Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Iran (suite)

La vie urbaine

Dans ce vieux pays de vie sédentaire, la vie urbaine a été ancienne et florissante. Mais, comme dans la vie rurale, les régressions et les bouleversements du peuplement se sont traduits par une grande instabilité. Un premier foyer de vie urbaine se situe le long du rebord nord-oriental du Zagros, au contact du plateau iranien, de Hamadhān à Kermān par Ispahan et Yezd. Un autre alignement jalonne la grande route qui longe le piémont sud de l’Elbourz, de l’Azerbaïdjan au Khorāsān (Qazvin, Téhéran, Semnān, etc.), reliant Tabriz à Mechhed. Un autre groupe urbain important est constitué par les villes et les ports de la Mésopotamie iranienne, au sud-ouest du Zagros. Ces divers foyers ont eu un dynamisme éminemment variable en fonction des conjonctures politique et économique. Le rebord nord-est du Zagros, de par sa situation centrale, aurait semblé devoir être par excellence le lieu des capitales de l’Iran. En fait, la fonction de capitale n’a jamais pu s’y affirmer de façon stable. Les tendances centrifuges l’emportèrent presque toujours. Celles du Sud ont été les plus faibles, bien que le Fārs ait été le berceau de la puissance achéménide et qu’il ait donné à l’Iran sa langue commune (fārsi) et son second nom (Perse). C’est seulement la conjoncture économique nouvelle liée à l’exploitation pétrolière qui explique à l’époque contemporaine le grand développement des villes du Khuzestān. En fait, le pouvoir politique a toujours eu tendance à se fixer dans la frange septentrionale du plateau et au pied méridional de l’Elbourz. L’origine mongole et turque des dynasties a certainement été le facteur essentiel de ce qui est la manifestation d’une tendance permanente de la vie iranienne depuis le Moyen Âge, aboutissant à placer dans ces régions septentrionales les capitales successives d’États sous influence nomade qui recherchaient le voisinage des tribus qui les soutenaient.

Vicissitudes historiques et transformations de civilisations expliquent aussi la physionomie composite des cités. On peut y distinguer d’abord des éléments anciens, spécifiques de la culture iranienne. Ce sont au premier rang les sites. Dans la ligne de ceux des vieux villages sédentaires, la ville iranienne est strictement liée aux ressources en eau, le long des cours d’eau, ou plus fréquemment sur les glacis en pente douce des piémonts, alimentés par qanāt, où les eaux, une fois venues au jour, s’écoulent par simple gravité dans des canaux (djub) qui sont un aspect du paysage de la rue iranienne traditionnelle. La maison urbaine est de même un élément intrinsèque de la vieille civilisation iranienne du plateau, avec son plan à logis principal au fond d’une cour sur laquelle il s’ouvre par une galerie à colonnes, qui semble bien dériver de la cellule élémentaire des villages quadrangulaires à muraille habitable et qui est, en tout cas, très antérieur à l’islām, ne faisant aucune concession à la séparation des sexes, laquelle ne peut être assurée que par la séparation de deux bâtiments. Un souterrain partiel (zir zamin) amortit les variations de température, très pénibles sous ce climat continental. Le jardin, géométriquement dessiné, à plan en croix, disposé devant le logis, adapté à l’écoulement des eaux d’irrigation, est également un élément primitif, qui faisait déjà l’admiration des Grecs.

L’influence islamique a néanmoins été très profonde et reste partout apparente, aussi bien dans le désordre inorganique du détail du plan que dans la charpente d’ensemble, qui s’ordonne suivant la juxtaposition classique de la Grande Mosquée, du quartier royal (arg), du bāzār, des quartiers de résidence. Cette structure domine encore toute la partie ancienne des cités, où les tentatives d’urbanisme dirigé (Ispahan, Chirāz, Mechhed) étaient restées exceptionnelles jusqu’à l’époque contemporaine. Mais, depuis l’époque pahlavie, ces villes ont été considérablement modernisées par des transformations accélérées. De vastes percées à travers le désordre des anciens quartiers ont rénové leur plan, tandis que de nouveaux quartiers modernes à plan géométrique- s’y juxtaposaient. De nouveaux quartiers d’affaires s’y développent, qui supplantent peu à peu les anciens bazars. De nouveaux types de maisons, de plan européen et où la brique cuite a remplacé la brique crue, s’alignent le long de ces rues nouvelles. La population urbaine, parallèlement, s’accroît aujourd’hui rapidement (39 p. 100 de la population dans les villes de plus de 5 000 hab. en 1966, contre 31 p. 100 en 1956). À la ségrégation des minorités religieuses et ethniques (Juifs, zoroastriens, Arméniens), qui caractérisait les villes traditionnelles, se substitue de plus en plus une ségrégation sociale, les classes aisées occupant les quartiers modernes.


Économie et développement

Cette croissance urbaine exprime le début de décollage économique du pays. Certes, la fragilité du développement est encore soulignée par l’insuffisance de l’infrastructure. Les intérêts divergents de la Russie et de l’Angleterre à la fin du xixe s. ont longtemps paralysé la construction du réseau ferré. Les premières amorces de chemins de fer furent des raccordements aux réseaux étrangers au début du xxe s. (voie de Djolfa à Tabriz, à l’écartement russe ; voie de 80 km reliant Zāhedān, dans le Baloutchistan, aux chemins de fer de l’Inde), sans prolongement intérieur. Il a fallu, ici encore, attendre l’époque pahlavie pour que se constitue un réseau national, conçu en fonction des seuls intérêts de l’Iran et assurant un débouché autonome au commerce extérieur, avec le Transiranien, construit entre 1927 et 1938 du fond du golfe Persique (Khorramchar [ou Khurramchāhr] et Abadan) à la Caspienne (Bandar Chāh). Sur lui se sont peu à peu greffées des transversales, de Téhéran vers Tabriz et vers Mechhed, ou de Qom le long du rebord interne du Zagros vers Yezd. Mais le Transiranien reste une voie très difficile, qui comporte de très nombreux ouvrages d’art et dont le débit reste très insuffisant.

Les ports du golfe Persique, principales voies d’accès du pays (Khorramchar et Bandar Chāhpur, les deux têtes du Transiranien), assurent les quatre cinquièmes du trafic à l’exception du pétrole. Ils sont constamment engorgés.