Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Inde (suite)

Ce n’est que peu à peu que les conquérants aryens, après avoir détruit la civilisation de l’Indus, devaient recréer, mais à une échelle bien modeste, un embryon de civilisation urbaine : Indraprastha (Delhi), Kāśī (Bénarès). Toutefois, pour l’essentiel, le contact entre civilisation de l’Indus et pénétration aryenne peut se traduire par la double mutation suivante : d’éleveurs, les Aryens devinrent agriculteurs (non sans avoir introduit le cheval) ; d’urbaine, la civilisation de l’Inde devint essentiellement rurale, malgré le timide renouveau urbain déjà signalé.

Par ailleurs, notons que, dans le domaine linguistique, un clivage essentiel devait s’opérer entre langues dravidiennes et langues aryennes. Par contre, dans le domaine religieux, il y eut sur bien des points osmose entre la religion aryenne, souvent appelée brahmanisme, et celle des civilisations de l’Indus, d’où devait naître l’hindouisme.


Maintien de la civilisation traditionnelle en Inde du Sud

Comme le remarque Alain Daniélou : « L’Inde du Sud, qui semble avoir été à l’origine une colonie de la civilisation dravidienne du Nord, lui servit de refuge lorsque les envahisseurs nordiques ravagèrent les fertiles plaines de l’Indus et du Gange. La protection que lui assura le plateau du Deccan et son éloignement permirent à la culture dravidienne de maintenir sous beaucoup d’aspects son intégrité jusqu’à nos jours. »

Ce rôle de « refuge culturel » ne fut d’ailleurs nullement synonyme de repliement ou d’isolement. Bien au contraire, les relations du sud de l’Inde avec le monde extérieur furent très actives, ainsi qu’en témoigne le commerce avec les pays du Moyen-Orient et de l’Empire romain.

Mais les apports de la civilisation aryenne ne purent, dans bien des cas, mordre que très difficilement sur ce bastion dravidien.


Les débuts de l’histoire


Les préludes jusqu’à l’Empire maurya

De la conquête aryenne de l’Inde du Nord à l’établissement de l’Empire maurya (viiie-ive s. av. J.-C.), nos sources historiques, bien que partielles, deviennent plus solides.

Les abus du brahmanisme dans tous les domaines provoquèrent deux importants mouvements de réformes : le bouddhisme et le jinisme.

Politiquement, l’Inde se compose alors d’un grand nombre de petits États rivaux, certains de ces États étant d’ailleurs des républiques (Kāśī, Kuru, Kosāla, Kalinga, Pancāla, Kamboja, Gāndhāra...) jusqu’à ce qu’au vie s. av. J.-C. l’un d’eux, le Magadha (à peu près le Bihār actuel), parvienne à contrôler une bonne partie de l’Inde du Nord.

Du vie au ive s. av. J.-C., deux grands conquérants occidentaux vont tenter leur chance en Inde. En 518, le souverain perse Darios* transforme en satrapie une partie de la vallée de l’Indus. En 327-325, c’est au tour d’Alexandre* de Macédoine d’envahir l’actuel Pendjab. Militairement et politiquement éphémères, ces tentatives sont intéressantes à un double point de vue : elles établissent durablement des relations commerciales et culturelles entre l’Inde et l’Occident ; l’épopée d’Alexandre nous fournit un précieux synchronisme avec l’histoire indienne en permettant d’identifier le Sandrakottos des historiens grecs avec le premier grand souverain indien, Candragupta (Chandragupta), grâce auquel l’Inde va vraiment entrer dans l’histoire.


L’Empire maurya (v. 320 - 185 av. J.-C.)

Il s’agit là d’une des grandes périodes de centralisation indienne. Elle commence avec l’arrivée sur le trône du Magadha de Candragupta (Chandragupta) Maurya, qui parvint à contrôler toute l’Inde du Nord et une partie du Deccan. Ses successeurs, Bindusāra et Aśoka*, devaient agrandir ce patrimoine. Vers 250 av. J.-C., Aśoka régnait sur un territoire qui comprenait l’Inde actuelle, sauf l’Assam et l’extrême sud de la péninsule, le Sind, l’Afghānistān et l’actuel Cachemire.

Succéder à un tel souverain et contrôler durablement un aussi vaste empire n’étaient pas choses aisées. Toujours est-il qu’en 185 av. J.-C. le dernier Maurya, Brihadratha, était assassiné par le commandant en chef (senānī) de son armée. Puṣyamitra fondait alors une nouvelle dynastie — mais combien étriquée par rapport à la précédente —, celle des Śuṅga.

Avant d’examiner la civilisation indienne sous les Maurya, on peut essayer de dégager les principales causes de leur déclin. Plusieurs hypothèses ont été avancées. Certains y ont vu une réaction du brahmanisme contre le « bouddhisme étatique », s’appuyant sur le fait que celui qui mit fin à la dynastie était lui-même un brahmane. D’autres y ont vu une conséquence de la non-violence (ahimsā) institutionnalisée par Aśoka. Tout cela n’est guère convaincant : Pusyamitra fit son coup d’État non en tant que brahmane, mais comme commandant en chef. Aśoka tenta, certes, de faire de l’ahiṃsā un principe de gouvernement. Il n’en licencia pas pour autant son armée. Tout au plus renonça-t-il au militarisme agressif de ses ancêtres.

Les véritables causes de ce déclin doivent être cherchées ailleurs. Il ne faut pas oublier que l’Empire maurya, dans une mosaïque ethnique et politique comme l’était le sous-continent indien, a tout de même réussi le miracle de durer un siècle. Par ailleurs, l’esprit autonomique local, les difficultés de communication, les velléités d’indépendance de certains gouverneurs, les intrigues de palais, d’autant plus fortes que le souverain était plus faible, et les invasions étrangères permettent de mieux comprendre la fin de cet Empire panindien. Les révoltes endémiques de la lointaine province de Taxila (Takṣaśilā) et l’invasion des Grecs de la Bactriane en sont autant d’exemples.

• L’État et la société indienne à l’époque des Maurya. Nous sommes assez bien renseignés grâce à deux sources littéraires de premier plan : les Indica du Grec Mégasthènes ; l’Arthaśāstra (ou Art de gouverner) de Kauṭilya, ministre de Candragupta.