iraq abrite toutes les oppositions et constitue un foyer de révoltes contre les Omeyyades. À la mort de Mu‘āwiyya, ‘Abd Allāh ibn al-Zubayr, disputant le califat à Yazīd, trouve de solides appuis auprès des habitants de Kūfa et de Bassora. C’est aussi en Iraq que les ‘Alīdes fomentent une révolte contre les Omeyyades. Et c’est à partir de cette province que les Khāridjites mènent leur opposition contre le pouvoir central.

Pour faire face à tous ces mouvements, les Omeyyades nomment des gouverneurs à poigne. L’un de ceux-ci, ‘Ubayd Allāh ibn Ziyād, est responsable de la mort de Ḥusayn, fils d’‘Alī, à Karbalā’ en 680. Mais le plus célèbre est al-Ḥadjdjādj ibn Yūsuf, dont la sévérité est restée légendaire. Nommé gouverneur de Kūfa en 694, al-Ḥadjdjādj contient l’agitation khāridjite et fonde en 702 la ville de Wāsiṭ, qui devient pour un temps la capitale de l’Iraq.

Cependant, en dépit de cette rigueur, les Omeyyades ne parviennent pas à réduire les forces de l’opposition. Celles-ci se sont même développées à la faveur des contradictions économiques et sociales qui minent l’Empire musulman. En effet, les privilèges exorbitants accordés à l’aristocratie arabe ne tardent pas à soulever le mécontentement de la population et particulièrement celui de la classe des mawālī, c’est-à-dire des musulmans non arabes, et aussi des Arabes qui n’appartiennent pas à la caste dirigeante. Pour trouver à leur mécontentement une expression religieuse, ces pauvres gens adhèrent aux sectes politico-religieuses et plus particulièrement à celle des ‘Alides, le chī‘isme*. Les ‘Abbāssides* parviennent à grouper autour d’eux l’opposition chī‘ite pour renverser au milieu du viiie s. la dynastie omeyyade. L’Iraq passe alors sous le contrôle des ‘Abbāssides et devient, à la place de la Syrie, le centre de l’Empire musulman.