Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

inflation (suite)

Ces deux conditions semblaient indispensables à une propagation de l’inflation jusqu’à une période très récente. On a vu en réalité apparaître depuis 1968 ce que l’on appelle la « stagflation », c’est-à-dire une inflation avec stagnation des affaires. Cette situation est souvent la conséquence de la mise en place de politiques mal adaptées à la lutte contre l’inflation, qui cassent l’expansion sans pour autant arrêter la hausse des prix.

Une troisième condition semble nécessaire pour que se développe un climat inflationniste : c’est que l’effet de rétroaction ait effectivement lieu, c’est-à-dire qu’aucune autorité n’essaye d’enrayer le processus (par le blocage des prix notamment).


Conséquences de l’inflation

À partir d’un certain taux de hausse de prix, l’inflation modifie sensiblement les équilibres économiques.

• La première conséquence est le renchérissement des prix des biens et services nationaux par rapport aux biens et services susceptibles d’être importés, ce qui entraîne peu à peu une consommation de biens étrangers se substituant à la consommation des biens nationaux, tandis que, sur les marchés étrangers, la compétitivité des biens et services du pays inflationniste diminue. On assiste à un processus de détérioration de la balance des paiements, détérioration qui ne peut être corrigée que par une dévaluation* si des mesures de blocage de la hausse intérieure ne sont pas prises.

• La deuxième conséquence, interne celle-là, est que les détenteurs de capitaux, considérant que le pouvoir d’achat de la monnaie n’est plus sauvegardé, augmentent les conditions de leurs prêts, marquant un renchérissement, au moins nominal, du crédit*. Parallèlement, les chefs d’entreprise, pour faire face aux charges nouvelles (augmentation des salaires, des matières premières), peuvent réviser à la baisse leurs plans d’investissements. Ce sous-investissement peut être, à moyen terme, une cause d’inflation supplémentaire, par renchérissement des coûts.

• Une troisième conséquence est l’appauvrissement radical des couches sociales ayant des revenus fixes (détenteurs de retraites, de rentes, de pensions, déposants en banque), revenus qui ne suivent aucunement les fluctuations des prix. C’est l’aspect le plus dramatiquement injuste, parce qu’inégalitaire, de l’inflation.


Les causes de l’inflation

• La cause fondamentale est le déséquilibre, global ou sectoriel, entre la demande el l’offre* de biens et de services. Si le secteur des biens et services sur lequel porte le déséquilibre est suffisamment important, les hausses de prix qui en résultent se propagent : les syndicats suivent, en effet, les évolutions de salaires dans les différentes professions, et, par ailleurs, les autres secteurs, consommateurs des produits du secteur dominant, voient le coût de leurs facteurs de production augmenter.

• Une des causes de propagation de l’inflation, la plus invoquée actuellement, réside dans les mouvements internationaux de capitaux. Les capitaux fuient les pays à taux d’inflation élevé pour chercher refuge dans des pays où l’érosion monétaire est faible et les perspectives économiques jugées intéressantes. Cette entrée de devises dans le pays d’accueil va s’y traduire par une augmentation de la masse monétaire en circulation. Ce supplément va s’investir, à la Bourse, dans l’immobilier, ou se placera à vue. Les liquidités augmenteront et, donc, les possibilités de crédit, qui déclencheront à leur tour des achats et des investissements. C’est l’inflation exportée par un pays où la monnaie se détériore vers un autre pays qui va subir une véritable contagion.

• Les dépenses publiques et, en particulier, les déficits budgétaires sont une cause d’inflation, les premières parce qu’elles peuvent concerner des secteurs où l’offre est inélastique, les seconds parce qu’ils sont source de création monétaire, ce qui entraîne une augmentation de la demande de biens et services sans réponse possible de l’instrument de production.

• Les déplacements de la demande vers des produits qui n’ont pas encore connu leur cycle de production de croisière représentent un facteur qui prendra de plus en plus d’importance, vu le raccourcissement des cycles de vie des produits (v. progrès technique).

• Un des facteurs d’entretien et de propagation de l’inflation est le désir de protection des revenus de l’ensemble des agents économiques, qui ne se contentent pas de répercuter la hausse des prix mais essayent d’anticiper sur la hausse future.

• Certains économistes privilégient enfin un phénomène que l’on tend à rencontrer dans les processus d’inflation pratiquement sans exception : il y a corrélation entre le niveau des prix (et, donc, le degré d’inflation) et la quantité de monnaie en circulation dans un pays donné à une période donnée. Si l’on analyse plus finement la situation, l’accroissement de la masse monétaire est notamment le fait des interventions bancaires, octroyant plus ou moins de crédits à l’économie. Le comportement des banques, dans cette analyse, serait partiellement responsable de la hausse des prix.


La lutte contre l’inflation

Les mesures de défense sont de deux sortes : les unes agissent sur la demande et les autres sur l’offre.

• L’action sur la demande de biens et de services. Elle représente un ensemble de mesures qui agissent, la plupart du temps, à court terme, l’enjeu difficile consistant à obtenir seulement un report de la demande dans le temps ou son étalement, de façon à modérer, mais à ne pas casser l’expansion. Faute de pouvoir laisser les prix augmenter librement jusqu’au moment où les demandeurs de biens et de services réduisent d’eux-mêmes leurs achats (c’est une méthode qui, dans les économies modernes, risquerait en réalité de transformer une inflation modérée en une inflation explosive), on essaie de réduire la masse de monnaie en circulation et, donc, les crédits, par les moyens monétaires classiques (hausse du taux de l’escompte, augmentation des réserves bancaires, réduction du crédit à la consommation, etc.), d’éliminer les déficits budgétaires, de bloquer l’entrée des capitaux en provenance de l’extérieur.

• L’action sur l’offre des biens et des services. Elle peut également être tentée. On peut procéder au blocage des prix ou passer des contrats anti-hausses avec les différentes branches de l’industrie, le gouvernement s’engageant à un certain nombre d’attitudes en échange d’engagements des entreprises relatifs aux prix.

Des mesures plus efficaces peuvent être prises à long terme : formation et recyclage de la population active de façon à la préparer à augmenter le potentiel des branches d’activité vers lesquelles on prévoit une augmentation de la demande, essai de réduction des temps de réponse des industriels, augmentation de la productivité.

• Dans la conjoncture actuelle, une remise en ordre du système monétaire international accroîtrait de beaucoup les chances de diminution des taux d’inflation, des mouvements de capitaux erratiques entretenant d’une façon permanente des foyers d’inflation un peu partout dans le monde.