Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

Inde (suite)

L’évolution du socle depuis la fin du Primaire a été marquée par des événements qui influencent encore profondément la disposition du relief. Ce socle a d’abord subi un grand mouvement d’ensemble, avec soulèvement à l’ouest et enfoncement à l’est, et des déformations cassantes d’une ampleur plus réduite, qui donnent un jeu complexe de blocs affaissés et soulevés. Le mouvement de bascule d’ensemble a pour effet de produire une dissymétrie fondamentale de la péninsule et de faire apparaître un contraste entre ses bordures orientale et occidentale ainsi qu’une dissymétrie de base du réseau hydrographique, les grands fleuves prenant leur source à quelques kilomètres de la mer d’Oman et se jetant dans la baie du Bengale. Aussi, le long de celle-ci, y a-t-il plusieurs grands deltas, qui n’ont pas leur équivalent à l’ouest. Le socle a également été recouvert en partie par une immense nappe de laves basaltiques, mises, en place au Crétacé et qui s’étendent actuellement sur une superficie à peu près égale à celle de la France.

Pendant tout le Secondaire et une partie du Tertiaire, le socle se prolongeait vers le nord bien au-delà des limites de ses affleurements actuels. Puis, au Tertiaire, une partie fut entraînée dans une subsidence profonde, et une autre englobée dans l’orogène himalayen. Ainsi se distinguèrent le sillon indo-gangétique et l’Himālaya.

• Les plateaux.
L’évolution du relief explique d’abord leur prépondérance. Elle est liée à la longueur des temps pendant lesquels l’érosion s’est exercée sur ces vieilles roches : tous les reliefs anciens ont été rabotés et remplacés par des « surfaces d’aplanissement ». Les plateaux volcaniques sont dus à la conservation des surfaces dures des coulées basaltiques.

L’aspect des plateaux est à la fois un effet de la longueur de l’évolution et des climats. Il existe trois types principaux de plateaux. Certains ont des profils tendus, au-dessus desquels se dressent brutalement des reliefs isolés. Ces plateaux à inselbergs se rencontrent sur les granités et les gneiss, dans les régions sèches et moyennement sèches. On trouve aussi, dans les régions les plus humides, des plateaux plus disséqués, formés par une série d’interfluves arrondis. Enfin, les plateaux volcaniques sont originaux : leurs parties hautes sont généralement très planes, et les versants des vallées qui les entaillent sont en gradins, disposition qui exprime le travail de l’érosion dans un empilement de coulées successives.

La répartition des plateaux est également liée à l’évolution géologique. On les rencontre sur le socle partout où celui-ci n’a pas été fortement soulevé par le mouvement de bascule ou par des failles plus localisées. Les plateaux sont particulièrement réguliers dans une énorme région qui constitue un axe central du socle, mais, en revanche, ils sont moins représentés sur les marges.

Les moyennes montagnes.
Elles constituent un domaine original par leur relief, leur végétation et leurs sols. Les altitudes sont souvent modestes, mais, sous les climats très chauds de ces basses latitudes, la baisse de température qu’on peut y enregistrer a des conséquences importantes sur la végétation, l’agriculture, le confort des hommes. Ces régions sont aussi des milieux de communication difficiles.

On peut distinguer trois types de moyennes montagnes. Les grandes failles déterminent d’énormes marches d’escalier, qui, vues du côté effondré, prennent l’aspect de reliefs impressionnants. Le revers de ces escarpements est beaucoup moins raide. Mais le soulèvement vigoureux a déclenché une dissection active par l’érosion, et l’on peut observer des deux côtés de l’escarpement une bande de quelques dizaines de kilomètres de large où les vallées sont profondément enfoncées. Deux groupes de moyennes montagnes appartiennent à ce type : d’une part, le long de la côte ouest, l’énorme escarpement des Ghāts de l’Ouest (ou encore monts Sahyadri), qui se suit du nord de Bombay au cap Comorin, avec une seule interruption, au niveau de Pālghāt ; d’autre part, dans le nord de la péninsule stricto sensu, une série d’accidents est-ouest, grandes failles et fossés d’effondrement, reproduisant le même schéma. Ainsi sont nés les monts Vindhya, Sātpura, Maikal, etc. Ils contribuent à donner une physionomie particulière à l’Inde centrale.

Un autre type de moyenne montagne s’est constitué à la suite du soulèvement en masse de blocs de roches relativement homogènes ; ce type est caractérisé par une forme d’ensemble moins allongée et par un relief de hautes surfaces arrondies. À ce type appartiennent les montagnes les plus hautes de la péninsule, les grands blocs soulevés de l’extrême Sud (monts Nīlgiri, Palni, des Cardamomes). Il y a aussi une série de blocs moins élevés et plus discontinus, qui bordent à distance la baie du Bengale. On les rassemble souvent sous le nom de Ghāts de l’Est : toutefois ce terme est trompeur, car il tend à impliquer une symétrie entre les deux bordures de la péninsule, qui n’existe guère en réalité. Il n’y a pas ici de bordure continue, mais une succession de petits massifs entre lesquels de nombreuses vallées ménagent des voies de passage.

Enfin, le troisième type de montagnes moyennes est constitué par celles où l’érosion a remis en valeur d’anciens axes de plissements, parce que les mouvements anciens ont affecté des séries hétérogènes, qui se disposent maintenant en bandes inégalement résistantes à l’érosion. C’est le cas surtout des monts du Cuddapah au sud-est et des Arāvalli au nord-ouest.

• Les plaines alluviales.
Leur rôle dans la géographie humaine est supérieur à leur étendue (inférieure à celle des plateaux, en dépit de l’immensité de la plaine du Gange).

Leur répartition d’ensemble est facile à expliquer. Les plaines du sillon indo-gangétique correspondent au sommet alluvial d’un remblaiement de plusieurs milliers de mètres dans la fosse qui constitue une discontinuité majeure de l’écorce terrestre entre le vieux socle précambrien et l’énorme orogène himalayen. Les plaines deltaïques sont toutes groupées autour de la baie du Bengale (delta commun du Gange et du Brahmapoutre, deltas de la Mahānadi, de la Godāvari, de la Kistnā, de la Pennar, de la Kāviri [Cauvery] et de la Vagai).