Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Indre-et-Loire. 37 (suite)

Au sud de la Loire, une ceinture boisée ferme le département. La réapparition de l’argile à silex ramène à l’est forêts (d’Amboise, de Loches), gâtines (de Loches, de Montrésor, de Preuilly-sur-Claise), herbages (bovins, ovins, porcs). À l’ouest, meuble mais aussi cimentée par silicification, elle porte la forêt de Chinon et les landes du Ruchard (camp militaire). Entre ces confins, sans que l’arbre soit jamais absent (noyer, peuplier, bois de chênes), des finages découverts apparaissent. Entre Cher et Indre, qu’elle déborde sur sa rive gauche, la Champeigne tourangelle s’adonne, sur ses calcaires lacustres, aux cultures céréalières et fourragères. Entre Champeigne et Vienne, le plateau de Sainte-Maure, aux sols diversement doués (craie, argile à silex, faluns, sables) mais amendés, pratique une polyculture à dominante herbagère, laitière, avicole (laiterie de Ligueil, fromage de chèvre de Sainte-Maure, geline noire et œufs). À l’ouest de la Vienne, le Richelais aux molles ondulations de craie blanche associe à ses cultures de blé un riche élevage bovin (veaux).

Les vallées tranchent par leurs incisions. Celle de l’Indre, étroite et sinueuse (« Suisse » de Courçay), est une coulée de prairie bordée de coteaux creusés de champignonnières (Loches), couverts de vignes et d’arbres fruitiers. Celles du Cher, de la Vienne, de la Creuse, plus larges, portent dans leurs fonds des herbages et des labours ; sur leurs coteaux, des vignobles. Le Val de Loire (les Varennes) est, de toutes, la plus opulente. Large de trois kilomètres, tapissé de fines alluvions, il juxtapose, à l’abri de levées, céréales, fourrages, légumes de plein champ sur son axe médian, prairies et basses-cours dans ses dépressions latérales (Cisse, Cher et Indre inférieurs), cultures maraîchères autour de Tours, porte-graines sur la terrasse de Bourgueil, vergers sur les coteaux de Lignières-de-Touraine, vignobles surtout, les plus réputés de Touraine, blancs à Vouvray et Montlouis-sur-Loire (pineau de Loire), rouges à Bourgueil et Chinon (cabernet franc-breton). Au confluent de la Loire et de la Vienne, le Véron cultive l’asperge et la fraise.

Naturellement très hétérogène, la Touraine s’est, économiquement, profondément uniformisée. Le contraste qui opposait jadis plateaux et vallées, s’est singulièrement atténué avec la généralisation des amendements et des engrais, l’extension des herbages, la disparition des petites exploitations (28 p. 100 en quatre ans, de 1963 à 1967, pour celles de moins de 20 ha). Elle n’est plus la « robe de bure ornée de broderies d’or » (Michelet). Les plateaux ont perdu leur défaveur.

Important département agricole, l’Indre-et-Loire est aussi un département marchand et s’est industrialisé. Carrefour routier et ferroviaire matérialisé par l’étoile de Tours-Saint-Pierre-des-Corps (dix routes nationales, 5e triage français), il entretient avec tout le Centre-Ouest des échanges actifs. Un insigne patrimoine artistique (châteaux d’Amboise, Chenonceaux, Langeais, Azay-le-Rideau, Villandry, Ussé, Chinon, Loches) anime le tourisme. Son développement industriel est plus récent. Longtemps limité à l’exploitation de ressources locales (laiteries, travail de la laine, des peaux, du bois, céramique, chaux, vannerie) et à quelques réussites d’entreprises (confection, imprimerie, cartonnages, produits pharmaceutiques à Tours, articles de pêche à Amboise, boîtes à fromage à Azay-le-Rideau), il ne s’est vraiment affirmé qu’avec les replis de guerre de 1914-1918 et 1936-1940 et la décentralisation dirigée d’après 1954. Tours a ainsi accueilli des usines de récipients métalliques, de roulements à billes, de matériel aéronautique, de constructions mécaniques, électriques, électroniques, de pneumatiques, de meubles. On fabrique encore aujourd’hui des meules (Amboise), des articles métalliques (Château-Renault), de la robinetterie (Veigné), des charpentes (Descartes), des spécialités pharmaceutiques (Monts, Amboise), de la confection (Vernou-sur-Brenne), des poupées (Langeais). Trois centrales nucléaires d’une puissance totale de 750 MW, à Avoine-Chinon, ont produit, en 1971, 3 TWh. L’industrie, qui représentait, en 1954, 27 p. 100 des emplois du département, en assurait, en 1968, 35 p. 100 (62 530 sur 176 090), derrière le secteur tertiaire (44 p. 100) et devant le secteur primaire (21 p. 100).

La population, en croissance régulière (+ 11 p. 100 entre 1962 et 1968) par excédents démographique et migratoire, est l’une des plus denses des régions de la Loire (72 hab. au km2 ; France, 92). Mais elle connaît dans sa distribution de profondes mutations. Tandis que les campagnes se dépeuplent (– 1,2 p. 100), les villes progressent vite (+ 20 p. 100). Tours donne le ton. Chef-lieu administratif, grand marché, centre industriel, universitaire, la ville représente, à la tête d’une agglomération de 200 000 habitants, 44 p. 100 de la population. Les autres villes suivent diversement (mais, toutes, de très loin). Chinon (8 035 hab.) et Loches (6 473 hab.), en dépit de leur fonction régionale, de leurs attraits touristiques, vivotent. Langeais stagne (3 907 hab.), Amboise (8 899 hab.), Château-Renault (5 125 hab.), Descartes (4 267 hab.), Bléré (3 832 hab.) évoluent mieux, soutenues par l’industrie. Elles seules, avec leur capitale, semblent en mesure de soulager un marché du travail chroniquement lourd, point faible du département, alimenté par le dynamisme d’une population féconde, l’évolution des campagnes, la concentration des entreprises, les suppressions d’emplois marginaux.

Y. B.

➙ Centre / Touraine / Tours.

 Y. Babonaux, Villes et régions de la Loire moyenne. Fondements et perspectives géographiques (S. A. V. R. I., 1966).

induction électromagnétique

Création d’une force électromotrice dans un circuit électrique par variation de flux magnétique enlacé ou coupé.