Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Inde (suite)

Les régions dominées par le blé sont moins étendues et moins complexes que les précédentes. Mais le blé a beaucoup profité récemment des progrès agronomiques, et les régions où il domine sont assez bien dotées du point de vue naturel, notamment des possibilités d’irrigation par canaux et puits tubes. Au cœur de l’Inde du blé (Pendjab, région entre Gange et Yamunā [Jamnā]), cette céréale est cultivée en rabi grâce à une irrigation peu abondante (deux ou trois arrosages suffisent, car l’évaporation est réduite) et est alors accompagnée par le gram. Les champs sont aussi cultivés en kharīf, sous pluie ou avec irrigation. On récolte surtout du maïs, du jowar. L’abondance de l’irrigation a permis de donner une place assez importante à la canne à sucre.

Quelques transformations des combinaisons peuvent être observées sur les marges de l’Inde du blé : dans les périmètres irrigués des confins du Pendjab et du Rājasthān, le blé rabi est associé au coton kharīf, alors que dans les marges sèches des monts Arāvalli et la zone irriguée le long de la Chambal, il est associé à des millets kharīf du type bajra. Enfin, dans tout le centre de la plaine du Gange est réalisée, comme on l’a vu, la transition des régions dominées par le blé vers celles qui sont dominées par le riz, les deux céréales coexistant heureusement, l’une en été, l’autre en hiver.


Les variations d’efficacité de l’agriculture

Il est utile de classer les régions agricoles en fonction des combinaisons de cultures. Mais il faut reconnaître de grandes variations dans l’efficacité globale des différentes régions. Une comparaison des rendements obtenus dans chacune d’elles avec la moyenne générale montre des contrastes importants.

La productivité est élevée dans les régions avantagées par la nature, bien irriguées et qui n’ont pas connu le système zamīndāri : Pendjab et régions voisines, bande côtière le long de la baie du Bengale, Assam, districts cotonniers spécialisés dans les fossés d’effondrement à terres noires épaisses suivis par la Narbadā et la Tāpti. Les périmètres d’irrigation récemment créés et qui ont bénéficié d’efforts d’aménagement sont aussi avantagés (périmètres de la Chambal, de la Kistnā et de la Dāmodar notamment).

Au contraire, l’efficacité de l’agriculture est réduite dans beaucoup de milieux difficiles, comme le Rājasthān, les vallées non irriguées de la péninsule, le plateau de Chotā Nāgpur, au nord-est de celle-ci. D’autre part, on rencontre des efficacités faibles dans des milieux qui ne paraissent pas déshérités a priori, comme le delta de la Mahānadi (Orissa) et la partie de la plaine du Gange qui correspond au Bihār. Dans ces secteurs, il est possible de penser que le rôle ancien et très marqué du système zamīndārī doive fournir le facteur principal d’explication.

L’essentiel de l’Inde des millets, et notamment le plateau des laves, a une productivité très moyenne. L’insuffisance résulte de l’association, dans les mêmes circonscriptions, de régions actives et de secteurs où les sols peu épais et la sécheresse du climat n’ont pas, du moins jusqu’à présent, permis une modernisation notable de l’agriculture.


Activités et régions industrielles

L’industrie reste marquée par des caractères de sous-développement. Les véritables usines ne grouperaient guère que 5 millions de personnes, contre plus de 20 millions dans les petits ateliers et dans l’artisanat. D’autre part, si l’industrie s’est diversifiée récemment, elle reste encore nettement dominée par le textile, qui emploie un actif industriel sur cinq. Ces caractères influent évidemment sur la répartition de l’industrie.

Une part notable des ouvriers indiens est employée dans de petits ateliers traditionnels, qui se livrent à des activités de production, mais aussi d’entretien et de réparation. Ils sont souvent installés dans les villages, appartiennent à dés castes spécialisées dans des activités polluantes, comme le travail du cuir, et sont encore, dans bien des cas, rémunérés suivant un système traditionnel qui s’apparente au troc. Ces travailleurs, dont il ne faudrait pas oublier l’activité importante dans l’économie indienne, sont, en gros, répartis proportionnellement à la population rurale et urbaine (car les activités de « bricolage » sont très répandues dans les villes).

Il existe autour des deux grands centres de Bombay et de Calcutta de véritables régions industrielles, dont la genèse est le résultat d’une série d’interactions entre la ville et ses environs. Bombay et Calcutta sont apparus comme des comptoirs commerciaux. Puis les associations de marchands britanniques ont cherché à développer autour de ces centres urbains des ressources nouvelles, capables de leur donner plus d’activité : la culture de l’indigo, puis celle du jute autour de Calcutta, la culture du coton autour de Bombay, enfin l’exploitation de mines de fer et de charbon près de Calcutta. À la suite d’évolutions du marché mondial, on est progressivement passé à une transformation sur place : sous l’impulsion d’initiatives britanniques, puis indiennes, les comptoirs sont peu à peu devenus des villes industrielles. L’industrie, d’abord fondée sur la transformation des produits bruts des environs, a été peu à peu diversifiée à mesure qu’augmentait la consommation du marché indien. Dans une dernière étape, l’industrie des centres urbains a été modestement décentralisée, et des villes industrielles sont apparues autour des comptoirs, souvent à une certaine distance. On voit donc que l’espace autour des comptoirs devenus grandes métropoles s’est organisé partiellement au moins en fonction d’elles : une série d’influences réciproques dans le passé, des échanges actifs de produits et d’initiatives aujourd’hui illustrent ce fait de base.

Actuellement, la région de Calcutta comprend l’agglomération de l’Hooghly, avec ses usines de jute et de transformation des métaux au premier plan, et les centres d’industrie lourde installés près des gisements de fer et de charbon : sidérurgie de la Dāmodar et de Jamshedpur, centres isolés de création récente comme Rourkela et Bhilai, usines d’engrais de Sindri, etc.