Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Inde (suite)

Enfin, Sumitra Nandan Pant (né en 1900) est un grand poète qui domine à la fois le romantisme, le nationalisme et le symbolisme contemporains. Né dans les contreforts de l’Himālaya, près d’Almora, il fait preuve d’un profond sentiment de la nature indienne et sait la peindre mieux que quiconque. Influencée par Tagore, Gāndhī, puis Aurobindo, sa philosophie est centrée sur la quête spirituelle de l’homme et ses aspirations esthétiques et morales. Sa poésie, très suggestive, est très riche en images et utilise des symboles spécifiquement indiens.

• Marāṭhī. Viṣṇuśāstri Ciplunkar (1850-1882) est le grand polisseur du style marāṭhī moderne. Essayiste et journaliste, il prépare en la personne de ses disciples les meilleurs porte-parole du parti du Congrès. Le poète Keśavsat rompt avec la tradition et se lance dans la poésie libre. Kirlośkar fonde le théâtre marāṭhī moderne, qui restera le meilleur dans ce genre.

Le nationalisme est présent dans toutes les œuvres de la première moitié du siècle. C’est au Bengale et au Mahārāshtra que le mouvement se fait tout d’abord le plus vivement sentir. Le gouvernement britannique avait décidé de diviser le Bengale en une partie est, à prédominance musulmane, et une partie ouest, à prédominance hindoue (1905). Cette tentative rencontra une vive résistance parmi la classe moyenne et aviva les sentiments nationalistes.

Rabindranāth Tagore les exprime avec toute la force de son génie, suivi de Satyendranāth Datta et de Mohitlāl Majumdār. Le poète musulman Nazrul Islam (Nazr al-Islām) [1898-1948] en fait le thème principal de son œuvre. Au Mahārāshtra, les chefs du parti nationaliste indien Bāl Gangādhar Tilak et Gopāl Kriṣṇa Gokhale mettent leur talent tout entier au service de la cause, ainsi que le poète Vināyaka Dāmodar Sāvarkar. Au Gujerāt, l’entrée en scène de Mohandās Karamcand Gāndhī (1869-1948), représentant la classe moyenne de l’Inde, profondément religieux, marqué par le bouddhisme et le jinisme, implantés de longue date dans cette région, répand le mouvement nationaliste dans tout le sous-continent. L’ascèse de Gāndhī, son souci de non-violence et de pureté suscitent l’admiration, la vénération et l’ardeur des foules. Son appel est entendu jusqu’en Occident et aboutit en 1947 à l’indépendance de l’Inde. Malheureusement, pressés d’en finir, les Indiens accepteront la malencontreuse partition entre l’Inde et le Pākistān, qui pèsera d’un poids très lourd sur l’avenir moral, politique et économique du pays. Le Mahātmā Gāndhī et bien d’autres la paieront de leur vie. Son autobiographie, Expérience avec la vérité, est un intéressant document qui a été traduit dans presque toutes les langues du monde. En gujarātī, l’un des meilleurs poètes du nationalisme est Umā Śankar Jośi, qui lui consacre deux recueils.

En hindī, les poètes Maithili Śaran Gupta, son frère Siyārām Śaran Gupta et surtout le romancier Prem Cand lui font une large place.

• L’urdū compte aussi d’ardents nationalistes : sir Muhammad Iqbal (1875-1938) est influencé par la philosophie de Bergson, par l’œuvre de Heinrich Heine, par la poésie de Tennyson et celle de Longfellow. Dans une ode intitulée Nimalā, il exprime ses sentiments patriotiques. Brij Nārāyan Cakbast est l’auteur de poèmes nationalistes et d’essais critiques. Il s’intéresse aussi aux problèmes sociaux. Akbar Allahābādī (1846-1921) critique avec humour l’influence occidentale sur les mœurs indiennes.

• En assamais, Benudhar Śarmā (1896), essayiste, biographe et historien, a laissé un témoignage intéressant du mouvement nationaliste de non-coopération.

• En sindhī, Parasram Sacanandari, surnommé Zia (lumière) [1911-1958], ardent nationaliste, compose des poèmes patriotiques et des chansons lyriques.

• En tamoul, le grand poète Subrahmaṇya Bhārati ainsi que N. R. Pillai et Bhārati Dasan font une large place au nationalisme.

• En kannara, K. Sivarama Karanth, membre actif de la résistance gandhienne, écrit des essais, des romans, des contes et des pièces de théâtre exprimant son idéal.

Œuvres de Sumitra Nandan Pant

Granthi, poème narratif inspiré de Tagore.

Pallava (le Pétale) [1925], poème romantique.

Gunjan (1931), qui donne moins d’importance à l’ornement poétique et regarde vers le « bien commun ».

Yugānta et Yugavaṇī, qui accentuent la tendance précédente.

Grāmyā, pièce de théâtre qui accuse une prise de contact avec les idées marxistes.

Uttarā, Atimā, Vāṇī, qui révèlent sa philosophie de la vie.

Cidambarā.

Raśmibandha (1958)

Kālā aur būdhā cānd (1960), couronné par l’Académie littéraire.

Lokāyātana (1963), épopée fondée sur les traditions classiques, qui peint l’évolution actuelle de la vie indienne en mettant l’accent sur les valeurs spirituelles et morales.


Les problèmes sociaux

Presque tous les écrivains nationalistes s’intéressent aux problèmes sociaux. La classe indienne éduquée prend conscience de l’injustice économique représentée par la pauvreté des paysans sans terre et l’indigence du sous-prolétariat des grandes villes. Celui-ci augmente considérablement au début du xxe s. par suite de la ruine de l’artisanat indien, qui ne peut concurrencer les exportations britanniques. D’autre part, ses yeux s’ouvrent sur les abus de certaines contraintes sociales et psychologiques liées à une interprétation trop étroite de la religion brahmanique. Les plus contestés de ces abus seront l’impossibilité pour les veuves de se remarier, la pratique de la satī (la veuve se fait brûler sur le bûcher de son mari), la polygamie, les courtisanes, la tyrannie de la caste, la condition des intouchables. Aucun des grands poètes de l’époque ne s’est désintéressé de ces problèmes. Toutefois, le roman et la nouvelle sont les genres qui leur conviennent le mieux, car ils se prêtent au réalisme. Le remariage des veuves et la condition des paysans au Bengale avaient déjà préoccupé Bankim Candra Catterjī. Un autre romancier très populaire, Saratcandra Catterjī (1876-1938), considère avec sympathie la condition de la femme dans la famille indienne. Sailajānanda Mukherjī introduit un peu plus de réalisme dans ses nouvelles, suivi par Jagadīśa Candragupta (1886-1957) et Bibhūti Bhūśan (1899-1950), fin psychologue qui sait parfaitement rendre l’ambiance de son pays natal. Ses trois romans : Pāther Pancāli (la Complainte du sentier), Aparajito et Apu Sansār ont été portés à l’écran, et le premier film a été primé à Cannes.