Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Indochine (guerres d’) (suite)

La seconde guerre d’Indochine

Deux événements donnèrent à ce nouveau conflit le caractère d’un affrontement entre les États-Unis et le bloc communiste. Tout d’abord, la création à Saigon, en février 1962, d’un commandement militaire américain opérationnel traduisit la nécessité où les États-Unis s’étaient trouvés de prendre en main la conduite de la guerre. D’autre part, le régime Ngô Dinh Diem s’écroula le 1er novembre 1963 avec l’aval des États-Unis, qui avaient décidé de s’en désolidariser. Mais, jusqu’en 1968, plusieurs coups d’État entraînèrent une désagrégation du pouvoir politique, et, pour empêcher le Viêt-nam du Sud de s’effondrer, les États-Unis se trouvèrent engagés dans une véritable guerre, en acceptant une escalade d’effectifs comparable à celle qui avait marqué la première guerre d’Indochine.

Dans le camp adverse, le Viêt-cong mobilisa d’abord quelques dizaines de milliers de partisans, mais il fut renforcé à partir de 1960 par les divisions régulières du Viêt-nam du Nord, qui finit par engager les trois quarts de son armée, soit environ 350 000 hommes. Cette intervention en force des Nord-Vietnamiens eut pour conséquence d’étendre le théâtre de la guerre du Viêt-nam à l’ensemble de l’Indochine et d’abord au Laos. Car le Viêt-minh n’avait pas évacué les territoires du nord du Laos qu’il occupait au moment des accords de Genève et s’était contenté de les confier aux formations du Pathet Lao, devenu son satellite.

À partir de 1960, les forces nord-vietnamiennes s’infiltrèrent au sud du Laos pour contrôler un couloir de circulation le long de la Cordillère annamitique. Ce couloir s’élargit ensuite jusqu’à une zone laissant seulement aux forces gouvernementales laotiennes les abords de la vallée du Mékong. C’est à travers la jungle et les montagnes de cette vaste région que fut tracé un réseau d’itinéraires pour assurer le ravitaillement et les relèves des divisions nord-vietnamiennes engagées au Viêt-nam du Sud. L’ensemble reçut le nom de piste Hô Chi Minh, encore qu’il s’agisse d’un faisceau de pistes où circulent des convois de camions.

La conduite de la guerre amena également le Viêt-nam du Nord à implanter au Cambodge, à partir de 1964, des dépôts logistiques pour quatre ou cinq de ses divisions. La neutralité du royaume fut ainsi violée avec l’accord plus ou moins tacite du prince Norodom Sihanouk, qui dut abandonner au Viêt-minh les provinces du nord du Cambodge. De plus, il lui permit de se ravitailler par le port cambodgien de Sihanoukville (auj. Kompong Som) sur le golfe de Siam.

1968 marqua sans doute le tournant de la seconde guerre d’Indochine. Les États-Unis avaient accepté l’ouverture à Paris de pourparlers de paix, qui débutèrent en mai, et, comme il l’avait fait en 1954 avant la conférence de Genève, le Viêt-nam du Nord voulut s’assurer une victoire. Or, celle-ci se révélait d’autant plus nécessaire qu’en raison de la puissance des forces américaines, passées de 165 000 hommes en novembre 1965 à 316 000 en 1966 et à 510 000 en 1968, les États-Unis allaient gagner la bataille des effectifs. Aussi le général Giap lança-t-il l’offensive dite « du Tet » à la fin de janvier 1968, et la dure bataille de Huê (févr.) marqua le point culminant d’une manœuvre qui devait échouer.

N’ayant pu forcer la décision, le Viêt-nam du Nord fit de la conférence de Paris une interminable série de rencontres, où l’absence de concessions rendait impossible tout accord.

La poursuite des opérations valut cependant aux Vietnamiens du Nord deux échecs. Tout d’abord, le 18 mars 1970, le maréchal cambodgien Lon Nol, très anticommuniste, s’empara du pouvoir pendant un voyage du prince Sihanouk à Pékin. Le ravitaillement par mer des unités nord-vietnamiennes fut ainsi interrompu ; puis les forces cambodgiennes, bénéficiant de l’aide américaine, s’efforcèrent de refouler les unités nordiques dont l’implantation avait été tolérée jusqu’alors dans le royaume.

En 1971, les Vietnamiens du Sud déclenchèrent une opération dans la région de Tchepone afin d’interrompre les ravitaillements qui empruntaient la piste Hô Chi Minh. Cette opération permit de mesurer la solidité qu’avaient acquise les unités sud-vietnamiennes et elle apporta une première justification à la politique dite de « vietnamisation », dont le président Richard Nixon s’était fait le promoteur à partir de 1970. Cette politique consistait à confier graduellement la conduite de la guerre à l’armée sud-vietnamienne afin de permettre la réduction accélérée du corps expéditionnaire américain. Les États-Unis continueraient néanmoins à maintenir leur soutien logistique à cette armée et lui garantirait un puissant appui aérien, grâce à des formations basées pour une part en Thaïlande et pour une autre part sur des porte-avions de la VIIe flotte.

Mais, simultanément, le président Nixon rechercha les possibilités d’une détente avec Moscou et Pékin, ce qui rendrait possible enfin la conclusion d’un accord avec Hanoï.

Dans ce contexte diplomatique, les Nord-Vietnamiens furent conduits à rechercher de nouveau un succès militaire. Or, les élections américaines devaient avoir lieu en novembre 1972 et il pouvait sembler que Nixon ferait de grandes concessions pour s’assurer l’avantage électoral de mettre fin à une guerre impopulaire. D’autre part, les effectifs du corps expéditionnaire américain avaient considérablement baissé (37 000 hommes au Viêt-nam du Sud en sept. 1972) et l’armée sud-vietnamienne était désormais presque seule pour faire front à des divisions dotées des plus récents matériels soviétiques. On pouvait croire qu’elle ne résisterait pas au choc. De fait, les premiers combats furent un échec pour les Vietnamiens du Sud, mais, au printemps 1972, les batailles d’An Loc en Cochinchine, de Quang Tri en Annam et de Kontum sur les hauts plateaux se soldèrent par une nette victoire. Au même moment, l’aviation américaine affirmait d’autant plus son efficacité que le président Nixon avait autorisé le bombardement de villes du Viêt-nam du Nord et décidait le 8 mai de faire miner les chenaux d’accès au port de Haiphong. Des négociations difficiles s’engagèrent alors entre Kissinger, envoyé de Nixon, et Le Duc Tho représentant le gouvernement du Viêt-nam du Nord que les Américains s’efforcèrent de fléchir en reprenant du 18 au 29 décembre 1972 leurs bombardements sur les villes (notamment Haiphong). Un accord de cessez-le-feu fut finalement signé à Paris le 27 janvier 1973. Au plan des principes il semblait refléter une volonté de paix : l’unité du Viêt-nam était affirmée mais la réunification ne se ferait que par étapes. Pour l’instant au Viêt-nam du Sud on tenterait de réconcilier les gouvernementaux de Saigon et le gouvernement révolutionnaire provisoire du Viêt-cong dont les maquis étaient implantés dans de nombreuses zones du pays.