Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Indochine (guerres d’) (suite)

Les postes que le commandement français avait replacés dans les principales localités de la frontière sino-tonkinoise (Lao Kay, Cao Bang, Dông Khê, Thât Khê, Lang Son) furent très vite isolés, et, au cours de l’automne 1950, il devint nécessaire de les évacuer. Cette décision fut trop tardive et les garnisons furent interceptées en cours de repli : sept bataillons furent détruits ou capturés sur la route coloniale no 4 (oct. 1950). Ce succès devait inciter le Viêt-minh à lancer une attaque sur le delta tonkinois avec les deux premières divisions que la Chine lui avait permis d’équiper. Il en résulta une bataille de style classique près de Vinh Yên en janvier 1951. Le général de Lattre de Tassigny, qui venait d’être nommé haut-commissaire et commandant en chef, y remporta une nette victoire, qui devait être sans lendemain.

Tandis que la guerre se poursuivait suivant les normes antérieures, la France donna une orientation nouvelle au conflit sur le plan politique. En 1949, elle avait accordé l’indépendance aux trois nations laotienne, cambodgienne et vietnamienne, en l’assortissant toutefois de certains liens avec la France, que symbolisait la dénomination d’États associés. Le 3 juillet 1953, Paris marqua davantage l’idée d’une libre association en supprimant la plupart des restrictions de souveraineté imposées en 1949. D’ailleurs, la France avait placé à la tête du nouvel État vietnamien celui qui avait été l’empereur d’Annam, Bao Dai. Au Viêt-minh se trouvaient donc opposés un souverain, un gouvernement et un État, et les hostilités perdaient le caractère d’une guerre coloniale pour prendre celui d’une guerre civile, à laquelle l’appui sino-soviétique qui était consenti au Viêt-minh conféra une dimension internationale.

Aussi la France allait-elle s’efforcer d’obtenir l’assistance des États-Unis lorsque la guerre de Corée* (1950-1953) eut sensibilisé ces derniers au danger d’une victoire communiste en Indochine. Cette assistance fut acquise progressivement, mais elle se limita jusqu’à l’été 1953 à l’octroi de crédits et de matériel de guerre. Toutefois, l’envoi d’une importante mission à Saigon, l’action des services spéciaux américains et les contacts pris avec de nombreuses personnalités vietnamiennes montrèrent que les États-Unis envisageaient de prendre la relève de la France. Or, l’opinion française, qu’elle fût de droite ou de gauche, manifestait une lassitude grandissante, et le gouvernement Laniel accepta d’ouvrir des négociations lors d’une conférence à quatre réunie à Berlin en janvier 1954. Il fut ensuite décidé qu’une conférence s’ouvrirait à Genève le 26 avril avec la participation des représentants du Viêt-minh et de la Chine.

Le Viêt-minh voulut s’assurer le bénéfice d’une victoire au moment de l’ouverture de cette conférence de Genève, et il en trouva l’occasion dans l’attaque du camp retranché de Diên Biên Phu. La création de ce dernier avait été entamée le 20 novembre 1953 pour parer à une offensive Viêt-minh en direction de la capitale du Laos, Luang Prabang, car une telle offensive était prévisible depuis les opérations de l’été 1953, qui avaient vu l’invasion du nord du Laos par des unités viêt-minh agissant en liaison avec les éléments du Pathet Lao. Or, la haute plaine de Diên Biên Phu était le point de passage naturel pour atteindre la vallée de Luang Prabang ; il avait donc été nécessaire d’y installer des forces capables d’intercepter les unités adverses lorsqu’elles se présenteraient.

Le général Giap accepta de payer très cher l’enlèvement du camp retranché : en 56 jours de bataille, il perdit environ 20 000 hommes, mais il captura le 7 mai 1954 une douzaine de bataillons français et plusieurs batteries. Cette chute de Diên Biên Phu eut en France un tel retentissement que le gouvernement Mendès France accepta de signer à Genève dans la nuit du 20 au 21 juillet 1954 un accord qui consacrait la division du Viêt-nam : au nord du 17e parallèle, il y aurait une république démocratique du Viêt-nam et, au sud, il subsisterait le Viêt-nam du gouvernement de Saigon. L’intégrité du Laos et du Cambodge était sauvegardée.


Genèse de la seconde guerre d’Indochine

Deux ans après les accords de Genève, la guerre se rallumait au Viêt-nam, puis elle débordait les limites de cet État pour s’étendre au Laos et au Cambodge, c’est-à-dire à l’ensemble de la péninsule indochinoise.

La genèse de cette seconde guerre tient à l’évolution politique du Viêt-nam du Sud et singulièrement à l’échec du régime du président Ngô Dinh Diem, dont les États-Unis avaient imposé dès juin 1954 la nomination comme Premier ministre à l’empereur Bao Dai. Aussi hostile à la France que soumis aux directives de Washington, Ngô Dinh Diem avait rompu presque tous les liens avec les Français, dont les dernières troupes quittèrent Saigon en avril 1956. Dès lors, la défense du Viêt-nam du Sud ne reposait plus que sur sa jeune armée, dont les États-Unis assuraient, à l’image de l’armée sud-coréenne, l’équipement et l’instruction par l’intermédiaire d’un corps de conseillers militaires.

Mais le caractère dictatorial du régime, la concussion et le despotisme des membres de la famille du président Ngô Dinh Diem lui aliénèrent les sectes, les bouddhistes, les intellectuels libéraux. Simultanément, tous les éléments qui avaient été liés à la France furent l’objet de ses rigueurs.

Aussi le Viêt-minh bénéficia-t-il d’un climat favorable pour rallumer la guerre au Viêt-nam du Sud. Le prétexte lui en fut d’ailleurs fourni par le refus opposé par Diem à l’organisation des élections qu’avaient prévues les accords de Genève. Il suffit au Viêt-minh de réactiver l’organisation politico-militaire qui avait été laissée dans les territoires occupés par lui durant la première guerre. Des maquis se créèrent, dont les liaisons avec le Viêt-nam du Nord furent assurées par des itinéraires discrets à travers les hauts plateaux. En 1960, cette guérilla prit le caractère d’une véritable guerre par la création du Front national de libération (F. N. L.) du Viêt-nam, ou Viêt-cong.