Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Iran (suite)

Ce syncrétisme achéménide est encore plus net dans les constructions de Persépolis. On ne sait trop à qui les princes achéménides ont emprunté le plus, des Assyriens, des Grecs, des Egyptiens... Les bâtiments grandioses de Persépolis, juchés sur une gigantesque terrasse artificielle, et dont on ignore au fond le rôle exact, sont tous bâtis suivant le principe de la salle hypostyle, ici démesurément agrandie, puisque certaines salles comptent cent colonnes. Ces dernières sont l’élément le plus original de l’architecture perse, avec leur base campaniforme et leur chapiteau composite soutenant une imposte à double avant-train d’animal. Tous ces bâtiments sont couverts de reliefs décoratifs qui soulignent de façon heureuse les lignes de force de l’architecture. Le thème unique est celui du roi, qui trône, s’avance, donne audience, reçoit le tribut, triomphe des fauves. Les palais de Suse étaient décorés surtout de panneaux de briques émaillées, dont les plus connus représentent le défilé des archers du roi des rois. L’art achéménide sut exceller également dans les arts « mineurs », et le bouquetin ailé du musée du Louvre, vraisemblablement une anse de vase, exprime à merveille la légèreté de l’animal des montagnes.


L’Iran hellénisé et l’époque sassanide

Après la mort d’Alexandre le Grand, les provinces iraniennes furent perdues définitivement par ses successeurs au milieu du iie s. av. J.-C. Des dynasties iraniennes s’emparèrent du pouvoir, mais la marque de l’hellénisme resta prédominante. L’art des cours gréco-iraniennes est mal connu ; la date des peintures murales de Kuh-e Khwādja, au Sistān, est incertaine. Les Parthes Arsacides laissèrent surtout de nombreux reliefs rupestres (Béhistoun, Tang-e Sarvak). On leur attribue également, aux environs de l’ère chrétienne, la statue de Chami, en bronze, représentant un homme debout, revêtu d’un costume purement iranien ; la tête fut peut-être exécutée à Suse, et le corps sur place. L’Iran n’est alors qu’une partie d’un vaste milieu artistique qui s’étend du Gange à l’Euphrate. L’art parthe est soumis à des conventions sévères dont la plus connue est le respect de la loi de frontalité, sans doute par souci de rendre la présence du regard et, par celui-ci, la permanence de la vie.

Dès le deuxième quart du iiie s. apr. J.-C., cet art parthe est remplacé par un art très différent : l’accession des Sassanides au pouvoir marque un changement profond. L’architecture voit apparaître une grande nouveauté : la salle carrée couverte d’une coupole sur trompes. Dans le domaine des arts décoratifs, la frontalité parthe cesse de régner, l’hellénisme est beaucoup moins présent. Avec les souverains sassanides se produit une sorte de renaissance nationale iranienne, qui érige le zoroastrisme en religion d’État et s’inspire de l’art achéménide, jugé plus « iranien » : des gorges égyptiennes surmontent les portes du palais de Firuzābād, comme au palais de Darios. Les reliefs rupestres ne représentent plus que des scènes d’investiture divine, des triomphes et des combats. L’art sassanide a également livré de magnifiques plats, coupes et carafes (Leningrad, musée de l’Ermitage). En métal précieux, ces objets sont décorés de scènes de chasse, de figures nues, de l’image du roi assis de face, les jambes fléchies, dans la posture dite « en majesté », promise à un long avenir : le roi trônant de la coupe dite « tasse de Salomon » (vie s. apr. J.-C., B. N., Paris) est le prototype direct des « Christs en majesté » des tympans romans.

J.-L. H.

➙ Achéménides / Elam / Persépolis.

 E. Herzfeld, Archaelogische Mitteilungen aus Iran (Berlin, 1929-1938 ; 9 vol.). / L. Van den Berghe, Archéologie de l’Iran ancien (Besson et Chantemerle, 7959). / R. Ghirshman, Parthes et Sassanides (Gallimard, 1962) ; Perse, Proto-Iraniens, Mèdes, Achéménides (Gallimard, 1964). / A. Godard, l’Art de l’Iran (Arthaud, 1962). / E. Porada, Alt Iran (Baden-Baden, 1962 ; trad. fr. Iran ancien, A. Michel, 1963). / J.-L. Huot, Iran I (Nagel, 1965). / P. Amiet, Elam (Archée, Auvers-sur-Oise, 1966). / V. G. Lukonin, Iran II (Nagel, 1967). / D. Schlumberger, l’Orient hellénisé. L’art grec et ses héritiers dans l’Asie non méditerranéenne (A. Michel, 1970). / H. Stierlin, Iran des bâtisseurs. 2 500 ans d’architecture (Sigma, 1972).


Littérature de l’Iran ancien


Le vieux perse

De la Perse des Achéménides (viie-ive s. av. J.-C.), deux groupes de textes transmis jusqu’à nous témoignent de l’existence d’une littérature en vieux perse. Sur l’immense territoire que constituait l’Empire perse dès ses origines, la variété des dialectes était immense. Parmi ceux-ci, le dialecte du Fārs, province du Sud-Ouest, centre politique de l’Empire, est attesté dans l’ensemble des inscriptions sur argile et sur pierre gravées à l’époque des Achéménides. Transcrites en écriture cunéiforme, on y lit en trois langues (vieux perse, babylonien et élamite) les actes d’investiture des souverains, les actes de fondation de leurs palais et les grands moments de leurs règnes : inscription de Suse, de Béhistoun, de Naqsh-i-Roustem, de Persépolis.

Ecrits à diverses époques et dans plusieurs dialectes, les textes qui constituent l’Avesta furent retranscrits plus tardivement (ive s. apr. J.-C.) dans une écriture propre : l’avestique. Ce sont des écrits religieux se référant à la religion mazdéenne et à la réforme originale qu’y apporta Zarathushtra. Certains parmi les textes les plus anciens ont pu être attribués à Zarathushtra lui-même (il aurait vécu au vie s. av. J.-C.) ; ils apparaissent dans un dialecte oriental, probablement celui du prophète : ce sont les Gâthâs (hymnes), petites pièces en vers où le prophète formule sa foi et enseigne sa doctrine. Elles sont inclues dans la Yasna (liturgie), recueil de prières et d’invocations.

Les Yasht (chants de louange) sont des hymnes pour glorifier certains dieux du panthéon mazdéen. Un intérêt de cette partie de l’Avesta se situe dans révocation d’un grand nombre de figures peuplant les mythes et les légendes de l’aire indo-aryenne. Les Yasht seront une source précieuse qu’utilisera Firdūsī* lorsqu’il rassemblera les éléments constitutifs de son épopée nationale. D’une importance plus grande encore pour la découverte de l’univers mazdéen est le Videvdât, ou Loi contre les mauvais esprits. Ce recueil foisonne de détails sur l’origine du mazdéisme, ses croyances, ses pratiques, sur la personnalité de Zarathushtra, sur les lois réglant la relation entre le monde matériel et le monde surnaturel, et, bien sûr, sur les lois régissant les rapports humains. Au centre, comme dans toute l’Avesta, se trouve le dieu unique Ahura-Mazdâ (le même qu’adoraient les Achéménides) : dieu qui régit l’univers entouré d’un panthéon de dieux ou de forces naturelles du bien, tandis que les forces du mal obéissent, elles, à l’esprit du mal représenté par Ahriman. Celui-ci sera vaincu finalement après des luttes acharnées et de tous les instants, mais à la condition que l’homme sur terre ne reste pas passif : qu’il s’efforce tant qu’il le pourra à la purification tant matérielle que spirituelle. Alors, il y aura le salut et l’âge paradisiaque.

Le Videvdât est suivi de textes beaucoup plus récents réunis sous le titre de Petite Avesta.