Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

instruments de musique (suite)

Parmi les instruments à vent, les flûtes* sont de beaucoup les plus anciens ; certaines datent de l’époque paléolithique ; leur aire de diffusion est très étendue. Au niveau du Néolithique, l’on trouve des flûtes simples et traversières, percées de trous de jeu. Elles étaient utilisées dans toutes les civilisations de l’Antiquité ; elles le sont aujourd’hui à la fois dans la musique populaire et dans la musique savante. Il est curieux de constater que les flûtes à conduit ou à bloc, d’une construction plus compliquée, semblent avoir précédé les flûtes simples, dont l’embouchure est formée par l’ouverture supérieure du tuyau ; celles-ci n’ont jamais été très nombreuses, sauf sous la forme polycalame (flûte de Pan), sans doute à cause de la difficulté de jeu. Il existe des flûtes d’os, d’ivoire, de bois, de métal, de verre, de terre cuite, de porcelaine, etc., de tous matériaux dans lesquels une arête affilée peut être taillée. Les flûtes à bec et traversières ont coexisté en Europe depuis le haut Moyen Âge ; elles ont, au cours des siècles, subi des transformations de perce, de construction interne et externe ; à la traversière ont été apportés des perfectionnements mécaniques (Böhm) qui en ont fait la flûte d’aujourd’hui.

Les instruments à anche sont de deux sortes : à anche battante simple ou double. Les premiers, à anche simple, communément appelés clarinettes* (terme utilisé en ethnomusicologie, alors que, pour les historiens de la musique savante, la clarinette proprement dite n’apparaît qu’à la fin du xviie s.), sont souvent formés de deux tuyaux juxtaposés. Dans l’ancienne Égypte et dans le monde arabe contemporain, les doubles clarinettes sont très répandues ; il en est de deux modèles, l’un à deux tuyaux égaux (zummāra), l’autre avec un long bourdon (arghūl). Il semble que la clarinette du xviiie s., d’où découle notre instrument moderne, n’ait pas eu pour modèle la clarinette à deux tuyaux. La plupart des cornemuses appartiennent, par leurs chalumeaux, à la famille des instruments à anche double ; tandis que tous les bourdons sont à anche simple, sauf dans le cas de la zampogna italienne.

Les instruments à anche double du type hautbois* ont sans doute existé en Mésopotamie deux mille ans avant J.-C. et à Babylone ; il est certain que des paires de hautbois faisaient partie de la musique de plein air au temps du Nouveau Royaume d’Égypte, puis en Grèce et à Rome ; on jouait de ces instruments en Chine et au Japon, en Asie centrale et dans tout le monde islamique, Afrique comprise. C’est un des rares instruments qui appartiennent à la musique populaire et à la musique savante. Dans l’Europe médiévale, on le désigne sous le nom de chalemies (il en existe toute une famille, à laquelle se joignent les sacqueboutes, ou trombones, pour les exécutions en plein air), et sa construction ne variera guère à la Renaissance ; il faut attendre la seconde moitié du xviie s. pour que le groupe des facteurs et instrumentistes de la famille Hotteterre apporte au hautbois des modifications qui feront d’un instrument de la Grande Écurie un instrument à la sonorité plus raffinée, qui jouera un rôle important dans la musique de chambre et d’opéra.

Les instruments à anche libre, comme les orgues à bouche, sont originaires d’Extrême-Orient. On raconte que l’un de ceux-ci fut emporté de Chine en Occident et qu’un Danois conseilla d’utiliser ce type d’anche comme jeu d’orgue. L’harmonium, l’accordéon, l’harmonica procèdent de lui.

Les trompes et trompettes*, instruments dans lesquels l’air est mis en vibration par la pression des lèvres, apparaissent très tôt dans l’histoire de l’humanité. Les conques, les trompettes faites de coquillages appartiennent à la préhistoire. Les Sumériens connaissaient les trompes, et l’Égypte en possédait un grand nombre ; vers 1400 av. J.-C., un roi reçut en présent, dit-on, quarante trompes en or incrustées de pierreries. Le lur de l’âge de bronze trouvé au Danemark est certainement un des premiers types de trompes européennes, antérieur aux célèbres trompettes militaires romaines. C’est au monde islamique du Proche-Orient que l’Europe a emprunté les trompettes ; remarquons que, dans les deux continents, seuls les nobles avaient le droit d’entretenir des joueurs de ces instruments. Leurs dimensions ont varié, les formes (trompettes en S) aussi. La sacqueboute, caractérisée par la possibilité de raccourcir et d’allonger le tube sonore, naît au Moyen Âge ; elle deviendra, avec une perce élargie, le trombone de nos orchestres.

Les tambours apparaissent au temps de la préhistoire ; nous en connaissons aujourd’hui des modèles innombrables, que nous retrouvons dans presque toutes les sociétés. Ils sont souvent utilisés à des fins religieuses, mais accompagnent aussi des danses et des chants ; ils jouent enfin avec d’autres instruments. Ils ont un rôle important dans les musiques militaires. Les timbales, comme les trompettes, sont au Moyen Âge le privilège de la noblesse, et les instrumentistes font partie d’une même guilde. Les timbales, d’origine arabe, connues sous le nom de nacaires (naqqāra), pénètrent en France sans doute grâce aux croisés ; elles s’implanteront, se développeront, acquerront au xixe et au xxe s. des perfectionnements mécaniques qui en font un instrument dont le rôle dans l’orchestre ne fera que s’intensifier.

D’autres instruments à percussion*, remontant à la haute Antiquité, sont encore en usage aujourd’hui : xylophones, cymbales, tambours à fente, gongs et castagnettes. De plus, la musique contemporaine fait appel à ces percussions et à d’autres pour ajouter des timbres rares à l’orchestre actuel.

L’organologie, ou science des instruments, est une discipline qui attire tout particulièrement le public d’aujourd’hui. De savants musicologues se sont intéressés à l’histoire des instruments (notamment Curt Sachs, Hornbostel, Jaap Kunst, Marius Schneider, Claudie Marcel-Dubois, Gilbert Rouget, André Schaeffner, A. P. de Mirimonde, E. Winternitz). L’organologie s’appuie désormais sur l’étude des traités, sur des sources iconographiques et sonores de plus en plus riches (disques et films), et elle a recours également aux techniques modernes de la macrophotographie et du sonagramme.

G. T. et J. J.