Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Iran (suite)

Ce déboisement illustre l’ancienneté et l’intensité de l’occupation humaine sur le plateau. Mais les étapes en ont été complexes. Il y avait encore des forêts épaisses dans le Zagros à l’époque achéménide, et l’interdiction, édictée par la religion zoroastrienne sous peine de mort, de jeter dans le feu les déjections séchées du bétail indique un état du tapis végétal bien différent de la situation actuelle, où elles constituent le combustible rural essentiel sur tout le plateau. La phase principale de déboisement se place à l’époque sassanide, période de prospérité et de forte croissance paysanne où la pression sur l’environnement a certainement été considérable. Le mouvement s’est ralenti lors des invasions nomades turco-mongoles, qui ont diminué la densité de la population et l’intensité de l’utilisation du sol. Il a repris activement pendant la période contemporaine, en liaison avec la pression démographique actuelle. La forêt caspienne a été partiellement préservée par l’humidité de la région, mais aussi par son éloignement relatif des principaux centres urbains établis sur le plateau intérieur, et n’a été guère atteinte par le charbonnage que depuis le début de ce siècle.

X. P.


L’histoire de l’Iran


L’Iran ancien

« Iran » vient d’Ārya (en français « Aryens »), nom que se donnaient les populations à langues indo-européennes qui vinrent occuper, vers le début de Ier millénaire, l’Inde septentrionale et l’Iran.


Le cadre naturel et l’homme préhistorique

Pour les spécialistes de l’Antiquité, comme pour les géographes, l’Iran est une vaste région (2 800 000 km2) qui déborde un peu au-delà des actuels États d’Iran et d’Afghānistān. Ce bloc de montagnes et de plateaux, qui encadrent des dépressions fermées, est peu ouvert aux influences climatiques venues des mers.

Sans doute pour cette raison, on n’a, jusqu’à présent, trouvé trace des premiers habitants de l’Iran que sur sa périphérie : dans les profondes vallées du Zagros, à l’ouest, sur la plaine littorale de la mer Caspienne, au nord, dans le piémont qui touche à la cuvette du Turkestan soviétique, au nord-est. L’homme vécut là, au moins depuis l’Acheuléen (il y a plus de 80 000 ans), sous un climat plus chaud et plus humide que l’actuel. Il y subit ensuite les rigueurs de la dernière période glaciaire (à partir de 75 000 av. J.-C.), auxquelles s’ajoute après 30 000 un lent dessèchement. L’aridité s’accentua lorsque la température commença à remonter (XIIe millénaire), et les difficultés qu’elle occasionna aux humains expliquent peut-être l’essor en Asie occidentale du Mésolithique (période de transition entre l’époque de la chasse et celle de l’agriculture), attesté en Iran depuis le XIe millénaire. Dans les mêmes régions que les chasseurs des âges précédents, les groupes de collecteurs trouvèrent des orges et des blés à l’état sauvage et entamèrent la domestication des animaux. Il n’est donc pas facile à l’archéologie de distinguer ces hommes du Mésolothique — qui ont des habitats permanents et font déjà des essais de poterie — des premières populations du Néolithique vrai (à partir du VIIe millénaire), dont les communautés vivent surtout des cultures et de l’élevage.


La colonisation de l’Iran et ses rapports avec l’extérieur (VIe-IVe millénaire)

À cette époque, le pays bénéficie de l’optimum climatique, qui y relève la température et surtout les précipitations. L’irrigation fait des progrès, et les agriculteurs abordent de nouvelles régions : la haute plaine de Chirāz (le futur pays perse) et les dépressions intérieures qui ont encore des lacs (le Centre, entre Téhéran et Kāchān, et l’Azerbaïdjan). Ils colonisent ensuite dans la partie orientale du bloc iranien les districts humides : dans la région de Kermān — au sud-est du royaume actuel d’Iran —, dans le Sistān, au contact des deux États.

À l’est, les habitants de l’Iran ne rencontrent que les modestes villages du Baloutchistan, zone haute et sèche qui domine la vallée de l’Indus, que l’homme n’a pas encore aménagée. À l’ouest de l’Iran, au contraire, les plaines de Mésopotamie constituent, grâce à leurs fleuves, un riche pays agricole, déjà fortement peuplé, dont les styles de céramique influencent, à partir du VIe millénaire, ceux de l’Iran, où la civilisation progresse moins vite du fait de l’éparpillement de la population en oasis ou en minuscules districts de culture sèche.

Mais le bloc iranien possède dans son sous-sol des richesses, dont la première exploitée est de métal rouge. Dès le VIIe millénaire, on fabrique, dans la région du Zagros, des parures et de l’outillage en martelant du cuivre natif. Puis, un peu avant 4 000, les habitants de la Mésopotamie* et de l’Iran commencent à mouler ce métal, procédé qui a dû être inventé dans un des nombreux gisements de l’Iran où l’on extrait maintenant le cuivre du minerai et dont la production est en partie exportée vers le pays des Deux-Fleuves, qui ne possède aucune mine.

Au IVe millénaire, le progrès général de l’économie au Proche-Orient amène la formation d’une hiérarchie sociale dont les éléments dirigeants recherchent les minéraux rares pour se parer. Ainsi, l’or, la cornaline, la turquoise (des environs de Nichāpur, au nord-est du royaume d’Iran), le lapis-lazuli (du Badakhchan, au nord-est de l’Afghānistān) provenant de l’Asie centrale, de l’Inde ou de l’ensemble iranien sont transportés sur les pistes de l’Iran en direction de la Mésopotamie, dont les agglomérations redistribuent ces matières précieuses dans le reste du Proche-Orient.

Ce rôle directeur du commerce est d’abord exercé par les lieux saints de haute Mésopotamie, comme Tepe Gawra, au nord de Ninive. Mais la basse Mésopotamie, seule à pratiquer la grande irrigation en Asie, dépasse bientôt sur le plan économique le nord du pays des Deux-Fleuves, et, vers le milieu du IVe millénaire, au moment où les grosses agglomérations du Sud achèvent de se transformer en villes, la fonction d’étape principale au débouché de l’Iran passe à Suse, centre d’un riche bassin agricole qui prolonge la basse Mésopotamie jusqu’au pied des montagnes iraniennes.