Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Iran (suite)

La poésie religieuse

Elle fut un genre très apprécié à la cour des Séfévides. Il suffit de citer Mohtacham de Kāchān, panégyriste de Chāh Ṭahmāsp (1524-1576), qui se rendit célèbre par la composition d’élégies en l’honneur des imams chī‘ites martyrisés. La forme utilisée est la qasidè, le ghazal, mais aussi le poème strophique. C’est dans l’Iran séfévide qu’apparut un théâtre religieux, le ta‘zié, ou représentation dramatique des martyrs de la religion chī‘ite.


Le néo-classicisme

Au xviiie s., la littérature persane passa par une des périodes les plus obscures et les plus stériles de son histoire. Il est permis de penser que les excès dans lesquels étaient tombés les représentants du style indien appelaient une rupture, un renouveau nécessitant un laps de temps pour se déclarer. En outre, le climat n’était pas propice à la réflexion et à l’écriture : invasion afghane, répression de Nādir Chāh, suite de guerres, de massacres, de cruautés. C’est dans le Fārs apaisé que s’opéra un renouveau à la fin du xviiie s. Le désir des poètes fut alors de revenir au passé et de retrouver l’harmonie de la tradition. Ils furent encouragés par les souverains de la dynastie Qādjār, qui s’empressèrent de s’entourer de poètes. Outre Chirāz, Téhéran, devenu la capitale, fut un centre important de la vie culturelle, avec Sahāb († 1807), Sabā († 1822), Nechāt († 1828), Forurhi (1798-1857) et Qa’āni (1807-1853), qui fut le panégyriste de la cour de Nāṣir al-Dīn Chāh.


La révolution « constitutionnelle »

À la fin du xixe s., l’essai de modernisation de la Perse par des réformes, la création d’une Ecole polytechnique (Dār of fonun), la diffusion de la culture occidentale et des idées démocratiques grâce à la presse naissante ouvrirent la voie à une évolution prodigieuse de la littérature persane. Celle-ci se produisit en même temps que la révolution de 1906 et la promulgation d’une monarchie constitutionnelle. La plupart des écrivains de l’époque participèrent à la diffusion des idées nouvelles et brisèrent la tradition en empruntant à la vie politique et quotidienne l’essentiel de leurs thèmes. C’est le cas d’Amiri (Abid ol mamālek, v. 1860-1917), d’Iradj (1874-1926). Aref (v. 1880-1934) utilisa la ballade (tasnif) et le ghazal pour exprimer des idées républicaines. Echqi (1893-1924), auteur d’un opéra, la Résurrection, introduisit une nouvelle technique de rime dans son poème Idéal. Il fut assassiné pour ses idées politiques. Retenons encore la poétesse Parvin E‘tesāmi (v. 1906-1941) et Mirzā Taqi Bahār (1886-1951), animateur d’une société littéraire, fondateur du journal Printemps nouveau, auteur d’une importante étude sur la stylistique persane et éditeur de nombreux textes classiques. Il faut aussi mentionner le poète Nimā Yuchidj (1897-1959), qui fut un rénovateur, non seulement des thèmes mais surtout en ce qui concerne la forme. Son influence fut importante sur la génération qui le suivit, et il apparaît aujourd’hui comme le père de la poésie nouvelle.

B. H.

 E. G. Browne, A Literary History of Persia (Cambridge, 1902-1924 ; 4 vol. ; rééd. 1970). / H. Massé, Anthologie persane, xie-xixe siècle (Payot, 1948). / A. J. Arberry, Classical Persian Literature (Londres, 1958). / A. Pagliaro et A. Bausani, Storia della letteratura persiana (Milan, 1960). / J. Rypka, History of Iranian Literature (trad. du tchèque, Dordrecht, 1968). / H. Corbin, En Islam iranien, aspects spirituels et philosophiques (Gallimard, 1971 ; 2 vol.).


Art et archéologie de l’Iran ancien

Les textes n’apparaissent en Iran qu’à partir de l’époque achéménide (milieu du vie s. av. J.-C.), si l’on excepte l’utilisation éphémère de l’écriture protoélamite attestée à Suse C et à Sialk (ou Siyalk) IV v. 3000 av. J.-C., toujours indéchiffrée. La connaissance de révolution antique du pays repose, par conséquent, sur la recherche archéologique, seul moyen d’investigation. Si les voyageurs et les érudits s’intéressèrent aux ruines de Persépolis* dès la fin du xviiie s., si la grande inscription trilingue de Béhistoun fut étudiée à partir de 1835 par H. C. Rawlinson, la fouille proprement dite ne fut guère pratiquée avant le début des recherches françaises à Suse en 1884 (Marcel Dieulafoy, puis Jacques de Morgan). À partir des années 30, les méthodes employées furent plus satisfaisantes, et de grandes missions commencèrent à explorer des sites dispersés dans diverses régions du pays, plateau central, chaîne du Zagros, plaine de Suse. Mais les résultats qu’offre la recherche archéologique — si intéressants soient-ils — ne forment pas une trame continue : chaque exploration résout moins de problèmes qu’elle n’en pose, et l’archéologie iranienne en est au stade de la monographie plus que de la synthèse.


Les origines

Des recherches américaines récentes permettent d’offrir un tableau des premiers pas de la domestication animale et végétale sur le territoire iranien. Il est maintenant certain que les premiers villages existèrent, dans la chaîne du Zagros, dès la fin du VIIIe millénaire. Dans la plaine du Khuzestān, les plus anciens habitants expérimentaient des techniques de culture et d’emmagasinement pour subvenir à leur alimentation : l’élevage de la chèvre et, dans une plus faible mesure, du mouton, la culture de l’orge et du blé amidonnier y sont attestés. L’outillage est entièrement lithique, la céramique est encore inconnue. La poterie apparaît pour la première fois dans le Kurdistān iranien (Tepe Guran) dans la seconde moitié du VIIe millénaire, et un peu plus tard (v. 6000 av. J.-C.) dans le Khuzestān. Dans cette dernière région, les maisons de la période sont construites sur fondations, chèvre et mouton sont tout à fait domestiqués. Des figurines d’argile, peu cuites, étaient modelées depuis fort longtemps. Sans doute faut-il placer aux environs de 6000 av. J.-C. la « Vénus » et le sanglier de Tepe Sarab, près de Kermānchāh. À la fin du VIe millénaire, les habitants de la plaine du Khuzestān commencent à utiliser les techniques d’irrigation et domestiquent les premiers bovidés.