Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Inde (suite)

La croissance économique et ses limites

Quelle que soit la gravité des problèmes sociaux qu’elle laisse subsister, la politique économique a abouti à des résultats réels du point de vue de la production. L’Inde a beaucoup investi. Elle s’est donné une base industrielle ; elle a entretenu et développé ses infrastructures de transport et d’énergie.

D’autre part, la production agricole a presque doublé depuis l’indépendance. Ce ne sont pas de maigres résultats. Ils ont été acquis grâce à l’intervention de l’État, à l’action d’une classe d’entrepreneurs assez active, qui se fait jour peu à peu tant dans l’agriculture que dans l’industrie.

Mais cette croissance connaît des limites. Au total, il s’agit encore d’une « petite » économie, qui met en jeu des masses de produits et d’argent hors de proportion avec la masse de la population. En 1964, la masse des dépenses publiques a été inférieure de moitié au poste équivalent du budget de la France, dix fois moins peuplée. Malgré le progrès récent de la production industrielle, la part de cette activité dans l’emploi stagne : l’agriculture occupe encore près de 70 p. 100 des actifs.

La croissance de la production n’a été obtenue qu’au prix d’un endettement très lourd vis-à-vis de l’étranger. La part de l’aide étrangère est passée de 13 p. 100 dans le premier plan quinquennal à 30 p. 100 dans le troisième (1961-1965). On compte que, de 1972 à 1974, l’Inde devra rembourser à l’extérieur 15,6 milliards de roupies, chiffre dont on appréciera l’importance si l’on songe que, pendant la même période, les exportations se situeront autour de 53 milliards de roupies...

Le déficit constant de la balance des paiements est évidemment une des causes principales de cette situation. Il a été de 1 milliard de roupies par an en moyenne de 1950 à 1955, de 5,7 milliards de 1956 à 1960 et de 7,7 milliards de 1961 à 1965. Une tendance à la réduction s’est toutefois esquissée à la fin des années 60. Le commerce extérieur évolue lentement vers une structure moins « coloniale ». Les exportations se diversifient progressivement : le premier produit d’exportation de l’Inde (les filés de jute et de coton) ne représente que 25 p. 100 du total des ventes, et le thé que 8,8 p. 100. D’autre part, l’éventail des fournisseurs et des clients s’élargit peu à peu. États-Unis, Grande-Bretagne, Japon et U. R. S. S. sont les principaux partenaires commerciaux, mais aucun d’eux n’absorbe plus de 14 p. 100 des exportations. Cependant, les États-Unis sont un fournisseur à très nette prédominance, puisqu’ils entrent pour le tiers dans les importations, dépassant de très loin la Grande-Bretagne (8 p. 100) et le Japon (moins de 7 p. 100).

L’économie reste fragile. Elle est facilement désorganisée par les accidents de conjoncture. Ainsi, la baisse de la production agricole en 1965 et en 1966, à la suite de graves sécheresses, non seulement mit des régions entières au bord de la famine, mais désorganisa l’ensemble de l’économie et entraîna une grave récession industrielle ainsi qu’une montée en flèche du déficit des paiements. Le rétablissement observé ensuite est peut-être dû en partie à une bonne situation météorologique.

Enfin, il existe encore d’importantes disparités régionales. On ne les comprendra qu’en étudiant de plus près la répartition des activités de production et celle de la population.


La répartition des activités de production : techniques et régions agricoles

L’Inde a, depuis longtemps, adopté sur de très grands espaces la culture permanente, et cela est sans doute en liaison avec la forte densité de population. Il a fallu trouver des solutions pour produire tous les ans sur les mêmes champs. Le problème s’est posé de façon différente selon les régions.

Le système de culture a été organisé autour du riz dans les milieux de plaines très humides, tandis qu’il l’a été autour des millets sur les plateaux et les plaines sèches. Dans les plaines du Nord, où l’hiver est peu arrosé et frais, c’est autour du blé qu’a été organisé le système agricole ; c’est là une adaptation au climat mais aussi l’effet d’un facteur culturel : ces régions septentrionales sont peuplées par des populations de « mangeurs de blé », venues du Moyen-Orient.


Les techniques : le calendrier agricole de base

L’agriculture est fondée sur l’association de deux récoltes : la culture dite « kharīf » est celle de la saison des pluies ; elle est semée au début des pluies et souvent récoltée quelques semaines après que celles-ci se soient terminées, du moins sur les sols assez profonds pour accumuler une certaine quantité d’eau (de juin-juillet à octobre-novembre).

La culture « rabi » est celle de l’hiver. Elle est semée en fin de saison des pluies et récoltée avant les grandes chaleurs. Elle va donc d’octobre-novembre à mars. Elle ne dispose pas de beaucoup de temps et ne peut utiliser que des plantes à cycle assez court. Le grand problème est celui des disponibilités en eau. On utilise pour le rabi soit les réserves d’eau des sols profonds, soit les pluies d’hiver, modestes mais utiles, du Nord, ou bien l’irrigation, ou enfin une combinaison de ces trois facteurs ou de deux d’entre eux.

Dans les régions les plus pluvieuses, les rizières sont alimentées par l’eau de pluie simplement retenue dans les champs par l’endiguement. Il ne s’agit pas d’une irrigation. Beaucoup de rizières sont donc des « rizières sous pluie ».

Les cultures rabi sont en général moins étendues que les cultures kharīf et intéressent des plantes ayant des besoins en eau plus faibles (par exemple, régions très pluvieuses : riz sous pluie en kharīf, millets en rabi avec quelques champs de riz irrigué, etc.).


L’irrigation

La culture irriguée se distingue à la fois de la culture sous pluie et de la culture de submersion, pour laquelle on utilise un transfert d’eau, mais réalisé par les fleuves (la submersion dirigée est une forme intermédiaire entre irrigation et submersion simple ; elle est importante en Inde dans certains deltas).