Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Inde (suite)

Il ne subsiste que de rares peintures murales de cette période, et leur style relève plus de l’imagerie que d’une conception monumentale, tout en trahissant le même intérêt que la sculpture pour la surcharge des parures. Dans le Sud, à Tanjore (Brihadīśvara), ont été dégagés des ensembles d’une puissante stylisation (scènes de danse), qui semblent avoir été exécutés en fresque véritable. La peinture de Vijayanagar n’est connue que par quelques fragments (fin du xive s.), où la ligne et le détail comptent plus que le modelé, mais le plafond du temple de Lepakṣhi (Hindupur) est encore traité dans un style monumental affirmé (xvie s). L’école pāla n’est connue que par des miniatures, mais d’un art qui préserve toutes les tendances du style.

J. B.

➙ Ajaṇṭā / Asie centrale / Bhubaneswar / Bodh-Gayā / Bouddhisme / Cachemire / Cambodge / Ceylan / Ellorā / Gāndhāra / Indonésie / Indus / Khajurāho / Mahābalipuram / Népal / Tibet.


L’art islamique de l’Inde ancienne

Nous ne possédons encore aucun témoignage sur les réalisations artistiques consécutives à l’établissement des Arabes dans le Sind au viiie s., et, pour nous, l’art islamique en Inde commence au xiie s. Ses origines iraniennes sont indéniables et ont pesé sur son histoire. Néanmoins, ce fut une erreur de leur accorder trop d’importance et de considérer l’art musulman indien comme une annexe de celui d’Iran*, alors qu’il présente une forte personnalité, due tant aux circonstances politiques, économiques et géographiques qu’aux puissantes traditions des autochtones. C’en fut une autre de le traiter comme une simple déviation de la culture locale : les exigences cultuelles de l’islām, des éléments décoratifs (arabesque, épigraphie, méplat, etc.) et architecturaux (arc et voûte) ont amené un divorce avec elle.

Au commencement, certes, partout sauf au Deccan, les architectes emploient une main-d’œuvre indigène et des matériaux provenant de temples détruits. Mais, rapidement, ils se dégagent de la servilité et taillent leurs propres pierres. La prééminence du sultanat de Delhi, surtout sensible dans les premières décennies, n’empêche pas la naissance d’écoles provinciales originales. Toutes, ou presque, comme lui, se consacrent essentiellement à l’architecture : mosquées, tombeaux, palais, plus rarement madrasa, tours, arcs de triomphe (Ahmadābād). Certaines, après une époque de grande gloire, sont en décadence, alors que d’autres gardent leur vigueur (ainsi celle du Khāndēsh [1388-1601] : mosquée du Vendredi d’Asīrgarh, ruines de Burhānpur et de Thālnēr), quand, progressivement, les Moghols unifient le pays et imposent leurs lois artistiques.


L’art impérial de Delhi*

Les deux mosquées de Delhi (Quwwat al-Islām) et d’Ajmer, mises en chantier à la fin du xiie s., représentent les premières tentatives pour aménager des monuments musulmans avec des matériaux de remploi. Le splendide minaret de la première (Quṭb mīnār), les grands écrans de façade de l’une et de l’autre (où l’arc fait son apparition) sont déjà, malgré un compromis hindo-islamique, des chefs-d’œuvre musulmans. Les tombeaux de Sultan Rhārī (1231) et d’Īltutmich (v. 1235), entourés d’enceintes fortifiées, inaugurent l’ère des grands mausolées. Si chaque dynastie fonde sa propre capitale à Delhi, sous les Khaldjī et plus encore sous les Turhluq, qui installent très provisoirement leur gouvernement à Dawlatābād, dans le Deccan, l’art alors sévère de la cour rayonne largement. Malgré le marasme économique, les bâtisseurs sont actifs, et certains des traits de la mosquée indienne commencent à apparaître : le bâtiment couvert d’une multitude de coupoles, aux porches flanqués de colonnes, s’érige sur un soubassement aux angles garnis de tourelles.

Après le raid de Tīmūr Lang (Tamerlan), le sultanat s’affaiblit et s’attache principalement à l’art funéraire : les tombes sayyīd et lōdī, sur plan carré ou octogonal, sont couvertes de coupoles hémisphériques, souvent entourées de portiques et ornées de petits kiosques (tchatrī) appelés à un grand avenir (tombe de Muḥammad Chāh, 1444).


Les écoles provinciales

Les deux centres de l’école du Pendjab (1150-1325) sont Lahore et Multān. À Lahore, l’influence rhaznévide (v. Afghānistān) est sensible dans les beaux ouvrages en bois, dont le musée de la ville conserve des vestiges. Plus généralement, dans des constructions en briques revêtues de céramiques règne une bonne synthèse des traditions arabes, iraniennes et indiennes. Le tombeau de Rukn-i ‘Ālam à Multān (v. 1320) est le sommet de cet art et un monument de valeur universelle. Plus au sud, au Sind, presque totalement iranisé, l’Inde semble étrangère, et ses interventions ne sont pas heureuses (Tatta).

De 1200 à 1550, le Bengale fut un grand foyer d’art. À côté d’innombrables ruines, la mosquée Ādīna de Pandua (v. 1375), une des plus grandes de l’Inde (400 coupoles), présente malgré ses matériaux de remploi quelques caractères originaux. Ceux-ci s’affirment dès 1400, quand les artistes se plient au climat et à la nature du sol : suppression de la cour des mosquées, courbure des toits et des corniches, inspirée par l’architecture de bambou et reprise plus tard par les Moghols. Après 1460, l’activité est intense : les mosquées aux nombreux miḥrāb ont des façades longues, des baies avec corniches courbes couvrant les arcatures, des tours saillantes aux angles, des piliers courts et carrés, un décor de brique sculpté et parfois des ornements en terre cuite (à Gaur : Tāntipārā Masdjid, 1475 ; la petite mosquée dorée, 1510 ; la mosquée de Qadam Rasūl, monotone et annonçant la décadence, 1530).

L’école de Jaunpur (1360-1480), sur laquelle les Lōdī s’acharnèrent, fut courte, mais non sans importance. À l’Atalā Masdjid (1377-1408), inachevée, et surtout à la Grande Mosquée (v. 1470), chaque partie est remarquable, mais l’ensemble manque d’homogénéité.