Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Inde (suite)

La peinture

La littérature, dans son ensemble, souligne le rôle éminent joué par la peinture au cours de la période classique, où elle paraît largement déborder les cadres de la commande religieuse pour participer, au même titre que la poésie, le théâtre ou la musique, avec lesquels elle a nombre d’affinités, à la vie sociale. La disparition de toute architecture civile n’a malheureusement laissé subsister qu’une peinture pariétale, d’inspiration religieuse. Dans un état de plus en plus précaire, elle n’est guère préservée que par des fondations rupestres, qui permettent, néanmoins, d’en suivre l’évolution approximativement des débuts de l’ère chrétienne jusqu’aux xie-xiie s. Cette peinture, dont toute l’exécution est soigneusement définie par les traités, obéit à quelques préceptes généraux et à diverses conventions : les compositions, conçues dans leur ensemble, s’ordonnent sans compartimentage des scènes successives ; la perspective comporte plusieurs points de fuite ; les volumes, suggérés pour chacun des objets pris individuellement, ne dépendent pas d’une source de lumière unique ; les couleurs des chairs sont fixées conventionnellement...

La réalisation d’une peinture murale indienne — trop souvent confondue avec la fresque — exige la préparation d’un subjectile d’excellente qualité (mortier à base de chaux de coquillages, de sable, de terre ou de brique pulvérisée, additionné de fibres végétales, de colle de peau, de mélasse...), posé en deux ou trois couches successives et enduit d’un lait imperméabilisant poli à l’ivoire après séchage parfait. L’esquisse tracée sur ce subjectile était reprise au pinceau, précisée en camaïeu avant coloriage à la détrempe ; le procédé autorise les repentirs. La palette, toujours restreinte, varie avec le temps et le lieu. Aux trois couleurs (blanc, rouge et noir) des œuvres les plus anciennes s’ajoutent deux autres dans la période classique, le jaune et le vert (ou le bleu). Le choix des pigments paraît dépendre des ressources locales ; ceux-ci sont surtout d’origine minérale (terres, sels métalliques) ; s’y ajoutent des matières végétales (laques, indigo) ou animales (cochenille).

La peinture mobile n’est plus guère représentée que par des manuscrits enluminés, la technique des toiles peintes (rouleaux ou panneaux) paraissant ne survivre que dans les écoles périphériques plus ou moins directement influencées par l’Inde (Asie centrale* et, jusqu’à la période contemporaine, Asie du Sud-Est, Tibet*, Népal*...). Les plus anciens manuscrits « à figures » connus ne semblent pas antérieurs au xie s. (école pāla). Ce sont des traités religieux (essentiellement bouddhiques : Bengale, Népal) écrits sur feuilles de palmier qui imposent le format oblong. Les figures, de petites dimensions, illustrent le texte, représentant des divinités sous leurs aspects les plus caractéristiques. Le dessin est très sûr ; les tons sont plus vifs, et la gamme colorée est plus étendue que dans la peinture murale (par exemple Prajñāpāramitā de Nālandā, Bibl. d’Oxford). La technique est la détrempe. En dépit de la conquête musulmane, la tradition proprement indienne se maintient dans l’Inde occidentale, surtout pour la commande jaina (Gujerat). Les manuscrits sur papier apparaissent au xiie s. ; les enluminures, plus stylisées, exécutées dans des tons plus vifs, ont alors souvent des fonds de couleur.


Les arts mineurs

D’une manière générale, tous sont attestés dès la préhistoire, et leur développement témoigne d’une remarquable continuité. On a fait allusion plus haut aux figurines de terre cuite ; comme ces dernières, la poterie fournit, mais surtout pour les périodes anciennes, de précieux indices chronologiques. Mention spéciale doit être faite de techniques relevant de l’orfèvrerie, de la joaillerie et de l’ivoirerie. Aux premières, on rattachera la taille des pierres dures et des perles de toutes matières (si abondantes dès la préhistoire), la glyptique, la bijouterie — très raffinée et dont le rôle est considérable en raison de l’importance de la parure, considérée pour elle-même ou pour ses vertus talismaniques —, l’art du monnayage — souvent remarquable et qui a fait de la numismatique l’un des supports les plus précieux de l’histoire et de l’iconographie. Quant aux ivoiriers, groupés très tôt en corporations, on leur doit un art de la gravure ou de la sculpture traditionnellement très élaboré. Reliant la commande profane à la commande religieuse, celui-ci fait l’objet, aux premiers siècles de l’ère chrétienne, d’un actif commerce d’exportation (ivoire trouvé à Pompéi, ensemble de Begram en Afghānistān...).


L’art et l’histoire


Genèse de l’art indien

Relativement récentes, les fouilles préhistoriques sont encore loin d’apporter une réponse à tous les problèmes du passé indien. Avec d’importantes différences de caractère régional, le Paléolithique ancien est bien attesté par une industrie de galets grossièrement retouchés (outillage « sohanien » du Pendjab et des régions subhimalayennes), d’éclats et de bifaces (outillage « madrasien »). Un Paléolithique moyen est représenté par un outillage de moindres dimensions, soigneusement retouché et mieux différencié (matériel de type « nevasa » : Inde centrale et péninsulaire). Le Paléolithique tardif, ou Mésolithique, est caractérisé par une industrie abondante et bien diversifiée de microlithes, qui, dans certaines régions, paraît s’être maintenue fort tard.

Annoncée par la culture du Baloutchistan (céramique apparentée en partie à celle de Suse ; organisation urbaine évoluée : Mundigak), la civilisation de l’Indus* présente, avec des affinités mésopotamiennes, une originalité certaine. Disparaissant vers le milieu du IIe millénaire, certaines de ses traditions, tant en matière de construction que d’iconographie, semblent s’être perpétuées. Parallèlement à la culture du Baloutchistan, le Néolithique est attesté au Cachemire (Burzahom) et dans le sud du Deccan (Brahmagiri, Maski... : niveaux inférieurs). Au Néolithique moyen, auquel peut être attribuée la construction de huttes, le cuivre et le bronze font leur apparition. Ce dernier prend tant d’importance dans la phase suivante (seconde moitié du IIe millénaire) que celle-ci a pu être définie « Néolithique-chalcolithique ». Dans le même temps, correspondant sensiblement à la migration aryenne, une culture particulière, caractérisée par ses objets de cuivre et sa poterie, se développe dans le bassin supérieur du Gange (Doāb).