Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Iran (suite)

La période afghane ne dura pas ; le fils du chāh déchu parvint, avec l’aide de Nādir (1688-1747), un obscur guerrier du Khorāsān qui se nommait lui-même « Fils de l’épée », à réinstaurer l’ancienne dynastie. Mais bientôt Nādir détrôna son prince et, en peu de temps, forma un puissant empire. Nādir Chāh (roi de 1736 à 1747) battit les Ottomans et obligea les Russes, qui devenaient de plus en plus entreprenants, à se retirer. Il se lança ensuite à la conquête de l’Inde des Moghols. Son entreprise fut couronnée de succès et, en 1739, il occupa Delhi et revint en Iran avec d’immenses trésors. Mais la puissance militaire du « dernier grand conquérant asiatique » cachait une grande faiblesse économique et technique et un manque total de prévoyance administrative. D’ailleurs, l’empire ne survécut pas à Nādir Chāh, qui, devenu mentalement déséquilibré, fut assassiné en 1747. Seul le Khorāsān échut à son petit-fils ; le reste de l’Iran tomba au bout de dix ans de luttes intestines et de chaos entre les mains d’un de ses généraux nommé Karīm Khān, qui se proclama vakil (wākil) [régent]. Modeste et éclairé, Karīm Khān, fondateur de la dynastie des Zend (1750-1794), réorganisa le royaume et développa l’agriculture et le commerce. Il protégea les artistes et s’employa à embellir sa capitale, Chirāz.

À sa mort, en 1779, le pays sombra une fois de plus dans l’anarchie. Son fils ne put rien contre la ruse et les capacités de l’eunuque Ārhā Muḥammad Chāh, Qādjār qui, en 1797, était parvenu à réunifier la Perse.

C. A.


L’Iran contemporain


Jusqu’à la Première Guerre mondiale

L’histoire de l’Iran contemporain commence avec l’avènement de la dynastie des Qādjārs, tribu turco-mongole iranisée. À l’époque de Chāh ‘Abbās, les Qādjārs, pour des motifs politiques, avaient été divisés et implantés à Merv, Erevan et Astarābād (dans cette dernière région, la tribu s’était partagée en deux branches : Aşağī Bach et Yukarī Bach).

Avec Fatḥ Alī Khān (1685-1726), membre des Aşağī Bach et valeureux chef militaire du dernier roi séfévide, la tribu, après les événements afghans et jusqu’au couronnement de Ārhā Muḥammad Chāh en 1796, s’engagea dans les luttes monarchiques, s’opposant en particulier aux prétendants afchārs et zends.

Ārhā Muḥammad Chāh, premier roi Qādjār, réussit, en s’appuyant sur le militarisme tribal, à unifier le pays. Les deux guerres successives qu’il mena contre Héraclius II, roi de Géorgie, aboutirent à la prise de Tiflis (1795), mais, lors du second conflit, il fut assassiné sur un complot de ses propres forces (1797).

Son neveu Bābā Khān lui succéda sous le nom de Fatḥ ‘Alī Chāh (1797-1834). Avec lui, l’Iran accéda officiellement au rang d’État : l’administration resta fondée sur les principes traditionnels des Séfévides, avec quelques apports ottomans ; la capitale, Téhéran, abrita une cour de type oriental classique. Durant cette période, l’Iran servit d’enjeu aux rivalités entre puissances étrangères, Russie et Angleterre surtout, et dut, pour maintenir l’équilibre entre celles-ci, leur octroyer concessions et privilèges. Deux guerres irano-russes, terminées par les traités de Gulistān (1813) et de Turkmāntchāy (1828), dépossédèrent l’Iran de régions essentielles au nord et imposèrent au pays la pratique de « la nation la plus favorisée » et des « capitulations » (exigées ensuite par les autres pays). Le sud du pays fut livré aux convoitises anglaises.

La signature du traité franco-iranien de 1807 marqua une pause dans ce processus de mainmise russe et anglaise : par cet accord, la France promettait une aide militaire contre les Russes et s’engageait à aider à la modernisation de l’armée iranienne. Mais les accords franco-russes de Tilsit (1807) mirent presque aussitôt un terme à cette coopération ; le sort de l’Iran, qui se trouvait par ailleurs en conflit avec les Ottomans, s’aggrava. Cependant, les visées expansionnistes étrangères réveillèrent les forces populaires patriotes, en particulier dans les centres chī‘ites.

Fatḥ ‘Alī Chāh mourut en 1834. Son petit-fils lui succéda, avec l’accord des Anglais et des Russes, sous le nom de Muḥammad Chāh (de 1834 à 1848). Son grand vizir pacifia le pays et jeta les bases de l’Iran indépendant ; mais l’assassinat de ce dernier permit aux Russes dans le Nord et aux Anglais dans la région de Harāt et dans le golfe Persique d’étendre leur influence. Les révoltes des ismaéliens et des babistes ainsi que les soulèvements locaux ébranlèrent encore un peu plus le pays. Dès cette époque, le déclin socio-politique de l’Iran entra dans une phase d’accélération particulièrement marquée à la fin du xixe s.

À la mort du roi, son fils Nāṣir al-Dīn Chāh (de 1848 à 1896), âgé de dix-sept ans, monta sur le trône. Son grand vizir Mīrzā Taqī Khān œuvra pour l’indépendance du pays et en entreprit la modernisation adaptée ; mais, comme son prédécesseur, il fut assassiné à la suite d’un complot. Après lui, Harāt et certaines régions du golfe Persique et du Nord furent détachées de l’Iran, tandis que le roi octroyait aux étrangers d’importantes concessions : mines et redevances douanières à l’Impérial Bank of Persia (créée en 1899 par le financier anglais Reuter) ; concession du tabac ; voies ferrées à la Banque d’emprunts russe ; pétrole à l’Anglais William Knox d’Arcy. Ces mesures provoquèrent une violente réaction populaire qui, sous la conduite du clergé chī‘ite, prit la forme d’un mouvement national, les apports techniques, favorisant en fait la pénétration étrangère, ne suffisant pas à apaiser l’opposition.

Muẓaffar al-Dīn Chāh (de 1896 à 1907) succéda à son père, Nāṣir al-Dīn Chāh, assassiné en 1896, et pratiqua lui aussi une politique favorable à la pénétration étrangère. La double domination russo-anglaise et l’arbitraire du pouvoir royal provoquèrent une réaction des milieux commerciaux (le bāzār), religieux et intellectuels au sens moderne. Le 5 août 1906, un nouveau régime constitutionnel était institué, suivi de peu par la mort du roi.