Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
I

inadaptée (enfance) (suite)

Ces insuffisances matérielles et techniques s’accompagnent de difficultés du fonctionnement général des structures de l’enfance inadaptée. La diversité des administrations intéressées, la multiplicité des modes de fonctionnement, l’hétérogénéité des promoteurs publics et privés aboutissent trop souvent à des actions parcellaires dépourvues de suite et de coordination. Par exemple, un enfant déficient mental pris en institut médico-pédagogique ne trouvera pas forcément sa place en institut médico-professionnel, puis en atelier protégé, ce qui peut, le cas échéant, rendre inutile le travail déjà fait. D’autre part, le manque de coordination entre les diverses structures tend à enfermer l’enfant, puis l’adolescent dans des filières trop précises, dont ils devraient sortir par une réorientation constante leur permettant de bénéficier d’un éventail plus riche de possibilités. C’est le cas, par exemple, de la filière institut médico-pédagogique → institut médico-professionnel → centre d’assistance par le travail ou de la filière centre d’observation → centre de rééducation → foyer de semi-liberté.

Une carence particulièrement notable est celle du dépistage et de la prise en charge précoces, seuls garants d’une action rééducative valable et rapide. D’autre part, les moyens de prévention par action sur le milieu familial et socio-culturel, qui pourraient endiguer la progression inquiétante de l’inadaptation infanto-juvénile, sont insuffisants.

C’est dire qu’une certaine mise en cause de la conception même de l’enfance et de l’adolescence inadaptées s’impose. Jusqu’ici, la notion d’« assistance à l’individu inadapté » a prévalu, alors qu’il faudrait situer l’enfant ou l’adolescent dans une dialectique socio-culturelle où il serait un individu à part entière, accepté et non plus secouru, et où l’environnement social prendrait réellement en charge ses responsabilités. Cela est particulièrement évident lorsque l’on considère la ségrégation actuelle des structures de l’enfance inadaptée, alors que celle-ci devrait pouvoir, progressivement, rejoindre le monde dit « normal ». L’institut médico-pédagogique devrait non plus rester isolé, mais rejoindre peu à peu l’école ; le centre d’assistance par le travail devrait pouvoir s’ouvrir sur le monde normal du travail, et le foyer s’intégrer dans le contexte global d’une politique d’accueil et de loisirs sans discrimination.

Un certain nombre d’idées-forces se font jour actuellement, qui voudraient remédier à cet état de choses. Elles tournent essentiellement autour de la notion de sectorisation.

On entend par sectorisation la prise en charge de l’hygiène mentale infanto-juvénile par une équipe de techniciens pluridisciplinaires au niveau d’un territoire géographique déterminé. Les secteurs actuellement envisagés au niveau de l’enfance et de l’adolescence sont de 250 000 habitants. L’équipe située à la tête d’un secteur aurait pour charge d’organiser la prévention et le dépistage des maladies mentales et de l’inadaptation, l’orientation et la réorientation des enfants, la coordination des établissements et des équipes travaillant sur le secteur. Connaissant les besoins et les structures existantes, une telle équipe pourrait au mieux définir les structures manquantes à promouvoir. Enfin, elle ferait la liaison avec l’équipe s’occupant des adultes tant au niveau des problèmes de suite qu’au niveau de l’environnement socio-culturel.

P. B.

➙ Caractériel (enfant) / Débilité mentale / Délinquance juvénile / Folie / Handicapés / Psychiatrie / Psychologie / Psychose.

 J. L. Lang, l’Enfance inadaptée. Problème médico-social (P. U. F., 1962 ; nouv. éd., 1968) ; Rééducation en externat (E. S. F., 1971). / R. Lafon et coll., Vocabulaire de psychopédagogie et de psychiatrie de l’enfant (P. U. F., 1964). / L’Enfance handicapée, numéro spécial de la revue Esprit (Éd. du Seuil, 1965). / J. de Ajuriaguerra et coll., le Choix thérapeutique en psychiatrie infantile (Masson, 1967). / L’Équipe de psychiatrie infantile et son psychiatre (Privat, Toulouse, 1967). / L. Lefèvre et R. Delchet (sous la dir. de), l’Éducation des enfants et des adolescents handicapés (E. S. F., 1969). / Hôpitaux de jour et externats psychothérapiques pour enfants (Privat, Toulouse, 1969). / C. Levy et L. Henry, les Jeunes handicapés mentaux. Résultats d’une enquête statistique sur leurs caractéristiques et leurs besoins (P. U. F., 1970). / N. Dopchie, Recherches sur les facteurs d’inadaptation scolaire (Institut de sociologie, Bruxelles, 1971). / C. Marozi, Organisation des classes spéciales (E. S. F., 1971).

inca (Empire)

Empire de l’Amérique* précolombienne, constitué au xve s. dans la région andine.


Lorsque les Espagnols abordèrent les côtes du Pérou en 1532, ils rencontrèrent des indigènes qui leur dirent appartenir à l’État puissant de Tahuantinsuyu, dont la capitale se trouvait au loin, dans la montagne. Leur chef, l’Inca, était le « Fils du Soleil », et l’origine de sa dynastie se perdait dans la nuit des temps. Effectivement, les Incas furent longtemps considérés comme les seuls souverains ayant créé une culture avancée dans les Andes, et le « pays des Incas » devint synonyme de Pérou. Tous les monuments, toutes les réalisations artistiques furent, sans distinction, attribués aux Incas, alors que des siècles les séparaient parfois de la période inca. Si impressionnante qu’ait pu être la puissance de l’Inca au xve s., elle ne représente que la phase ultime d’une tradition vieille de plus de 15 000 ans.


Les prédécesseurs

Durant près de 10 000 ans, il n’y eut que des chasseurs-collecteurs nomades, dont les petits groupes occupaient les grottes des Andes. Vers 4000 av. J.-C. apparaissent les premières traces d’une agriculture rudimentaire. L’homme se sédentarise peu à peu, apprend à construire des villages et à tisser des vêtements de coton. En 1800 av. J.-C., l’introduction de la culture du maïs et de la fabrication de la poterie marque un tournant : les villages s’accroissent, l’économie agricole se stabilise, les premières « cultures » andines vont peu à peu éclore dans les Andes et sur la côte.

Chavín est la première civilisation dont l’influence se soit fait sentir sur un vaste territoire. L’expansion d’un culte du jaguar s’étend jusqu’à la côte et se manifeste à travers des réalisations artistiques d’ordre divers, dont le temple de Chavín* de Huantar, dans les Andes du Nord, constitue l’archétype et le plus bel exemple.