Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

intestin (suite)

Motricité

L’intestin grêle n’est pas un tube inerte. Il est doué d’un important mouvement dont il convient de distinguer plusieurs degrés.

• Lorsqu’on suspend un segment d’intestin dans un bocal contenant un liquide nutritif, on observe des mouvements pendulaires, sous forme de balancements lents autour de l’axe vertical. Leur rôle physiologique est incertain.

• La contraction localisée des fibres musculaires circulaires entraîne des mouvements de segmentation. De petites poches intestinales sont ainsi rythmiquement formées entre deux zones de contraction. La pression y est accrue, et le brassage continu qu’elles assurent contribue à la fragmentation des éléments du bol alimentaire, favorise le mélange des aliments et des sucs digestifs ainsi que les échanges nutritifs au niveau de la muqueuse.

• Plus importants encore sont les mouvements péristaltiques, qui permettent la progression du bol alimentaire. Ils sont déterminés par une contraction des fibres circulaires sur un court segment, cependant qu’en aval les fibres circulaires se relâchent, permettant une dilatation du tube, et que les fibres longitudinales se contractent, attirant le segment vide au-devant de la portion contenant le bol alimentaire. Ces mouvements péristaltiques sont rares chez le sujet à jeun. Toutefois, l’hypoglycémie (baisse du glucose sanguin), par le biais d’une stimulation parasympathique, accroît le péristaltisme, qui accompagne alors la sensation de faim. L’alimentation déclenche le péristaltisme, de même que la dilatation artificielle (ballonnet) d’un segment d’intestin grêle. Le péristaltisme est plus fréquent et plus vigoureux au niveau du jéjunum proximal. Il s’atténue au niveau de l’iléon. À certains moments, ces mouvements péristaltiques localisés et de progression modérée sont remplacés par de vigoureux « rush » péristaltiques qui parcourent une grande partie, voire la totalité du grêle en quelques minutes. Certaines substances favorisent le péristaltisme : ce sont les parasympathomimétiques ainsi que la caféine et la nicotine, et aussi les boissons glacées. D’autres l’inhibent : les parasympatholytiques (Belladone et dérivés). La morphine accroît surtout la puissance du péristaltisme jéjunal. Mais les extraits d’opium à forte dose ralentissent le transit et entraînent une constipation. L’étude du péristaltisme a beaucoup bénéficié de la radiocinématographie et des mesures électromanométriques.

Les mouvements péristaltiques obéissent à la loi de Bayliss et Starling, qui suppose une polarité de la progression intestinale de l’estomac vers le côlon. Effectivement, quand on inverse chirurgicalement un segment intestinal chez l’animal, on détermine une occlusion. Il y a en fait quelques exceptions à cette loi. Au niveau du duodénum et à un moindre degré au niveau de l’iléon, il existe des ondes antipéristaltiques qui entraînent un violent brassage des aliments, favorisant ainsi les contacts enzymatiques. Ceux-ci sont encore favorisés par une motricité d’appoint très particulière : ce sont les mouvements propres des villosités, qui ont deux effets bénéfiques : accroître le brassage du liquide intestinal et aussi stimuler la circulation sanguine et lymphatique dans l’axe conjonctif de chaque villosité.


Les fonctions de digestion

Elles assurent la nutrition de l’individu et revêtent donc une importance de tout premier plan.

Le travail de l’intestin grêle est considérable. Il est fait d’échanges biochimiques incessants, de mécanismes variés. Telles substances bénéficient d’une absorption passive. D’autres nécessitent un transfert actif et consomment de l’énergie, ce qui explique que la digestion s’accompagne d’une dépense de calories.

Enfin, le grêle ne se contente pas de puiser les substances nutritives dans sa lumière pour les faire passer dans la circulation. Il a aussi un travail ininterrompu d’excrétion dans le tube digestif de solutions qu’il réabsorbe un peu plus bas, ces phénomènes permettant notamment une régulation de l’absorption de l’eau et des électrolytes. En outre, l’intestin grêle absorbe non seulement les ingesta alimentaires quotidiens, mais aussi la plus grande partie des sécrétions des organes digestifs : salive, sécrétions gastrique, biliaire, pancréatique. Cela fait au total plusieurs litres, qui s’ajoutent aux nombreux litres qu’apporte l’alimentation. De tout cela il ne restera, à l’arrivée dans le côlon, que 500 à 800 cm3 par jour environ, épurés de la majeure partie des éléments nutritifs.

S’il est relativement aisé d’étudier la sécrétion de l’estomac, du pancréas ou du foie, ces deux derniers, notamment, se drainant par un canal collecteur, il est infiniment plus complexe de se faire une idée exacte de la sécrétion intestinale, car celle-ci se réalise sur toute la longueur du tube digestif, et, ainsi que nous l’avons vu, tel segment du grêle réabsorbe la sécrétion de tel segment sus-jacent. C’est la raison pour laquelle cette fonction intestinale reste encore pleine d’inconnues. En outre, la sécrétion intestinale a des aspects multiples. Les glandes intestinales déversent dans le tube digestif quelques sécrétions, et notamment du mucus. Une grande partie du suc intestinal est en réalité formée de cellules intestinales desquamées tombées dans la lumière, porteuses de leur équipement enzymatique, qui peut agir par contact. Enfin, une grande partie du travail de digestion se fait dans la muqueuse même au moment de l’absorption, la cellule menant simultanément de front la fin des processus de digestion et les mécanismes de l’absorption. Cette intrication permanente de la digestion — en tant que procédés de dégradation des aliments complexes en nutriments simples — et de l’absorption — en tant que mécanisme de transfert de ces nutriments assimilables dans la circulation sanguine ou lymphatique — rend compte de la particulière difficulté d’étude de la fonction digestive intestinale. En résumé, nous dirons que l’intestin grêle achève la digestion commencée par la salive, l’estomac, et Faction conjointe de la bile et du suc pancréatique, et qu’il absorbe les nutriments simples mis ainsi à sa portée. Précisons immédiatement que l’intestin grêle travaille, en temps normal, très au-dessous de ses possibilités d’absorption, qui sont considérables.