Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Inde (suite)

Deux régions sont humides. Le plateau de Mysore, au sud, est un ensemble de plateaux à inselbergs. Il porte des sols rouges, et les restes de végétation sont marqués par la sécheresse : on trouve sur les inselbergs des témoins de forêts épineuses assez médiocres. L’essentiel du plateau porte un paysage rural ; ici, la rizière n’est plus visible que dans des parties favorisées du terroir, et les plateaux portent en général un paysage de champs ouverts piquetés d’arbres, l’openfield arboré, qui est très répandu en Inde.

Au centre nord de la péninsule, une série de blocs basculés donnent des reliefs est-ouest (Vindhya-Satpura) qui reçoivent des pluies abondantes. Plus que le plateau de Mysore, ils constituent un milieu boisé, avec des faciès assez secs de la « forêt de mousson ».


La partie humide de la plaine du Gange

Elle constitue un secteur aux limites floues, intermédiaire entre les domaines très pluvieux examinés précédemment et les régions nettement sèches du Pendjab. C’est aussi une région de transition du point de vue thermique, car l’hiver peut y être assez froid. Comme dans le reste de la plaine, il n’y a plus ici de végétation naturelle, et c’est l’openfield arboré qui domine. Les rizières, si elles restent importantes, ne sont plus la forme dominante d’utilisation du sol.


L’axe sec de la péninsule

Interrompu seulement par l’alignement montagneux des Vindhya et par le plateau de Mysore, un axe sec prend en écharpe la péninsule. Son existence est due surtout à la faiblesse des pluies de mousson. Sauf dans l’extrême Sud-Est, c’est un immense domaine de plateaux remarquablement monotones.

La partie nord (entre Vindhya et le plateau de Mysore) est caractérisée par l’énorme extension des terrains volcaniques. Ceux-ci portent des terres noires capables d’emmagasiner de grandes quantités d’eau, ce qui corrige un peu les effets de la sécheresse. Les plateaux de laves sont aussi caractérisés par un relief en plans étages séparés par des pentes en gradins. Les plateaux granitogneissiques sont couverts de sols rouges assez médiocres et sont semés d’inselbergs.

La partie de l’axe sec au sud du plateau de Mysore comprend un enchevêtrement assez compliqué de plateaux, de plaines et de quelques moyennes montagnes. Les terres noires, sans laves, reparaissent dans quelques districts.

Dans l’ensemble, l’axe sec est une énorme région de champs ouverts arborés, aux limites indistinctes pendant la saison sèche. Il n’y a pratiquement pas, ici, de végétation naturelle. Sur quelques sols abandonnés, cependant, on peut apercevoir des forêts épineuses basses et quelques très rares savanes.


Le Nord-Ouest sec et très sec

Le nord-ouest de l’Inde n’est pas atteint de plein fouet par la mousson. L’hiver y est assez froid. Il y a des différences sensibles dans ce domaine entre la bande sous-himalayenne, où les eaux venues des montagnes et des pluies encore assez abondantes ont permis l’aménagement d’une région agricole active, et les parties basses, très arides. Celles-ci ne sont guère cultivées et sont couvertes par des steppes épineuses très discontinues. Avec ses 100 à 200 mm de pluies, le désert de Thar, malgré son nom, n’est pas un Sahara ; ses parties les plus sèches sont d’ailleurs hors du territoire indien.

F. D.-D.


L’histoire de l’Inde

Avant Aśoka (iiie s. av. J.-C.), les sources valables sont rares : les textes antérieurs à cette époque, dans lesquels la légende le dispute à l’histoire, doivent faire l’objet d’une exégèse sévère. Seuls les restes archéologiques nous permettent une certaine précision.

La confusion habituelle entre l’Inde et les Indes cache une réalité politique profonde : ce n’est qu’à de rares époques (Aśoka, Moghols aux xvie et xviie s. et Britanniques à partir du xixe), et encore en faisant de nombreuses réserves, que le sous-continent a été politiquement unifié. Entre ces périodes de centralisation, l’éclatement en de nombreux États rivaux et d’importance très variable a été la règle générale ; d’où une fragmentation de l’histoire indienne, la rendant parfois difficile à suivre.

Quant à la chronologie, elle appelle deux remarques. Longtemps, il fut habituel d’exagérer l’ancienneté de l’histoire indienne. Plus grave, car il s’agit d’un fait de mentalité largement répandu, nombre d’auteurs indiens de l’Antiquité et du Moyen Âge donnent l’impression de n’attacher aucune importance à la datation des événements. Tout se passe dès lors comme si seul le fait, voire l’intention qu’il suppose, comptait, le reste n’étant que très secondaire.


La mise en place


Les premiers occupants

Dès le Paléolithique, le pays semble avoir abrité au moins 150 000 hommes, ainsi qu’en témoignent les sites de la Sohan (au Pendjab) et de la Narbadā (au Deccan). Celui de Bellary nous montre, lui, une assez remarquable série de haches et de pierres polies du Néolithique.

Dans l’ensemble, les premières populations de l’Inde sont le plus souvent désignées comme proto-australoïdes. L’organisation sociale de ces groupes tribaux, qui méprisaient l’agriculture, était marquée par le matriarcat et la polyandrie. Quant à leurs langues, que l’on rattache souvent au groupe linguistique mundā, elles semblent s’être largement diffusées dans le monde : île de Pâques, Madagascar, Nouvelle-Zélande... Cette remarque détruit l’image d’histoire en vase clos que l’on attribue souvent au sous-continent indien.

Actuellement encore, les groupes tribaux (Gonds, Santāls, Khasis de l’Assam, peuples des îles Nicobar) se rattachent ethniquement et linguistiquement à ces premiers occupants. Repoussés par les Dravidiens et les Aryens, ils vivent dans les régions de montagnes et de forêts.


Les Dravidiens et le développement d’une brillante civilisation urbaine

Pendant longtemps, on a cru que les premières villes indiennes importantes dataient du Ier millénaire av. J.-C. Mais les découvertes archéologiques ont amené à modifier radicalement cette hypothèse. En 1921 et en 1935, on a mis au jour de très importantes ruines de villes, qui, au IIIe millénaire, devaient avoir une superficie de 25 km2 : Mohenjo-Daro sur l’Indus et Harappā sur la Rāvī. Depuis, on a reconnu une centaine d’autres sites. On est frappé du perfectionnement dont témoigne l’urbanisme de ces villes : maisons à plusieurs étages et à balcons, canalisations destinées à capter les eaux de pluie, réseau d’égouts... Cette très remarquable civilisation urbaine semble avoir eu son apogée entre 3000 et 2000 av. J.-C. Mais, vers le milieu du IIe millénaire, son extinction marqua une nette contraction culturelle de l’Inde.