Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Indonésie (suite)

• L’habitat. Il est, en général, groupé, même si le village (kampung) ne compte que quelques maisons. À Java, les hameaux sont regroupés en une unité rurale appelée desa. Dans les grandes plaines rizicoles, les villages aux maisons éparpillées dans les jardins apparaissent comme des îlots boisés dans l’étendue cultivée. Les demeures familiales se groupent souvent sans ordre, à intervalles plus ou moins réguliers parmi les jardins et autour de la grande place rectangulaire (alun-alun), ornée souvent d’un arbre sacré (waringin, ou ficus), où est bâtie la maison commune (pendopo) destinée aux représentations de wayang (théâtre d’ombres, de marionnettes ou joué avec de vrais acteurs) et où couchent les hôtes de passage. Dans les autres îles, plus faiblement peuplées, les concentrations humaines sont moindres.

D’une façon générale, le rassemblement des ménages est à mettre en corrélation avec les pratiques fort répandues d’entraide (gotong-royong), qui resserrent la vie communautaire.


La population


Les composantes de l’évolution démographique

Jusqu’à la fin du premiers tiers du xxe s., la population apparaissait sinon stable, du moins en croissance assez lente (1,2 p. 100 par an). En effet, le taux de natalité proche des limites naturelles imposées par le rythme de la fécondité (45 p. 1 000) était accompagné d’un fort taux de mortalité, dû aux conditions de vie précaires. À partir de 1930, grâce aux progrès de l’hygiène et à une meilleure alimentation, on assiste à une chute rapide du taux de mortalité, non compensée par une baisse simultanée du rythme des naissances. La population va croître, à partir de cette date, beaucoup plus rapidement. Actuellement, le taux de croissance naturel atteint 2,3 p. 100 par an.


La répartition

Dans ces conditions, il est évident que l’on s’achemine vers une crise très grave, d’autant plus que la population se concentre dans certaines îles comme Java ou Bali, où la place est réduite et les ressources limitées. Le cas de ces îles risque, à brève échéance, d’être dramatique. En 1900, il y avait moins de 20 habitants au kilomètre carré ; dans une dizaine d’années, il y en aura plus de 700 !

Le peuple indonésien est, de nos jours encore, un peuple de paysans. À peine 20 p. 100 des habitants vivent dans des agglomérations de plus de 20 000 personnes. Il apparaît pertinent, de ce fait, d’évaluer les densités de population en se référant aux surfaces cultivées. En 1970, elles atteignaient à Java, Madura et Bah une moyenne de 833 habitants au kilomètre carré. Par contre, les autres îles de l’Indonésie sont moins peuplées et, par contraste, apparaissent presque des déserts.


Les solutions à la crise démographique


Les migrations interinsulaires

Une occupation plus harmonieuse de l’archipel a souvent été envisagée. Elle se heurte à des difficultés jusqu’à présent insurmontées. En effet, rien ne peut inciter les foules rurales javanaises à aller coloniser des régions particulièrement ingrates, où l’on ne rencontre que la forêt vierge ou bien de pauvres savanes où le sol est déjà épuisé par le rude traitement auquel il a été soumis à l’occasion des brûlis. En outre, le paysan javanais, habitué à une agriculture soignée, méticuleuse, presque à une forme de jardinage, ne peut s’adapter à un travail pénible et grossier de défrichement, aux techniques agricoles des fronts pionniers.

Enfin, l’implantation pionnière nécessite le plus souvent une aide matérielle de l’État, et celui-ci ne semble pas être actuellement en mesure de la fournir, si bien que les opérations de « transmigration » (migration interinsulaire) ne donnent jusqu’à présent que des résultats médiocres. En outre, si quelque 20 000 familles en moyenne par an quittent Java pour aller s’installer dans d’autres îles et surtout à Sumatra, bien d’autres viennent tenter leur chance à Java. Entre 1960 et 1965, 2 053 000 personnes ont quitté l’île, mais 3 383 000 sont venues, par contre, s’y installer.


La limitation des naissances

La mise en pratique d’un programme de limitation des naissances a été jusqu’à présent retardée pour des raisons d’ordre politique (expansionnisme prôné par le régime du président Sukarno). Cependant, il devient de plus en plus évident que l’on s’achemine vers cette solution, l’hostilité officielle ayant disparu. Il reste à former un personnel spécialisé qui devra diffuser cet enseignement et vaincre l’apathie de masses rurales très isolées. Le programme de contrôle des naissances démarre lentement.


L’économie


Le secteur primaire

L’agriculture reste l’activité économique dominante. Elle fournit 56 p. 100 du P. N. B. et occupe 75 p. 100 de la population. Et pourtant, à peine 11,6 p. 100 de la surface du pays sont cultivés. La mise en valeur se fait surtout au moyen de petites propriétés paysannes dont l’étendue globale est neuf fois supérieure à celle qui est couverte par les grandes plantations.


Les cultures

Bien entendu, les cultures vivrières (14 Mha) ont une grande importance, et, au premier rang de celles-ci, on trouve la riziculture. En effet, le riz est la base de l’alimentation. Il est cultivé sur 8 millions d’hectares, et la plupart des terres consacrées au riz sont situées à Java. La production oscille entre 15 et 20 Mt. Les rendements (de l’ordre de 20 q à l’hectare) sont supérieurs, en moyenne, à ceux qui sont obtenus dans les autres pays asiatiques, le Japon excepté. Il y a, parfois encore, des périodes de disette, notamment dans certaines provinces de l’archipel (centre et est de Java, île de Lombok). La consommation de riz varie selon les régions, et d’autres cultures vivrières complètent le riz ou parfois s’y substituent : maïs, manioc, patates douces, arachides, soja, etc.

Quand les problèmes alimentaires ont moins d’acuité, les petits exploitants peuvent se consacrer à des cultures commerciales. Ils fournissent, en particulier, la totalité du coprah, du kapok, des épices, du manioc et la plus grosse partie du caoutchouc et du café.

Les plantations, par contre, traversent une longue crise en raison de la baisse générale et permanente des cours mondiaux. De plus, ces plantations et leurs installations annexes ont été endommagées par les combats de la Seconde Guerre mondiale (occupation japonaise), prolongés par la lutte pour l’indépendance jusqu’en 1949.

Ces troubles ont conduit à l’abandon définitif de 350 000 ha, dont une partie fut occupée par un demi-million de squatters. La situation des grandes plantations s’est encore dégradée à la suite de la nationalisation, en 1957, de 542 d’entre elles, ce qui entraîna le départ des spécialistes hollandais, dont les effectifs tombèrent de 60 000 à 5 000 ou 6 000 techniciens.